Loi sur la Shoah : le torchon brûle de plus belle entre la Pologne et Israël

Le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, à Berlin
Photo: Ferdinand Ostrop Associated Press Le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, à Berlin

Le gouvernement polonais espérait que les émotions soulevées par sa loi controversée retomberaient rapidement, mais en parlant d’« auteurs juifs » de la Shoah, le premier ministre, Mateusz Morawiecki, a rallumé l’incendie qui brûle entre son pays et Israël.

En voulant défendre la récente loi controversée destinée à protéger la Pologne d’accusations de complicité de génocide avec les nazis, M. Morawiecki a fait scandale samedi en affirmant qu’il y avait aussi « des auteurs juifs » de la Shoah. Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, a jugé ces propos « inacceptables ».

« C’est tragique. Et un changement positif n’est plus possible que dans une perspective à plus long terme » dans les relations entre la Pologne et Israël, déplore le politologue Stanislaw Mocek. Dans un entretien avec l’AFP, M. Mocek reproche à la « politique historique » des conservateurs au pouvoir de « détruire les relations internationales bâties depuis plus d’un quart de siècle » et de « créer l’identité nationale par la voie de conflits avec tous ».

« Après l’histoire des réparations de guerre allemandes, ce sont les relations avec les Juifs à travers le monde — donc non seulement avec Israël —, avec l’Ukraine, sans parler de la Russie, peut-être bientôt avec les Tchèques et les Slovaques, parce que bien sûr il y a eu quelques litiges historiques » avec eux, poursuit l’universitaire.

Le secours pourrait venir en premier lieu du Tribunal constitutionnel polonais. Le président, Andrzej Duda, l’a chargé, en promulguant la loi, d’en vérifier certains passages.

Vers une loi modifiée ?

Destinée selon ses auteurs à défendre l’image de la Pologne à l’étranger, et notamment à combattre l’expression inexacte de « camps de la mort polonais », cette loi est perçue en Israël comme une tentative de nier la participation de certains Polonais à l’extermination des Juifs.

Au fur et à mesure que la tension autour de la loi monte, les responsables polonais apparaissent de plus en plus convaincus que le Tribunal en modifiera le texte.

« Une certaine interprétation [de la loi par le Tribunal] est nécessaire, pour éliminer les doutes qui apparaissent », a déclaré lundi le chef de la diplomatie polonaise, Jacek Czaputowicz, sur la chaîne de télévision privée Polsat. Pour lui, les paroles controversées du premier ministre à Munich sont dues « de toute évidence à une erreur de vocabulaire » et « il n’y a vraiment pas de quoi demander pardon […], il faut l’expliquer ».

Climat d’antisémitisme: des organisations juives « indignées »

Une vingtaine d’organisations juives de Pologne ont protesté contre le climat « d’intolérance, de xénophobie et d’antisémitisme » qui se propage dans l’espace public, dans une déclaration publiée lundi, après l’adoption d’une loi controversée sur la Shoah. « Le discours de haine échappe au cadre de l’Internet et se répand dans l’espace public », peut-on lire dans le communiqué.

Selon les auteurs de la déclaration, ce discours se répand « dans les médias, dont ceux qui veulent toujours être considérés comme publics, et ne surprend plus dans des déclarations d’élus locaux, de députés et même de hauts fonctionnaires de l’État. »

« Le nombre de menaces et d’insultes dirigées contre les institutions juives ne cesse d’augmenter. Nous reconnaissons le fait que le président, le premier ministre et le chef du parti au pouvoir ont condamné l’antisémitisme. Mais tant que leurs paroles ne se transforment pas en actes, elles sonneront plus comme une déclaration d’impuissance contre le mal stigmatisé et pourtant répandu. Une action forte est nécessaire », demandent encore les signataires, assurant que les Juifs « ne se sentent plus en sécurité en Pologne » même si, contrairement à d’autres pays d’Europe, « les menaces ne prennent pas la forme d’attaques directes ».


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