La France abandonne son projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes

Les opposants au projet fustigeaient une aberration environnementale et un gaspillage de l’argent public.
Photo: Loïc Venance Agence France-Presse Les opposants au projet fustigeaient une aberration environnementale et un gaspillage de l’argent public.

Après 45 ans de polémique, le gouvernement français a annoncé mercredi l’abandon d’un projet très controversé de nouvel aéroport dans l’ouest du pays et va désormais devoir gérer l’évacuation de centaines de protestataires occupant le site.

Lors d’une déclaration au palais présidentiel de l’Élysée, le premier ministre Édouard Philippe a annoncé l’abandon « définitif » du projet, évoquant « l’aéroport de la division », tout en reconnaissant qu’il « n’y avait pas de bonne décision ».

Ce projet d’aéroport, devenu un emblème des luttes environnementales en France, a empoisonné la vie politique du pays depuis des années. La saga avait débuté en 1965, quand le préfet de cette région avait lancé la recherche d’un nouveau site pour l’aéroport de Nantes.

Malgré les multiples rejets des recours en justice des militants anti-aéroport, le soutien au projet d’une majorité des élus régionaux, et un référendum consultatif local favorable (55,17 %) en juin 2016, l’exécutif a préféré lâcher ce projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes (NDDL).

L’alternative retenue est d’aménager l’actuel aéroport Nantes-Atlantique, qui sera « modernisé », a souligné le premier ministre, annonçant également le lancement de la procédure pour en rallonger la piste.

Né dans les années 1960, relancé en 2000, attribué au groupe de construction français Vinci par appel d’offres en 2010, le projet d’aéroport « du Grand Ouest » a traversé un demi-siècle pour se transformer en quasi affaire d’État.

Les partisans de la nouvelle infrastructure dénonçaient les nuisances sonores et les risques que fait peser, selon eux, le maintien d’un aéroport à proximité de l’agglomération de Nantes (620 000 habitants).

Ses opposants, eux, fustigeaient une aberration environnementale et un gaspillage de l’argent public. Les « zadistes », des opposants vivant sur cette zone humide (environ 400 hectares de friches, de bois et de routes) à une vingtaine de kilomètres au nord de la ville, travaillent la terre des fermes et vivent en quasi-autonomie.

Surnommée la « mère de toutes les zones à défendre », cette contestation a précédé en France d’autres occupations contre des projets controversés dans différents domaines : stockage de déchets, transports, hydrocarbures.

La question épineuse de l’évacuation

Se pose désormais la question de l’évacuation du site, occupé — selon une source policière — par environ 150 personnes en permanence, mélange d’agriculteurs, de militants écologistes, d’altermondialistes et d’éléments plus radicaux.

Le premier ministre a affirmé mercredi qu’il souhaitait « rétablir rapidement l’État de droit » sur la « zone d’aménagement différé » (ZAD, rebaptisée « zone à défendre » par les opposants). « Les occupants illégaux devront partir d’eux-mêmes d’ici le printemps prochain ou seront expulsés. [...] Les squatteurs doivent libérer progressivement les terres qui ne leur appartiennent pas. »

Un tragique précédent en France est dans tous les esprits : la mort du militant écologiste Rémi Fraisse, 21 ans, qui avait succombé en 2014 à l’explosion d’une grenade tirée par un gendarme lors d’affrontements sur le chantier d’une retenue d’eau controversée à Sivens.

L’annonce de la décision a déclenché une explosion de joie dans la ZAD, où une vingtaine d’occupants ont ouvert du champagne pour fêter « une victoire historique ». Le mouvement anti-aéroport s’est engagé à rouvrir les accès à la ZAD, tout en affirmant son « refus de toute expulsion » de ceux qui se sont installés illégalement sur place.

« C’est une immense joie pour tous ceux qui ont lutté contre le projet », s’est réjoui Julien Durand, porte-parole de l’ACIPA, principale association d’opposants.

« Aujourd’hui, nous célébrons la victoire », a également réagi Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France.

Mais plusieurs élus locaux ont fait part de leur colère. La maire socialiste de Nantes, Johanna Rolland, a dénoncé une « trahison » et un « déni de démocratie ».

Ce dossier de NDDL était une épine dans le pied du président Macron, alors qu’il multiplie les initiatives sur le climat au niveau international. Plusieurs ONG environnementales avaient exhorté le président à faire une « première application concrète » du sommet sur le climat organisé en décembre à Paris.

Reste la question douloureuse pour l’État de l’indemnisation de Vinci. Selon un rapport, elle avoisinerait 350 millions d’euros.

2 commentaires
  • Colette Pagé - Inscrite 17 janvier 2018 12 h 30

    Le bruit qui rend malade !

    Toronto, Notre-Dame-des-Landes, Lac St-Augustin, Aéroport Trudeau, St-Hubert, Lac=à-a-Tortue même problématique reliée au bruit et aux nuisance sonores excessives.

    Mais qu'attendent les Gouvernements pour adopter des législations significatives portant sur un environnement sonore sain alors que la Santé publique sonne l'alarme et que les citoyens subissent ces inconvénients à leur qualité de vie.

  • Gérard Garnier - Abonné 17 janvier 2018 15 h 59

    Il est temps de revenir au droit et au bon sens

    Les Français présentent souvent leur pays comme un Etat de droit mais se sont éloignés de cette notion depuis des décennies. Entre la tolérance (combien de dénonciations en France dans l'affaire #moiaussi ?), les arrangements (les attachés parlementaires familiaux dans l'affaire Fillon) et les magouilles à tous les niveaux (financement des campagnes de Sarkozy), cela était devenu assez théorique. La "patrie des droits de l'Homme" commençait à faire un peu rigoler. Il semble que l'élection de Macron et de ses députés corresponde à un ras-le-bol de nombreux électeurs. La nouvelle politique dans le dossier de l'immigration est symbolique : oui à la protection des réfugiés, non à l'accueil anarchique des migrants économiques. Pour l'aéroport de Nantes, la plupart des Français n'ont pas d'opinion sur le plan technique mais ils apprécieront qu'on en revienne à un état de droit.