Le sort suspendu de Carles Puigdemont

Des milliers de manifestants indépendantistes ont battu le pavé à Barcelone, dimanche.
Photo: Lluis Gene AFP Des milliers de manifestants indépendantistes ont battu le pavé à Barcelone, dimanche.

Le leader indépendantiste catalan, Carles Puigdemont, va rester en détention en Allemagne le temps que la justice se prononce sur une éventuelle remise à l’Espagne qui l’accuse de « rébellion », a annoncé le tribunallundi.

M. Puigdemont va « rester en détention dans un premier temps, jusqu’à ce qu’une décision soit prise concernant une procédure d’extradition », a indiqué le tribunal régional de Kiel, dans la région du nord de l’Allemagne où il avait été arrêté dimanche. Il n’y a aucun recours possible contre cette décision, a-t-il aussi précisé.

L’arrestation surprise de M. Puigdemont avait entraîné des heurts entre des militants indépendantistes catalans et la police dimanche à Barcelone. Aucun débordement n’a été signalé lundi. Selon les services de secours, 90 personnes ont été blessées légèrement à Barcelone, dont 22 policiers.

Photo: Lluis Gene Agence France-Presse Des milliers d’indépendantistes catalans sont descendus dans la rue dimanche, notamment à Barcelone.

Lundi, il a comparu devant un tribunal de Neumünster, ville dans laquelle il est également maintenu en garde à vue. Il s’agissait de formellement établir son identité et de décider s’il restait ou non en prison.

Désormais, il revient au tribunal de Kiel de trancher sur son éventuelle extradition, selon le communiqué.

Plus tôt dans la journée, l’avocat de l’indépendantiste Jaume Alonso-Cuevillas s’était dit « prudent », à l’antenne de la radio catalane Rac1, tout en évoquant « beaucoup d’éléments qui incitent à l’optimisme ».

Sur le fond, la justice allemande dispose d’un délai de 60 jours pour trancher sur la remise de Carles Puigdemont à Madrid. Une porte-parole des autorités allemandes, Wiebke Hoffelner, s’est bornée à dire que la décision ne serait « pas prise cette semaine ».

La justice devra décider si des infractions similaires à celles pour lesquelles Puigdemont est poursuivi en Espagne existent en droit allemand.

Il est accusé, avec douze autres responsables indépendantistes, de « rébellion », un crime passible de 30 ans de prison, ainsi que de détournements de fonds publics. En cause : la tentative ratée de sécession par référendum de l’automne 2017.

La confiance règne

Steffen Seibert, porte-parole de la chancelière allemande, Angela Merkel, a qualifié l’Espagne d’« État de droit démocratique » et relevé qu’il régnait « une confiance toute particulière entre les autorités judiciaires des pays membres de l’UE ». Il a aussi rappelé que selon Madrid, M. Puigdemont et les autres indépendantistes ne sont pas poursuivis pour des « idées politiques, des idées d’indépendance, mais en raison d’infractions bien concrètes ».

Le gouvernement espagnol est quand à lui resté en retrait, se contentant de qualifier de « bonne nouvelle » l’arrestation de l’indépendantiste.

Les poursuites pour « rébellion » restent cependant controversées, car elles supposent « un soulèvement violent » qui, selon des juristes, ne s’est jamais produit.

Carles Puigdemont a été interpellé par les policiers du Land de Schleswig-Holstein alors qu’il venait du Danemark voisin en voiture pour rejoindre la Belgique, où l’ex-président catalan s’était réfugié après l’échec de la sécession l’automne dernier. Le ministère allemand de l’Intérieur n’était pas en mesure de dire si les renseignements espagnols étaient impliqués et suivaient l’homme politique catalan.

La Catalogne est donc plongée dans l’impasse politique, les indépendantistes ont pourtant conservé la majorité absolue au Parlement catalan après les élections du 21 décembre.

S’ils n’arrivent pas à faire élire un président avant le 22 mai, de nouvelles élections seront convoquées automatiquement. Et tant qu’elle n’aura pas de président et de gouvernement, la Catalogne restera sous la tutelle de Madrid, imposée après la déclaration d’indépendance.