France: troisième jour de heurts à Notre-Dame-des-Landes

Les gendarmes ont répliqué aux projectiles lancés par un groupe de quelque 70 zadistes avec des tirs de grenades lacrymogènes et de désencerclement.
Photo: Loïc Venance Agence France-Presse Les gendarmes ont répliqué aux projectiles lancés par un groupe de quelque 70 zadistes avec des tirs de grenades lacrymogènes et de désencerclement.

De violents affrontements ont à nouveau éclaté mercredi dans l’ouest de la France entre forces de l’ordre et occupants de terrains initialement destinés à la construction d’un aéroport, au troisième jour d’une opération massive destinée à les déloger.

Près de trois mois après l’abandon d’un projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement français a lancé lundi cette opération mobilisant 2500 gendarmes pour expulser des militants qui occupent depuis plusieurs années la « zone d’aménagement différé » (ZAD), qu’ils ont rebaptisée « zone à défendre ».

Mercredi, des heurts ont éclaté avant 7 h (1 h à Montréal) entre gendarmes mobiles et « zadistes » positionnés derrière des barricades.

Parmi les zadistes figurent des militants écologistes et altermondialistes et des agriculteurs qui ont lancé des projets agricoles sur plusieurs centaines d’hectares de la zone.

Les gendarmes ont répliqué aux projectiles lancés par un groupe de quelque 70 zadistes avec des tirs de grenades lacrymogènes et de désencerclement.

Les affrontements se sont ensuite déplacés dans un champ voisin, où jusqu’à 300 zadistes au plus fort, selon une source proche du dossier, armés de boucliers artisanaux et de raquettes pour renvoyer les grenades, ont fait face plusieurs heures aux forces de l’ordre.

Selon un bilan mercredi midi de l’équipe médicale des zadistes, une vingtaine d’opposants ont été blessés dans la matinée, dont deux hospitalisés.

Face à la violence des affrontements, deux députés du parti présidentiel LREM ont réclamé « une pause » dans l’évacuation de la ZAD pour stopper la « spirale de violences »

Mais le premier ministre Édouard Philippe a déclaré devant le Parlement que « les opérations vont se poursuivre dans le même esprit, avec la même fermeté et avec la même mesure », tout en saluant le « très grand professionnalisme » des forces de l’ordre.

L’envergure de l’opération a amené les opposants à appeler à la mobilisation. D’après une porte-parole de la gendarmerie sur la radio France Info, 150 à 200 personnes « sont venues renforcer » les zadistes.

Si la préfecture ne retire pas ses troupes, c’est la mobilisation générale.

 

En détruisant les lieux de vie installés autour d’une route où se cristallisaient les tensions depuis l’abandon du projet d’aéroport en janvier, les gendarmes ont détruit au passage des projets agricoles collectifs.

D’où la colère de l’ACIPA et un sentiment de trahison exprimé mardi par des zadistes comme Sarah, qui vivait au lieu-dit « Les 100 noms » et dont la bergerie a été détruite malgré des discussions ces dernières semaines avec les autorités : « On a joué le jeu [avec la préfecture] et on a été floués », a-t-elle affirmé.

Mardi, les heurts ont été plus violents que la veille. Quatorze gendarmes ont été blessés, selon un nouveau bilan du ministère français de l’Intérieur, dont quatre à la suite d’un tir manqué de grenade avec effet de souffle et lacrymogène.

Selon l’équipe médicale des zadistes, une trentaine d’opposants ont été blessés, dont deux blessés graves hospitalisés.