Sur Parliament Square à Londres, le combat féministe a enfin sa statue

La statue de bronze, réalisée par l’artiste Gillian Wearing, a été inaugurée devant le parlement britannique mardi. 
Photo: Adrian Dennis Agence France-Presse La statue de bronze, réalisée par l’artiste Gillian Wearing, a été inaugurée devant le parlement britannique mardi. 

Un siècle après l’octroi du droit de vote aux femmes au Royaume-Uni, une statue de la suffragette Millicent Fawcett a été inaugurée mardi devant le parlement britannique, première statue de femme dans cet endroit symbolique.

Le bronze, réalisé par l’artiste Gillian Wearing, présente la militante du droit des femmes tenant une banderole sur laquelle on peut lire « Courage calls to courage everywhere » (Le courage appelle partout au courage), des mots prononcés par Millicent Fawcett lors d’un discours appelant à la mobilisation. Sur le socle en marbre figurent les photos de 51 militantes féministes, dont Emmeline Pankhurst et ses filles, Minnie Lansbury et Helena Swanwick, ainsi que quelques hommes.

Il a été dévoilé en présence du maire de Londres, Sadiq Khan, qui a rendu hommage au combat féministe. « C’est une journée historique, a estimé M. Khan. Parliament Square n’est plus une place réservée aux statues d’hommes. Pour saluer la prouesse réussie par Millicent Fawcett, il ne pouvait pas y avoir de meilleur endroit, au coeur de la démocratie britannique », à quelques dizaines de mètres du parlement, a-t-il ajouté. « Cela aurait dû arriver il y a déjà plusieurs décennies. »

Un nouveau combat

L’installation de cette statue devant le parlement est le résultat d’une mobilisation menée par la militante féministe Caroline Criado Perez. Passant sur la place pendant son jogging lors de la Journée internationale du droit des femmes, le 8 mars 2016, elle avait remarqué l’absence de statue représentant une femme alors que onze statues d’hommes y étaient érigées, représentant Winston Churchill, Gandhi ou Nelson Mandela.

« Je ne pouvais pas y croire », a-t-elle expliqué mardi. Elle a raconté comment elle a « composé le texte de la campagne » dans sa tête en poursuivant sa course. Et en arrivant à proximité du palais de Buckingham, un kilomètre plus loin, elle s’est « assise par terre et [a] lancé la pétition depuis [son] téléphone ». Elle a déploré qu’au Royaume-Uni, hormis la reine Victoria très représentée, « moins de 3 % des statues montrent des femmes qui ont réellement existé », avant d’être largement applaudie par la foule d’invités, de passants et de touristes.

Le Parlement britannique avait voté en février 1918 la loi sur la « représentation populaire », permettant à certaines femmes âgées de plus de 30 ans de voter. Il fallut toutefois attendre 1928 pour qu’elles puissent voter aux mêmes conditions que les hommes, dès 21 ans.