Les citoyens endeuillés par les attaques terroristes en France se recueillent

Les habitants de Trèbes et des environs étaient nombreux à assister à la cérémonie tenue par l’évêque Alain Planet.
Photo: Éric Cabanis Agence France-Presse Les habitants de Trèbes et des environs étaient nombreux à assister à la cérémonie tenue par l’évêque Alain Planet.

Les habitants de Trèbes et des environs, catholiques, musulmans, non croyants, se sont recueillis dimanche, deux jours après les attaques terroristes qui ont endeuillé ce village du sud de la France et la ville voisine de Carcassonne.

Alors que les chrétiens célébraient le dimanche des Rameaux qui précède celui de Pâques, des centaines de personnes ont afflué vers l’église catholique de Trèbes en se frayant un chemin, rameaux d’olivier ou de laurier à la main, parmi les dizaines de journalistes présents. Des policiers lourdement armés patrouillaient devant l’édifice gothique.

C’est dans un supermarché de cette commune paisible qu’un homme radicalisé, Radouane Lakdim, a achevé vendredi une équipée meurtrière qui a causé la mort de quatre personnes.

« Les gens sont tristes, sont solidaires avec ceux qui souffrent, choqués par cette violence. Ils se pensaient protégés » dans cette petite ville de quelque 6000 habitants, explique le prêtre Philippe Guitart.

Les yeux cachés derrière des lunettes de soleil, des proches de victimes sont entrés dans l’église en se soutenant les uns les autres.

Des représentants de la communauté musulmane avaient tenu à s’associer à l’hommage aux victimes. « Votre présence nous dit que les fauteurs de haine ne gagneront pas », leur a dit l’évêque de Carcassonne et Narbonne, Mgr Alain Planet, durant la messe.

Le même Dieu

« La communauté [musulmane a été] poignardée, l’islam lui-même [a été] poignardé par des gens qui utilisent des symboles chers à nos coeurs. « Allah Akbar », c’est un symbole d’adoration de Dieu, ça veut dire Dieu est plus grand que la haine », a déclaré l’imam de la mosquée du Viguier de Carcassonne, Mohamed Belmihoub, en sortant de l’église.

« On ne trouve pas les mots, on est bouleversés », a ajouté l’imam, venu pour défendre « la France multicolore, multiconfessions. Il faut que tout le monde se mette ça dans la tête. On est condamnés à vivre ensemble et à combattre ces brebis égarées. »

« Dieu est pour tout le monde, on est tous des êtres humains, sa maison est ouverte à tous », a estimé de son côté Rabiha, une Carcassonnaise de confession musulmane.

Un message interreligieux partagé par Solange, 81 ans : « il faut une foi très profonde pour accepter tout cela, cette zizanie entre religions. C’est le même Dieu que nous adorons entre musulmans, chrétiens et juifs. »

Lâche « à jamais »

Sous un ciel gris et en dépit du froid, des dizaines de personnes ont écouté sur le parvis de l’église la cérémonie retransmise par haut-parleur, alors que le lieu de culte — qui peut accueillir jusqu’à 350 personnes — était plein à craquer.

Habitante de Capendu, un village voisin, Liliale Dal Mas ne serait pas venue assister à la messe en temps normal, mais elle a choisi de le faire pour « être solidaire ». « C’est grave et malheureusement, on n’en a pas fini » avec de tels actes, soupire-t-elle.

Au-delà de Trèbes, c’est « toute la France [qui] est malheureuse », martèle Émile Acco, peintre carrossier à la retraite. « On a envie que ça s’arrête », ajoute-t-il à propos de la vague d’attentats qui a fait 245 morts dans tout le pays depuis 2015.

« Au début de cette semaine sainte et au moment où nous regardons le Christ prendre notre place pour nous sauver de la mort, son geste prend un sens tout à fait particulier. Je suis certain que, lui, il ne l’ignorait pas quand il a fait ce geste », a déclaré Mgr Planet.

« Il est éternel à jamais, a souligné l’imam Belmihoub. Il y a des gens qui savent mourir en grand et des gens qui resteront des lâches à jamais. Vivants ou morts. »

Funérailles nationales pour le policier tué dans la prise d’otages

Un hommage a été rendu dimanche au lieutenant-colonel de la gendarmerie française qui a été tué vendredi lors de la prise d’otages dans un supermarché de la ville de Trèbes.

Une messe à sa mémoire et à celle des trois autres victimes a été célébrée par l’évêque de Carcassonne, Alain Planet, en l’église de Saint-Étienne de Trèbes.

Le courage et l’héroïsme du policier Arnaud Beltrame ont particulièrement été soulignés. Celui-ci s’est proposé en otage pour sauver la vie d’autres personnes qui étaient détenues par un djihadiste. Blessé grièvement par le terroriste, il a succombé à ses blessures samedi.

Arnaud Beltrame aura droit à des funérailles nationales, décrétées par le président Emmanuel Macron.

L’auteur de l’attaque, Radouane Lakdim, est tombé sous les balles des policiers, après avoir assassiné 4 personnes et en avoir blessé 15 autres.