«Il faut assécher le terrorisme à la racine», dit Macron

Le président français, Emmanuel Macron, jeudi
Photo: Eric Feferberg Pool via Associated Press Le président français, Emmanuel Macron, jeudi

Le président français, Emmanuel Macron, a appelé jeudi à Paris, au terme de deux jours de travaux, les participants internationaux à la conférence No Money for Terror sur le financement du terrorisme à mieux coopérer pour priver les mouvements djihadistes de fonds et de moyens d’opérer.

« Nos ennemis s’infiltrent au coeur de nos sociétés. Ils utilisent toutes les formes contemporaines de financement. Il nous faut franchir une nouvelle étape dans la lutte contre Daech [acronyme arabe de l’État islamique] et al-Qaïda », a lancé, dans la grande salle de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le chef de l’État.

« Il faut assécher le terrorisme à la racine : il se nourrit des trafics d’êtres humains, de drogues ou d’armes. Il y a toujours un sous-jacent économique. Pour être efficaces, nous devons prendre l’engagement de la transparence et de la mobilisation », a-t-il ajouté.

Le chef de l’État français s’est félicité que les quelque 80 ministres présents, représentant 72 pays, aient « parachevé un Agenda de Paris avec une liste d’engagements forts : le partage de renseignements, la lutte contre l’anonymat des transactions, l’identification des sources de financement, l’anticipation du détournement des nouveaux instruments financiers, l’engagement collectif vis-à-vis des pays vulnérables ou défaillants ».

Emmanuel Macron a baptisé « Coalition de Paris » la réunion de ces 72 pays signataires d’une déclaration commune et a annoncé que l’Australie « avait accepté d’organiser la prochaine réunion de cette coalition » en 2019, « pour avancer concrètement sur l’ordre du jour ainsi défini ».

Filières multiples

L’offensive contre les bases du groupe EI par la coalition internationale ayant été annoncée des mois à l’avance, le groupe a eu tout le temps de mettre en place des filières financières clandestines multiples, dans une région où les trafics ont toujours été florissants, soulignent les experts.

Jeudi après-midi, la conférence s’est ouverte sur un exposé de Peter Neumann, directeur de l’International Center for the Study of Radicalisation du King’s College de Londres, auteur en août d’une étude remarquée intitulée « Don’t follow the money » (ne suivez pas l’argent), dans laquelle il estimait que « la guerre au financement du terrorisme telle qu’elle est menée depuis 2001 a souvent été coûteuse et improductive ».

Les enquêteurs et les services antiterroristes du monde entier ont été au cours des dernières années confrontés à des attentats ou à des tentatives d’attentats, surnommés « terrorisme low cost », qui ont mobilisé de très petites sommes d’argent, difficiles voire impossibles à tracer et à repérer à l’avance.

En janvier 2015, une chercheuse norvégienne, Emilie Oftedal, a étudié pour le compte du Norwegian Defense Research Establishment (FFI) 40 cellules terroristes qui ont, entre 1994 et 2013, organisé ou tenté d’organiser des attentats en Europe.

Le résultat est que dans les trois quarts des cas, le montant des sommes en jeu pour l’organisation des attaques n’a pas dépassé 10 000 dollars.

Jeudi matin, le procureur de Paris, François Molins, a révélé qu’un total de 416 donateurs ayant participé au financement du groupe État islamique avaient été identifiés en France.

Il s’est alarmé d’un « micro-financement » du terrorisme alimenté par des sommes « modiques mais en nombre important ».

Interrogé sur le coût des attaques djihadistes de 2015 en France, le magistrat a estimé que « les terroristes ont eu besoin de 25 000 euros pour organiser les attentats de janvier 2015 [contre le journal Charlie Hebdo et le supermarché Hyper Cacher] et 80 000 pour ceux du 13 novembre » 2015 à Paris et à Saint-Denis (130 morts).