La dirigeante indépendantiste Anna Gabriel fuit la justice espagnole

Anna Gabriel, photographiée ici en 2016, était convoquée mercredi par la Cour suprême à Madrid et risquait d’être placée en détention.
Photo: Josep Lago Agence France-Presse Anna Gabriel, photographiée ici en 2016, était convoquée mercredi par la Cour suprême à Madrid et risquait d’être placée en détention.

Genève — Une sixième dirigeante indépendantiste de Catalogne, Anna Gabriel, a quitté l’Espagne pour échapper à une éventuelle incarcération et s’est installée en Suisse, invoquant mardi l’absence de procès équitable dans son pays.

« Comme je n’aurai pas un procès équitable chez moi, j’ai cherché un pays qui puisse protéger mes droits », a-t-elle déclaré au quotidien suisse le Temps dans un entretien publié mardi.

Anna Gabriel était convoquée mercredi par la Cour suprême à Madrid et risquait d’être placée en détention, comme quatre autres séparatistes incarcérés depuis plus de trois mois.

Selon la justice, elle aurait appartenu à un « comité stratégique » chargé de mener la Catalogne vers l’indépendance.

Inculpations politiques

Dans cet entretien, la responsable juge excessives les enquêtes policières et judiciaires et les inculpations visant des centaines de personnes pour leur rôle dans la tentative de sécession en Catalogne.

« C’est une persécution politique […] ce n’est pas un tribunal impartial », a aussi déclaré à la télévision suisse RTS, dans un français presque parfait, l’ex-porte-parole du groupe parlementaire de la CUP (Candidature d’unité populaire, extrême gauche indépendantiste).

Anna Gabriel compare la situation en Catalogne à « ce qui se passe en ce moment en Turquie », où plus de 55 000 personnes ont été arrêtées après la tentative de coup d’État en 2016.

Le parti a aussi précisé mardi que le choix de la Suisse permettrait d’« internationaliser » la cause catalane, en rapprochant Anna Gabriel d’organisations internationales et du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, qui siège à Genève.

Le ministre espagnol de la Justice, Rafael Catala, a pour sa part estimé que Mme Gabriel avait fait preuve d’une « irresponsabilité gravissime ».

Mme Gabriel a précisé qu’en cas de demande d’extradition de l’Espagne, elle n’écartait pas la possibilité de demander l’asile politique à la Suisse.

Le 1er octobre, les indépendantistes ont organisé en Catalogne, en dépit de son interdiction par la Cour constitutionnelle, un référendum d’autodétermination émaillé de violences policières.

Puis, affirmant l’avoir emporté avec 90 % des voix et 43 % de participation, ils avaient exigé un « dialogue » à Madrid sur l’autodétermination et ont fini par déclarer l’indépendance le 27 octobre, ce qui a entraîné la mise sous tutelle de la région par Madrid.

Le parti de Mme Gabriel, une professeure de droit née en 1975, est la plus petite des trois formations indépendantistes, mais aussi la plus virulente, prônant la désobéissance civile et une rupture unilatérale.

Or, les appels à la résistance passive ont déjà été assimilés par le juge responsable du dossier à des actes pouvant entraîner des violences. Elle risquait donc à ce titre un placement en détention provisoire.

Une autre

En quittant l’Espagne, Anna Gabriel marche dans les pas de cinq autres indépendantistes : le président catalan destitué, Carles Puigdemont, et quatre ex-« ministres » régionaux, installés en Belgique.

Tous sont visés par des poursuites pour « rébellion, sédition et malversation de fonds », passibles de peines allant jusqu’à 30 ans d’incarcération.

Cette enquête vise l’ensemble du noyau dur séparatiste, une trentaine de personnes, dont quatre sont encore en détention provisoire, depuis plus de trois mois, notamment l’ancien vice-président Oriol Junqueras.

Pour deux d’entre eux, les dirigeants d’associations indépendantistes Jordi Sanchez et Jordi Cuixart, l’ONG Amnesty International juge ces incarcérations excessives.