Viktor Orban, envers et contre tous

Viktor Orban a affirmé pendant sa campagne vouloir travailler avec l’Italie et l’Autriche à une alliance de pays hostiles à l’immigration musulmane.
Photo: Attila Kisbenedek Agence France-Presse Viktor Orban a affirmé pendant sa campagne vouloir travailler avec l’Italie et l’Autriche à une alliance de pays hostiles à l’immigration musulmane.

Viktor Orban sort renforcé de l’écrasante victoire de son parti national-conservateur aux élections législatives hongroises, qui consolide sa position de meneur des droites identitaires en Europe et annonce de nouvelles batailles sur les questions d’État de droit et de démocratie.

Le succès du dirigeant le plus controversé d’Europe est sans appel : selon des résultats quasi définitifs, le parti Fidesz, qu’il a fondé en 1988, obtient 48,8 % des suffrages, améliorant son résultat électoral d’il y a quatre ans et lui offrant un troisième mandat d’affilée.

Il devance de près de trente points le Jobbik, formation d’extrême droite qui a abandonné la rhétorique xénophobe face à la surenchère nationaliste du gouvernement.

« C’est un raz de marée pour le Fidesz, qui donne à M. Orban une énorme légitimité en raison du taux de participation élevé, y compris sur le plan international », estime le politologue Daniel Hegedus, de l’observatoire des libertés Freedom House — une ONG basée à Washington —, prédisant un renforcement « des attaques contre la frange critique de la société civile ».

C’est un raz de marée pour le Fidesz, qui donne à M. Orban une énorme légitimité en raison du taux de participation élevé, y compris sur le plan international

 

Avec une mobilisation des électeurs en hausse (69,2 %), le premier ministre a frémi jusqu’au bout, mais son camp devrait finalement décrocher 133 sièges sur les 199 du Parlement soit une « super-majorité » des deux tiers, comme en 2010 et 2014, qui permet de faire voter des changements constitutionnels.

Le dirigeant de 54 ans aux diatribes contre « l’invasion migratoire », le multiculturalisme et l’ingérence supposée de « Bruxelles » incarne une droite européenne décomplexée et constitue un casse-tête pour une partie des États membres de l’Union européenne (UE).

Félicitations

Viktor Orban a engrangé lundi aussi bien les félicitations de la grande famille démocrate-chrétienne du Parti populaire européen (PPE), dont le Fidesz est membre, que des mouvements nationalistes qui ont le vent en poupe sur le continent et pour lesquels il incarne un modèle de gouvernement.

Sa victoire écrasante aux législatives de dimanche a été saluée lundi au plus haut sommet de l’UE et par sa famille politique, mais tous ont rappelé au dirigeant controversé le nécessaire respect des valeurs européennes.

Donald Tusk, le président du conseil européen, l’instance des États membres, lui a adressé lundi soir un bref message de félicitations. « Cher Viktor, au nom du Conseil, je veux vous féliciter pour le résultat de l’élection et je compte sur vous pour jouer un rôle constructif au cours de ce nouveau mandat pour maintenir l’unité dans l’Union », lui a-t-il écrit.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a également annoncé l’envoi d’un message lundi soir et un entretien au téléphone est prévu mardi entre les deux hommes, ont indiqué ses services. M. Juncker avait affectueusement appelé « dictateur » le premier ministre hongrois, il y a quelques années.

En plus de l’axe formé avec ses voisins d’Europe centrale, Viktor Orban a affirmé pendant sa campagne vouloir travailler avec l’Italie et l’Autriche à une alliance de pays hostiles à l’immigration musulmane.

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz, qui gouverne avec l’extrême droite, a été l’un des quelques dirigeants européens, avec le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, à saluer sa victoire. Tous trois partagent la vision d’une Europe des États-nations, rétifs aux délégations de souveraineté.

« L’inversion des valeurs et l’immigration de masse prônées par l’UE sont à nouveau rejetées », s’est réjouie la patronne du Front national français, Marine Le Pen, dont les félicitations se sont ajoutées à celles du député néerlandais anti-islam Geert Wilders, de représentants du parti nationaliste allemand AfD ou du député britannique favorable au Brexit Nigel Farage.