Catalogne: les indépendantistes à la croisée des chemins

Le président indépendantiste du Parlement Roger Torrent a préféré temporiser et repousser la séance, tout en assurant qu’il voulait permettre que la session se tienne avec «toutes les garanties».
Photo: Manu Fernandez Associated Press Le président indépendantiste du Parlement Roger Torrent a préféré temporiser et repousser la séance, tout en assurant qu’il voulait permettre que la session se tienne avec «toutes les garanties».

L’ajournement du débat en vue de l’intronisation de l’indépendantiste Carles Puigdemont par le Parlement catalan a fait apparaître les doutes de son camp et les obstacles à son retour au pouvoir.

Voici les scénarios possibles dans les semaines qui viennent pour la Catalogne, qui reste sans gouvernement autonome, sous la tutelle du gouvernement central depuis la tentative de sécession du 27 octobre.

Carles Puigdemont, qui a dirigé la région entre janvier 2016 et octobre 2017, reste le seul candidat des indépendantistes, majoritaires au Parlement catalan, même s’il se trouve en Belgique, d’où il entendait être investi à distance.

Cette candidature a toutefois été contestée devant la Cour constitutionnelle par le gouvernement.

La Cour a pris en référé des mesures visant à encadrer un tel vote : elle a exigé pour le valider que M. Puigdemont soit présent au parlement, après avoir obtenu l’autorisation de s’y rendre du juge qui l’a inculpé.

Elle a aussi menacé de poursuites le président du Parlement s’il ne respectait pas ses conditions et a laissé dix jours ouvrables aux parties pour présenter leurs arguments pour ou contre cette investiture.

Dans ce contexte, le président indépendantiste du Parlement Roger Torrent a préféré temporiser et repousser la séance, tout en assurant qu’il voulait permettre que la session se tienne avec « toutes les garanties ».

Si, en fin de compte, la Cour constitutionnelle suspend de manière plus durable son investiture, une source de son groupe parlementaire a admis sous couvert de l’anonymat : « Nous serions bloqués », sans gouvernement.

La Catalogne resterait sous gouvernance directe de Madrid, sans l’autonomie à laquelle elle tient tant, pendant des mois.

La décision de Roger Torrent a exacerbé des tensions préexistantes entre la formation de M. Puigdemont, un conservateur, et la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), celle de son ancien vice-président Oriol Junqueras, actuellement en détention provisoire.

Le premier, soutenu par la Candidature d’unité populaire (CUP, extrême gauche indépendantiste), semble dans une logique de choc frontal avec Madrid au nom de la défense de la « dignité du peuple catalan ».

Mais le parti ERC, plus pragmatique, veut récupérer son influence dans les institutions catalanes et continuer à gagner du terrain auprès de l’électorat non indépendantiste, toujours majoritaire.

Puigdemont a douté de sa candidature

Carles Puigdemont a admis mercredi avoir eu des « doutes » sur sa candidature à la présidence de la Catalogne, qu’il assure maintenir. Une chaîne de télévision a publié une série de messages adressés, mardi soir, par M. Puigdemont à un ancien membre du gouvernement catalan destitué par Madrid. Dans ces messages, Puigdemont commente le report de la séance visant à l’investir mardi au parlement catalan et estime avoir été « sacrifié » par le gouvernement espagnol. Il lui écrit que tout est « terminé » et qu’il va se consacrer à défendre sa réputation.
4 commentaires
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 31 janvier 2018 11 h 11

    La bisbille...si bisbille il y a...

    est organisée par les agences de presse et des journalistes qui n'en peuvent plus de n'avoir plus un os à se mettre sous la dent dans ce dossier.
    Visca Catalunya lliure.

    Est-ce qu'un journaliste du Devoir pourrait "vraiment" nous traduire le texte de Puigdemont sans en changer la teneur...comme je crois que l'agence France presse l'a fait.

    • Pierre Robineault - Abonné 1 février 2018 10 h 33

      Commentaire très pertinent que le vôtre!
      La France a peur à sa Corse, si je puis dire. Ainsi en est-il de cette agence. À défaut de vraiment maîtriser le catalan, la version espagnole des deux quotidiens suivants de la Catalogne, nous en donne l'heure juste: http://www.elperiodico.com/es/ et surtout celui-ci http://www.lavanguardia.com

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 1 février 2018 03 h 49

    Parti pris journalistique

    Comme d'habitude, les journalistes de cette agence de presse ne parlent pas du tout mais pas du tout du fait absurde et scandaleux que cet imbroglio est d'abord et avant tout dû à l'obstruction systématique de l'état espagnol et de son gouvernement. Ils préfèrent répéter ad nauseam les complications qu'engendrent cette situation chez les partis catalans.

    C'est l'imposition brutale de la loi du plus fort, même si elle est injuste et abusive envers le peuple catalan dont elle ne reconnaît pas le choix électoral.

    Je me demande s'il ne serait pas préférable pour Puigdemont de se rendre à Barcelona et de mettre l'état espagnol devant l'odieux de sa position en l'arrêtant pour le séquestrer.

    On dirait que cette provocation espagnole vise à engendrer une radicalisation violente chez les catalans. J'admire beaucoup les catalans de ne pas y céder. Mais, à un moment donné, présenter l'autre joue à un fascisme excessif comme celui de l'état espagnol, ça devient quasiment du masochisme.

    • Pierre Robineault - Abonné 1 février 2018 10 h 37

      C'est bel et bien ce que fera Puigdemont. La mémoire étant une faculté qui sait oublier, il (ils) considère préférable de maintenir la situation sous les feux de la rampe ... jusqu'à ce dénouement final.