France: quatre morts dans des attaques revendiquées par le groupe EI

Policiers cagoulés et lourdement armés, engin blindé : les forces de l’ordre sont descendues en masse vendredi perquisitionner dans la petite cité Ozanam de Carcassonne, où résidait Radouane Lakdim, l’auteur dans la journée d’une prise d’otages meurtrière. 
Photo: Éric Cabanis Agence France-Presse Policiers cagoulés et lourdement armés, engin blindé : les forces de l’ordre sont descendues en masse vendredi perquisitionner dans la petite cité Ozanam de Carcassonne, où résidait Radouane Lakdim, l’auteur dans la journée d’une prise d’otages meurtrière. 

Quatre personnes ont été tuées et plusieurs blessées vendredi dans le sud de la France, au cours d’une série d’attaques « terroristes » revendiquées par le groupe État islamique (EI), perpétrées par un assaillant abattu au terme d’une prise d’otages.

« Notre pays a subi une attaque terroriste islamiste », a déclaré vendredi en fin d’après-midi le président français, Emmanuel Macron, à l’issue d’une réunion de crise. « Nous avons depuis plusieurs années payé le prix du sang pour savoir la dangerosité de la menace terroriste », a encore dit le chef de l’État. Il a « remercié » les soldats français déployés à l’étranger « pour réduire le risque [terroriste] » en Irak et en Syrie ainsi que les forces de l’ordre en France, exprimant sa « détermination absolue » à lutter contre le terrorisme.

La France reste traumatisée par une série d’attentats, parfois de masse, en 2015 et 2016, qui ont fait 241 morts et des centaines de blessés.

L’auteur des trois attaques perpétrées vendredi dans les villes de Carcassonne et de Trèbes, Radouane Lakdim, un Français de 25 ans né au Maroc (à Taza, dans le nord), a agi « seul » et était connu « pour des faits de petite délinquance », avait annoncé plus tôt le ministre français de l’Intérieur, Gérard Collomb, sur les lieux des attentats, qui ont été revendiqués par le groupe EI.

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« Soldat du groupe EI »

L’assaillant s’est dit « prêt à mourir pour la Syrie », demandant notamment lors des attaques « la libération de frères », selon le procureur de Paris, François Molins. Parmi les noms de ces « frères », il a selon une source proche du dossier notamment cité celui de Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des attentats du groupe EI du 13 novembre 2015, et emprisonné à Paris.

«L’homme […] est un soldat [du groupe] État islamique qui a agi en réponse à l’appel » de l’organisation à « viser les pays membres de la coalition » internationale luttant contre le groupe EI, selon un communiqué d’Amaq, l’agence de propagande du groupe djihadiste.

Suivi parce qu’il gravitait autour de personnes actives sur Internet dans la sphère djihadiste, Radouane Lakdim a fait de la prison pour des délits de droit commun. De nouveau surveillé à sa sortie, il n’a pas montré de signes « pouvant laisser présager un passage à l’acte terroriste », a souligné devant la presse le procureur de Paris, François Molins. Sa surveillance s’est alors arrêtée.

Sur le lieu de sa troisième et dernière attaque, un supermarché de la localité de Trèbes, il « est entré en criant “Allahou akbar” et en indiquant qu’il était un soldat [du groupe] État islamique, se disant prêt à mourir pour la Syrie », a rapporté M. Molins, chargé de l’affaire et venu de la capitale à Carcassonne, cité médiévale.

Il a ajouté qu’une femme, « une proche [de Radouane Lakdim] qui partageait sa vie », avait été placée en garde à vue vendredi soir. Une perquisition a été menée dans la cité populaire de Carcassonne où résidait l’assaillant.

Radouane Lakdim a procédé à ses attaques en trois temps.

Il a d’abord « volé une voiture à Carcassonne, tuant un passager et blessant grièvement le conducteur ». Puis, après avoir patienté devant une caserne de militaires puis une caserne de policiers, il a tiré sur un policier qu’il a blessé. Ce dernier rentrait d’un jogging avec plusieurs de ses collègues.

Quelques minutes plus tard, vers 11 h 15, il pénétrait dans un supermarché de Trèbes, à moins de 10 km de Carcassonne, où il a tué un employé et un client en entrant dans le magasin, où se trouvaient une cinquantaine de personnes, selon M. Molins. À l’arrivée des gendarmes, un lieutenant-colonel de 45 ans, Arnaud Beltrame, s’est alors proposé comme otage en échange de la libération des civils.

