Catalogne: nouvelle tentative des indépendantistes pour élire un président

Jordi Turull (sur cette photo), ancien porte-parole du gouvernement de Carles Puigdemont, est le troisième candidat proposé par le président du Parlement régional Roger Torrent.
Photo: Manu Fernandez Associated Press Jordi Turull (sur cette photo), ancien porte-parole du gouvernement de Carles Puigdemont, est le troisième candidat proposé par le président du Parlement régional Roger Torrent.

Barcelone — La tentative d’investir jeudi soir l’indépendantiste Jordi Turull à la présidence de la Catalogne a été vouée à l’échec, une petite formation d’extrême gauche (CUP) ayant annoncé qu’elle ne soutiendrait pas ce candidat, convoqué vendredi devant la justice.

Jordi Turull, ancien porte-parole du gouvernement de Carles Puigdemont, est le troisième candidat proposé par le président du Parlement régional Roger Torrent, les deux précédents — Carles Puigdemont, en exil volontaire à Bruxelles, et Jordi Sànchez, incarcéré — ayant jeté l’éponge en raison des obstacles judiciaires à leur investiture.

Or, avant même l’officialisation de sa candidature, Jordi Turull a été convoqué mercredi pour une audience devant la Cour suprême vendredi à Madrid, où il risque d’être placé en détention provisoire pour rébellion, ce qui l’empêcherait d’être investi.

Malgré cette incertitude, la séance parlementaire s’est ouverte à 17 h (heure locale).

La CUP (Candidature d’unité populaire), idéologiquement très éloignée de M. Turull, issu d’un parti nationaliste et conservateur, à l’image écornée par des affaires de corruption, lui reproche notamment de ne pas prôner la rupture unilatérale avec l’Espagne.

La veille, Roger Torrent avait convoqué cette session visant à investir un nouveau président pour la Catalogne, sans gouvernement autonome depuis la destitution de M. Puigdemont par Madrid le 27 octobre, après une tentative de sécession restée sans effet.

Roger Torrent a maintenu la séance, tout en sachant que Jordi Turull n’aurait pas assez de voix pour être investi.

Jordi Turull a ensuite proposé à la chambre de l’élire « pour construire un pays meilleur » et défendre « la démocratie », le « progrès social », « une économie prospère qui ne se fonde pas sur les privilèges et la spéculation ». Toutefois, il n’a recueilli que 64 voix, tandis que 65 députés ont voté contre et que les quatre élus séparatistes les plus radicaux se sont abstenus. Au second tour samedi, il lui suffirait de la majorité simple pour être élu.

Ingérence

Mercredi, Roger Torrent a accusé le juge « d’ingérence » politique et décidé d’organiser cette investiture en urgence pour défendre « ses droits politiques » et couper l’herbe sous le pied du magistrat.

Cette session d’investiture avait pour but de promouvoir « une confrontation avec l’État de droit, les institutions », a riposté le ministre espagnol de la Justice, Rafael Catalá, dénonçant sur la radio Onda Cero un « sale jeu » des indépendantistes.

Bataille sans relâche

Il a rappelé que M. Turull ne serait pas président régional tant que le roi n’aurait pas signé le décret le nommant.

Depuis le vote par le Parlement catalan d’une déclaration d’indépendance, le 27 octobre, la bataille entre l’État espagnol et les indépendantistes n’a pas cessé.

Lors des élections régionales organisées par Madrid le 21 décembre, les séparatistes ont conservé leur majorité absolue au Parlement, avec 47,5 % des voix.

Mais le noyau dur indépendantiste fait l’objet de poursuites pour rébellion, sédition et malversation de fonds pouvant entraîner de lourdes peines de prison.

Les séparatistes accusent le gouvernement de Mariano Rajoy de manipuler la justice pour étouffer leur mouvement, au lieu de tenter un rapprochement politique ; lors de son discours devant le Parlement catalan, Jordi Turull a à nouveau appelé au dialogue.

Le camp indépendantiste a d’abord souhaité investir « à distance » Carles Puigdemont.

Mais la Cour constitutionnelle a exigé qu’il se présente d’abord devant le juge pour obtenir l’autorisation d’assister à son débat d’investiture, au risque d’être incarcéré.

Carles Puigdemont a donc renoncé début mars.

Les indépendantistes ont ensuite choisi l’ex-dirigeant emprisonné de l’organisation séparatiste Assemblée nationale catalane Jordi Sànchez, mais celui-ci a aussi renoncé mercredi, car le juge ne l’a pas autorisé à quitter sa cellule.

L’opposition aux indépendantistes les accuse de vouloir se faire passer pour des « victimes » et gagner ainsi des soutiens au sein d’une population catalane très divisée, en choisissant systématiquement des candidats non viables pour ensuite dénoncer le « harcèlement judiciaire ».

En attendant de se trouver un nouveau président régional, la Catalogne reste sous administration directe de Madrid, qui avait suspendu son autonomie après la tentative de sécession.