Allemagne: au prix de lourds sacrifices, Merkel obtient enfin son accord de coalition

Angela Merkel, au centre, flanquée à droite du dirigeant social-démocrate, Martin Schulz, et à gauche de Horst Seehofer, de l'Union chrétienne-sociale en Bavière
Photo: Kay Nietfeld DPA via AP) Angela Merkel, au centre, flanquée à droite du dirigeant social-démocrate, Martin Schulz, et à gauche de Horst Seehofer, de l'Union chrétienne-sociale en Bavière

La chancelière allemande, Angela Merkel, a salué mercredi la perspective d’un gouvernement « stable » en Allemagne après son accord avec les sociaux-démocrates, une alliance qui lui a coûté très cher, mais qui lui ouvre les portes d’un quatrième mandat.

« Je suis convaincue que ce contrat de coalition […] est le fondement du gouvernement stable dont notre pays a besoin et que beaucoup dans le monde attendent de nous », a affirmé la dirigeante conservatrice (CDU/CSU) à l’issue d’un dernier tour de 24 heures de discussions sans interruption à Berlin.

Devant les réticences du SPD à s’allier à nouveau avec elle, les démocrates-chrétiens ont dû faire de nombreuses concessions. Les sociaux-démocrates obtiennent plusieurs ministères-clés, dont celui des Finances.

Cela marque une rupture avec l’héritage du très orthodoxe Wolfgang Schäuble, conservateur et titulaire du poste pendant huit ans jusqu’à fin de 2017. Ce ministère devrait revenir à Olaf Scholz, maire de la deuxième ville du pays, Hambourg, et figure respectée au sein du SPD.

« Je veux bien admettre que la question de qui obtient quel ministère n’a pas été simple », a reconnu Mme Merkel. « Oulalala… au moins on garde la chancellerie », a ironisé sur Twitter d’un ton amer l’un des députés de Mme Merkel, Olav Gutting.

Schulz aux Affaires étrangères

L’ancien président du Parlement européen et dirigeant social-démocrate, Martin Schulz, a confirmé mercredi soir qu’il visait le ministère des Affaires étrangères.

Une volte-face pour celui qui, fin 2017, proclamait encore qu’il ne participerait jamais à un gouvernement d’Angela Merkel. Il a aussi annoncé qu’il va quitter la présidence du SPD pour passer le relais à la chef du groupe parlementaire Andrea Nahles, 47 ans.

La CSU, l’aile la plus à droite de la famille politique d’Angela Merkel, récupère un super-ministère de l’Intérieur, de la Construction et de la Patrie : un gage à l’adresse de l’électorat le plus conservateur. Ce parti n’a cessé depuis deux ans de dénoncer la politique migratoire généreuse de la chancelière.

Pour le quotidien Bild, la chancelière a trop cédé pour éviter « des élections anticipées ». « Quel prix a-t-elle payé ? C’est à la limite du sacrifice personnel ! Que lui reste-t-il vraiment d’elle ? » demande ce journal. « Que Merkel cède ainsi illustre l’érosion de son pouvoir […] en matière de politique européenne, elle va le sentir passer. »

La chancelière se devait d’arracher un accord pour rester au pouvoir. Les élections législatives de septembre, marquées par un repli des partis traditionnels et une percée de l’extrême droite, n’ont pas permis de dégager une majorité claire à la Chambre des députés.

Les discussions ont longtemps buté sur le niveau des dépenses militaires, mais surtout sur la réforme de l’assurance maladie en Allemagne, pour réduire les inégalités entre médecine publique et privée, et le marché du travail.

Au tour des militants du SPD

Le projet de contrat de coalition prévoit que le prochain mandat de la chancelière, théoriquement jusqu’à l’automne 2021, sera placé sous le signe de la relance de l’Europe, au diapason des priorités du chef de l’État français, Emmanuel Macron.

Il accepte prudemment l’idée française d’un budget d’investissement pour la zone euro et d’une meilleure protection des pays membres face aux crises financières.

Pour entamer son nouveau mandat à 63 ans, la chancelière devra encore franchir un obstacle de taille avec un vote prévu sur le contrat de coalition des quelque 460 000 militants du SPD, dont le résultat est attendu le 4 mars. Et ils sont très divisés sur l’idée même d’une alliance avec la droite, au moment où leur parti ne cesse de plonger dans les sondages.

Pour tenter d’amadouer ses militants, Martin Schulz a obtenu que l’accord de gouvernement inclue une clause de réévaluation au bout de deux ans, une manière de mettre Angela Merkel en sursis dès le début de son mandat.

Un rejet du contrat de coalition mettrait la chancelière face à un choix difficile : former un gouvernement minoritaire instable ou accepter de nouvelles élections, deux scénarios inédits dans l’Allemagne de l’après-guerre.