Une droite divisée et une gauche en déroute après les législatives en Italie

Le leader du Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio, s’est adressé aux journalistes, lundi.
Photo: Filippo Monteforte Agence France-Presse Le leader du Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio, s’est adressé aux journalistes, lundi.

« Je vais passer beaucoup de temps en Europe, c’est ici que se trouve l’avant-garde du populisme. » À quelques jours des élections italiennes, Steve Bannon, l’ancien conseiller de Donald Trump, surnommé « le prince des ténèbres » ou « Dark Vador », a débarqué à Rome. « Cette élection est cruciale pour le mouvement populiste global », a-t-il insisté dans un entretien au quotidien Corriere della Sera, souhaitant une alliance représentant les deux tiers des Italiens et qui aille du Mouvement 5 étoiles (M5S) à la Ligue du Nord en passant par Berlusconi et les nationalistes de Frères d’Italie. Avec un objectif : « Blesser Bruxelles au coeur. »

Scandales

Sur le papier, l’alliance entre toutes les forces antisystème, populistes et d’extrême droite n’est pour l’heure pas envisagée. Lundi matin, le leader de la Ligue, Matteo Salvini, l’un des grands vainqueurs du scrutin avec près de 19 % des voix (15 % de plus qu’en 2013) et qui devance de cinq points son allié Forza Italia, a d’ores et déjà exclu l’hypothèse d’un deal avec le M5S : « Les accords entre amis se maintiennent. L’équipe est celle de centre droit », a-t-il répété pour confirmer son engagement aux côtés de Silvio Berlusconi et son espoir que la coalition de la droite et de l’extrême droite qui réunit 37 % des suffrages puisse dégager une majorité au Parlement. Il reste que les eurosceptiques représentent désormais plus de la moitié des électeurs transalpins et pourraient faire converger leurs votes sur certains sujets, comme les relations avec la Russie de Poutine.

Le M5S enregistre, lui, une très forte poussée. En dix ans, la formation fondée par Beppe Grillo est devenue la première force du pays. Malgré les scandales de remboursements de salaires éclaboussant certains parlementaires sortants et en dépit de la gestion très critiquée des mairies de Rome et Turin qu’il dirige, le Mouvement a transformé l’essai de sa métamorphose de parti protestataire à force aspirant à accéder au pouvoir. « Nous avons la responsabilité de donner un gouvernement à l’Italie », a dit lundi le jeune leader Luigi Di Maio, se réjouissant qu’il y ait « des régions entières où nous avons recueilli plus de 50 %, des zones où nous avons obtenu 75 % des voix », comme le Mezzogiorno. Le tableau politique italien montre d’ailleurs une coupure assez nette entre le Nord, où la Ligue domine, et les régions méridionales, où le M5S triomphe. En revanche, les deux perdants sont Silvio Berlusconi, qui à 81 ans n’a pas réussi à porter Forza Italia au-delà des 14 %, et le Parti démocrate (PD) de Matteo Renzi, qui s’effondre sous la barre des 20 %. Le premier a été en partie phagocyté par la Ligue, le second par le M5S, créant une sorte de nouveau bipolarisme. Le scrutin s’est transformé en nouveau vote sanction contre l’ancien président du Conseil, qui avait refusé de quitter la scène politique en 2016 après l’échec de sa réforme sur la Constitution.

Impasse

Mais pour la gauche italienne dans son ensemble, le revers est sévère. La coalition + Europa d’Emma Bonino ne passe pas la barre des 3 % qui permettait d’obtenir des sièges au scrutin proportionnel, et la gauche radicale de LeU atteint à peine les 3,3 %. Dans son ensemble, la gauche ne représente plus qu’un Italien sur quatre, son score le plus bas depuis l’après-guerre. Lundi, plusieurs ministres ont été sévèrement battus et Renzi a remis sa démission de secrétaire national du Parti démocrate lors d’une conférence de presse. Paradoxalement, la gauche pourrait toutefois être l’arbitre pour la formation d’un gouvernement. L’entourage de Berlusconi rappelle qu’en 2013, une impasse politique similaire, mais à fronts renversés, s’était déjà produite. À l’époque, une partie de la droite avait soutenu le gouvernement de centre gauche d’Enrico Letta pour éviter un blocage institutionnel. « J’espère que, cette fois, il y aura des responsables dans l’autre sens », a fait savoir Brunetta, l’un des lieutenants de Berlusconi. Quant au M5S, ses dirigeants soulignent qu’avec près d’un tiers des voix, ils sont incontournables. Avant le vote, le président (démocrate) de la région des Pouilles, Michele Emiliano, avait déclaré : « Si Luigi Di Maio est chargé de former le gouvernement, les démocrates devraient le soutenir. » Sur les réseaux sociaux, de nombreux militants indiquent qu’ils seraient prêts à le suivre notamment pour éviter que la Ligue de Salvini arrive au pouvoir. Avec le risque que le PD soit pour longtemps subalterne aux Cinq Étoiles.

Défait, Renzi démissionne

L’ancien chef du gouvernement italien Matteo Renzi a annoncé lundi soir qu’il quittait la direction du Parti démocrate après la défaite de son parti, qui a recueilli 18,7 % des voix aux législatives de dimanche. Le PD a subi « une défaite claire et évidente » et « il est évident dans ces conditions que j’abandonne la direction du parti », a-t-il déclaré à la presse en précisant qu’il ne se représenterait pas lors du congrès du parti. Ce congrès, annoncé pour les prochaines semaines, devra choisir « non pas un régent désigné dans un boudoir, mais un secrétaire élu par des primaires », a-t-il fait valoir.