L’Europe continue à grelotter: au moins 47 morts

Une femme se promène sur la dune de sable partiellement couverte de neige du Pilat, à La Teste-de-Buch, dans le sud-ouest de la France. 
Photo: Nicolas Tucat Agence France-Presse Une femme se promène sur la dune de sable partiellement couverte de neige du Pilat, à La Teste-de-Buch, dans le sud-ouest de la France. 

Paris — La vague de froid sibérien qui sévit en Europe avait fait près de 50 morts mercredi, dont de nombreux sans-abri, et continuait à semer la pagaille dans les transports.
 

Surnommée « La Bête de l’Est » par les médias britanniques, « L’Ours de Sibérie » aux Pays-Bas, le « Canon à neige » en Suède ou le « Moscou-Paris » en France, cette vague de froid a fait au moins 47 morts depuis vendredi, selon un comptage des bureaux de l’AFP : dix-huit en Pologne, six en République tchèque, cinq en Lituanie, quatre en France ainsi qu’en Slovaquie, deux en Italie, tout comme en Roumanie, en Serbie et en Slovénie ; un aux Pays-Bas et au moins un autre en Espagne, au Pays basque. En Estonie, le froid a fait sept morts sur l’ensemble de février.

Dans la nuit de mardi à mercredi, le mercure est tombé jusqu’à -21°C dans les régions montagneuses de Croatie et de Bosnie, -20°C à Lübeck dans le nord de l’Allemagne, -19°C dans le sud de la Pologne, -18°C près de Liège en Belgique et -10°C dans les environs de Londres.

En Suisse, un pic de -36°C a été enregistré à Glattalp, à 1850 mètres d’altitude, un endroit inhabité coutumier de ce type d’extrêmes. En France, la nuit de mardi à mercredi a été la plus froide de l’hiver dans le nord-est, avec -12°C à Metz.

Les sans-abri touchés

Les températures très basses, qui devraient perdurer jusqu’à jeudi, affectaient principalement les sans-abri. Trois d’entre eux ont péri en France et en République tchèque depuis vendredi et deux en Italie, dont un qui refusait de quitter l’endroit où il dormait dehors à Milan.

En Belgique, plusieurs villes ont pris la décision inédite de forcer les personnes sans domicile fixe à rejoindre un refuge.

En Allemagne, l’Association d’aide pour les sans-abri a réclamé que les centres d’accueil soient ouverts toute la journée et pas seulement la nuit : « On peut aussi mourir de froid pendant la journée », a insisté Werena Rosenke, à la tête de l’association, qui a recensé quatre décès dus au froid depuis le début de l’hiver.

En France, le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard, a annoncé que 150 000 places d’hébergement d’urgence étaient disponibles, « un chiffre jamais atteint ».

« Ceux qui ont une maison peuvent aussi s’avérer vulnérables par ce temps. Si vous avez des voisins âgés ou fragiles, vérifiez qu’ils sont sains et saufs, qu’ils ont un stock suffisant d’aliments et de médicaments chez eux et qu’ils maintiennent leur logement au chaud [au moins 18 °C] », a demandé le maire de Londres, Sadiq Khan.

Ruée dans les supermarchés

En Irlande, les habitants se ruaient dans les supermarchés pour constituer des stocks de nourriture à l’approche de la tempête Emma, qui devrait provoquer jeudi les plus importantes chutes de neige sur le pays depuis 1982. Les photos de rayons de pain vides fleurissaient sur les réseaux sociaux. Les autorités ont décrété « l’alerte rouge » et ont demandé à tous les habitants des provinces de Munster et Leinster de rester à l’abri entre 16 h jeudi et midi vendredi.

Partout en Europe, la neige et le verglas ont semé la pagaille sur les routes, comme en Catalogne, dans le nord-est de l’Espagne, où des milliers de camions ont été immobilisés, et perturbé le trafic aérien et ferroviaire. De nombreux vols ont été annulés ou retardés dans les aéroports britanniques. En Irlande, la compagnie à bas prix Ryanair a annulé tous ses vols au départ et à l’arrivée de Dublin.

Aux Pays-Bas, la fièvre du patinage s’est emparée de la population. Malgré des températures ressenties de -15°C par endroits, les conditions n’étaient toutefois pas idéales pour pratiquer ce sport : à Hank, dans l’ouest, un homme de 75 ans est mort mercredi en tombant dans l’eau glacée après être passé à travers la glace trop fine. Plusieurs accidents similaires ont été signalés dans des villages près d’Utrecht et d’Amsterdam, mais les victimes ont pu être secourues à temps.

Le « travail le plus glacial »

Le tabloïd Österreich a décerné la palme du « travail le plus glacial d’Autriche » à Ludwig Rasser et Norbert Daxbacher, employés à la station météo du Sonnblick à 3109 mètres d’altitude, qui trois fois par jour doivent sortir pour effectuer les relevés des appareils de mesure. « Il nous faut une heure pour relever les mesures de tous les appareils. À -32 °C [la température de mardi], le ressenti avec le vent est de -60 », a témoigné Ludwig.

De nombreuses écoles étaient fermées au Royaume-Uni, en Irlande, dans le nord du Portugal, en Bosnie et au Kosovo, de même qu’en Albanie où beaucoup de villages et petites villes étaient isolés par la neige.