«Mort pour la patrie»

Vers 14 h 30 (heure locale), l’assaillant a grièvement blessé par balle cet officier, ce qui a déclenché l’assaut de membres des forces d’élite de la gendarmerie, a précisé M. Collomb, qui a salué « l’acte d’héroïsme » d’Arnaud Beltrame. Celui-ci est décédé des suites de ses blessures, a annoncé samedi le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb.

« Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame nous a quittés. Mort pour la patrie. Jamais la France n’oubliera son héroïsme, sa bravoure, son sacrifice », a écrit sur son compte Twitter le ministre français.

« Le coeur lourd, j’adresse le soutien du pays tout entier à sa famille, ses proches et ses compagnons » gendarmes, ajoute-t-il.
 

Le président Emmanuel Macron avait particulièrement salué vendredi le « courage » de l’officier supérieur de la gendarmerie. Ce gendarme « a sauvé des vies et fait honneur à son arme et notre pays», avait ajouté M. Macron.

Deux autres militaires ont été blessés par balle lors de l’assaut.
 

Le décès de cet officier porte le bilan à quatre morts. Une des victimes est « un citoyen portugais », a déclaré un porte-parole du gouvernement à Lisbonne.


La précédente attaque meurtrière de ce genre en France s’était produite le 1er octobre 2017 à Marseille. Un Tunisien de 29 ans avait tué au couteau deux cousines, avant d’être abattu par la police. Le groupe EI avait revendiqué ces assassinats, mais les enquêteurs français n’ont pas, pour l’heure, trouvé d’éléments reliant l’assaillant à cette organisation djihadiste.

La France fait partie de la coalition militaire internationale intervenant en Syrie et en Irak contre le groupe EI, qui perd peu à peu tous ses bastions.

À minuit, la tour Eiffel a été éteinte en hommage aux victimes des attaques de vendredi.

À Carcassonne, le quartier de Radouane Lakdim en « état de siège »

Policiers cagoulés et lourdement armés, engin blindé : les forces de l’ordre sont descendues en masse vendredi perquisitionner la petite cité Ozanam de Carcassonne, où résidait Radouane Lakdim, l’auteur dans la journée d’une prise d’otages meurtrière.

Tout près de la caserne à côté de laquelle il a foncé et tiré vendredi matin sur des policiers qui faisaient leur jogging, Ladkim habitait dans l’un des trois petits immeubles situés au centre de cette cité. Et au pied duquel plusieurs jeunes interrogés en début d’après-midi par l’AFP affirmaient pourtant ne pas le connaître.

Pas bavard non plus, un de ses proches, contacté par téléphone, confirmait juste après faire bien partie de sa famille, avant de raccrocher.

Vers 17 h (heure locale), le dispositif arrivé sur place est impressionnant : policiers lourdement armés et cagoulés bloquant les accès, camions banalisés, engin blindé. Sous le regard médusé des habitants sortis sur leur perron ou sur leur balcon.

« On est en état de siège », dit une habitante au téléphone à l’un de ses proches.

Petits trafics, omertà — tous les habitants interrogés par l’AFP ont refusé de communiquer leur nom —, voitures brûlées : Ozanam est un quartier réputé difficile de Carcassonne, habité par quelques centaines d’habitants. Loin de la taille d’une cité de périphérie de grande métropole.

« Ça faisait un moment qu’on alertait les pouvoirs publics, il y a du trafic, il y a des armes à feu qui doivent circuler, on entend des coups de feu », a affirmé une retraitée.

« C’est une minorité qui pourrit le quartier, ils ont pris le pouvoir. Avant, il y faisait bon vivre, mais maintenant c’est craignos », assure-t-elle.

« Je suis arrivé ici à l’âge de 14 ans, ça se passait très bien, mais maintenant, dès que je peux, je fais partir ma mère, elle s’est fait brûler deux voitures », confirme un homme d’une quarantaine d’années. « C’est un quartier où il y a du trafic », mais « ce n’est pas le 93 non plus », dit-il en référence à ce département de la région parisienne à la criminalité élevée.

Mais pour d’autres habitants, le portrait d’Ozanam, cocktail de petits trafics et de chômage élevé, est celui de beaucoup de quartiers difficiles de petites villes. Ni plus ni moins. Et sans aucun signe de radicalisation de Lakdim ou d’autres jeunes.

« Il n’avait pas de boulot, il avait la barbe, mais c’était un gamin sans histoire, d’une famille simple », indique un voisin, deux rues plus haut.

« Il passait dans la rue deux fois par jour pour promener son chien, on a été très surpris de savoir que c’était lui », souligne une autre habitante.

« La vie est normale ici, ça se passe bien, il n’y a pas de souci », estime une dame d’une trentaine d’années, toujours sous le couvert de l’anonymat. Avant d’ajouter : « Si on ne se mêle pas de la vie des gens. »