Puigdemont renonce à la présidence de la Catalogne

Élu président de la Catalogne en janvier 2016, Carles Puigdemont a été destitué par Madrid le 27 octobre, quelques heures après une déclaration d’indépendance de la «République catalane» votée au Parlement régional.
Photo: Virginia Mayo Associated Press Élu président de la Catalogne en janvier 2016, Carles Puigdemont a été destitué par Madrid le 27 octobre, quelques heures après une déclaration d’indépendance de la «République catalane» votée au Parlement régional.

Le président catalan destitué, l’indépendantiste Carles Puigdemont, a renoncé jeudi à briguer la présidence catalane, assurant cependant qu’il défendrait la cause de sa « république » partout, y compris en saisissant le Comité des droits de l’homme de l’ONU.

« J’ai demandé au président du Parlement catalan que, de manière provisoire, il ne présente pas ma candidature à l’investiture comme président », a dit M. Puigdemont dans une vidéo enregistrée en Belgique, où il s’était installé fin octobre, échappant aux poursuites de la justice espagnole.

L’ancien journaliste de 55 ans, élu président de la Catalogne en janvier 2016, a été destitué par Madrid le 27 octobre, quelques heures après une déclaration d’indépendance de la « République catalane » votée au Parlement régional.

Depuis, la Catalogne reste placée sous la tutelle du gouvernement espagnol de Mariano Rajoy, qui avait suspendu son autonomie régionale.

Et M. Puigdemont, objet de poursuites judiciaires pour « rébellion » et « sédition », serait immédiatement arrêté s’il rentrait en Espagne.

Il n’avait pas pour autant renoncé à diriger sa région de 7,5 millions d’habitants — estimant que son retour serait le symbole de la « dignité » retrouvée du « peuple catalan » piétiné par Madrid — et s’était donc présenté aux élections régionales du 21 décembre.

Or sa liste était arrivée en tête au sein du camp indépendantiste, victorieux.

Pressions croissantes

Les pressions sont allées crescendo sur Carles Puigdemont, même au sein de son camp où beaucoup considéraient que la formation d’un nouveau gouvernement devait être la priorité.

Annonçant finalement son retrait jeudi, il a admis que, « dans les conditions actuelles, c’est la seule façon de pouvoir former un nouveau gouvernement, le plus rapidement possible ».

Il propose à présent la candidature du président d’une association indépendantiste, Jordi Sanchez, bien qu’il soit emprisonné depuis quatre mois. Mais cette candidature aura aussi du mal à aboutir.

M. Sanchez est en détention provisoire depuis la mi-octobre pour « sédition », en lien avec une manifestation organisée le 20 septembre à Barcelone.

Pour être investi, il devrait lui aussi obtenir une autorisation du juge de la Cour suprême chargé de l’enquête, Pablo Llarena. Or ce magistrat a déjà refusé une permission de sortie à l’ex-vice-président catalan Oriol Junqueras (ERC), également élu député alors qu’il était en détention.

Madrid se félicite

Jeudi soir, une source gouvernementale espagnole se félicitait du renoncement de M. Puigdemont, qui cherchait selon elle à se « moquer de la loi ». « La Catalogne a le plus vite possible besoin d’un président de la Generalitat [exécutif catalan] en mesure de gouverner », a déclaré cette source.

Le Parlement catalan, dominé par les indépendantistes, avait adopté jeudi à la mi-journée la première motion de sa nouvelle législature.

Il y dénonçait « la dérive autoritaire et antidémocratique » du gouvernement espagnol, accusé d’instrumentaliser la justice pour lutter contre les indépendantistes.

Le Parlement avait défendu la « légitimité » de la candidature de M. Puigdemont, une manière de lui rendre hommage avant qu’il n’annonce lui-même son retrait.

L’opposition anti-indépendantiste avait refusé de participer au vote au Parlement régional.

M. Puigdemont a par ailleurs annoncé qu’une équipe d’avocats internationaux avait présenté jeudi une plainte en son nom contre l’État espagnol, devant le Comité des droits de l’homme des Nations unies, pour activement défendre ses droits.