Le FN, une «refondation» en trompe-l’oeil

La leader du Front national, Marine Le Pen, va notamment proposer l’adoption d’un nouveau nom.
Photo: Philippe Lopez Agence France-Presse La leader du Front national, Marine Le Pen, va notamment proposer l’adoption d’un nouveau nom.

Ce week-end, à Lille, Marine Le Pen va être réélue à la tête du FN. Normal : elle est seule candidate à sa succession. La chose se fera lors d’un vote des adhérents au (16e) congrès « refondateur » du parti. Et à la tribune, elle devrait dire quelque chose sur l’opposition au « système » qu’elle veut incarner.

Avec la volonté de montrer à ceux qui croient encore en elle, malgré sa défaite à la présidentielle, que, non, l’extrême droite mariniste n’est pas morte. La « refondation » que Marine Le Pen a lancée après la débâcle électorale de 2017 doit accoucher à Lille de quelques propositions issues de la « grande consultation » de novembre, un questionnaire envoyé aux encartés FN. Objectif : connaître leur avis sur tout un tas de sujets, dont il n’est pour l’instant pas ressorti grand-chose, à part que les électeurs frontistes souhaiteraient — à une courte majorité — un changement de nom du FN. Cela arrange Marine Le Pen, qui y est aussi favorable.

Ce week-end, elle va donc proposer une nouvelle appellation, pour un « nouveau front ». Les adhérents devront voter pour la valider (ou pas) dans quelques jours, par voie électronique. Le ripolinage d’urgence, à vocation purement cosmétique, peut sonner comme une tentative de fixer la normalisation du FN au point où elle se trouvait avant le départ de Florian Philippot, qui l’incarnait. Jean-Marie Le Pen, le cofondateur du parti dont il est encore (pour un jour) président d’honneur, y voit, lui, un « assassinat ». Mais ce changement de nom sert surtout à rassurer d’éventuels futurs alliés du Front national qui restent, pour l’instant, effrayés par l’image et le passé auquel renvoie l’actuelle appellation.

Question d’image

Changer le nom du FN ne suffira pas à racheter une image de présidentiable à Marine Le Pen. La dirigeante frontiste, qui, en 2016 et 2017, avait commencé à tirer les bénéfices du travail de dédiabolisation engagé après son arrivée à la tête du FN en 2011, apparaît désormais comme bien plus incapable de prendre des décisions — et de diriger la France — qu’il y a six mois.

Dans un sondage publié jeudi par Le Monde, la (déjà) personnalité la plus rejetée par les Français perd des dizaines de points dans l’opinion concernant les questions sur sa personnalité. Est-elle chaleureuse, sympathique, honnête, volontaire, capable ? Aux yeux des Français, non. Plus maintenant. Que s’est-il passé entre-temps ? Un débat d’entre-deux-tours calamiteux.

En septembre, des cadres frontistes assuraient que Marine Le Pen avait fini par prendre la mesure de l’effet que sa désastreuse prestation télévisuelle de mai face à Macron risquait d’avoir sur ses électeurs à long terme. Ça n’était pas gagné : à l’époque, ses conseillers — comme Philippe Olivier — l’avaient plutôt félicitée. Patrick Buisson, avec qui Le Pen était en contact pendant la campagne, lui aurait dit le lendemain (en substance) : « Sciences-Po et les journalistes ne vont pas aimer, mais les vrais Français de base, si. »

Depuis, Marine Le Pen est en réalité « cramée », « grillée à jamais », « finie », estiment certains électeurs frontistes (lire ci-dessus). À Lille, Auchel — et même à Hénin, son terrain de jeu —, à Marseille, à Forbach, des terres qui lui sont normalement acquises, beaucoup doutent désormais des capacités de la dirigeante du FN à gagner un jour une présidentielle. Certains vont jusqu’à mettre en cause sa volonté d’y arriver. « Elle nous a menti, elle nous a trahis », lâchent des électeurs désabusés.

Ce week-end, à Lille, Marine Le Pen va être réélue à la tête d’un Front national qui ne croit plus tant que ça en elle.