Catalogne: la tutelle pourrait se prolonger, prévient Mariano Rajoy

Mariano Rajoy a affirmé que Carles Puigdemont devra prendre ses fonctions «physiquement» pour que la tutelle de la Catalogne soit levée.
Photo: Oscar del Pozo Archives Agence France-Presse Mariano Rajoy a affirmé que Carles Puigdemont devra prendre ses fonctions «physiquement» pour que la tutelle de la Catalogne soit levée.

Le chef du gouvernement espagnol a lancé lundi un avertissement aux indépendantistes catalans, les prévenant que l’autonomie de leur région resterait suspendue dans le cas où Carles Puigdemont tenterait de gouverner depuis Bruxelles.

Devant des responsables de son parti réunis à Madrid, Mariano Rajoy a affirmé que le futur président de la Catalogne devrait « prendre ses fonctions », et le faire « physiquement », car « on ne peut pas prendre ses fonctions depuis Bruxelles ».

« S’il ne le fait pas, l’article 155 restera en vigueur », a-t-il déclaré, évoquant le passage de la Constitution qui a permis la mise sous tutelle de cette région du nord-est du pays depuis le 27 octobre.

Dans le cas où l’on prétendrait que M. Puigdemont assiste à un débat d’investiture depuis Bruxelles, le gouvernement contesterait immédiatement cette décision absurde

 

M. Rajoy avait eu recours à cet article pour destituer le gouvernement régional, dissoudre le parlement et convoquer des élections régionales, à peine quelques heures après le vote d’une déclaration d’indépendance par la chambre régionale, dominée par les séparatistes depuis 2015. Il avait cependant promis de lui rendre son autonomie dès que le nouveau gouvernement serait investi.

La mesure a été mal vécue par beaucoup de Catalans, très attachés au statut d’autonomie récupéré après la fin de la dictature de Franco, mort en novembre 1975.

Le président destitué Carles Puigdemont, qui fait l’objet de poursuites, s’est lui déplacé à Bruxelles, d’où il a fait campagne en affirmant qu’en votant pour lui les Catalans partaient à la reconquête de leur dignité bafouée.

Lors de ce scrutin, le camp indépendantiste a maintenu sa majorité, avec 70 sièges sur 135.

M. Puigdemont, dont la coalition politique « Ensemble pour la Catalogne » est arrivée première au sein du bloc séparatiste, affirme qu’il doit être à nouveau investi. Il fait toutefois l’objet de poursuites pour rébellion, sédition et détournement de fonds, qui lui vaudraient d’être placé en détention provisoire s’il retournait en Espagne.

M. Puigdemont souhaite donc être investi en présentant son programme aux députés par téléconférence, ou en faisant lire son discours par un autre élu de sa liste.

Investiture contestée

L’option ne convainc pas pleinement l’autre grand parti indépendantiste, la Gauche républicaine de Catalogne (ERC, 32 sièges), dont les responsables doutent en privé de la viabilité de cette stratégie.

L’opposition et le gouvernement central ont également promis de contester une telle investiture devant la justice. « Dans le cas où l’on prétendrait que M. Puigdemont assiste à un débat d’investiture à partir de Bruxelles, le gouvernement contesterait immédiatement cette décision absurde », a martelé M. Rajoy.

Carles Puigdemont a répondu sur son compte Twitter en ironisant sur Mariano Rajoy, « qui gouverne la Catalogne depuis Madrid alors qu’il n’a que quatre députés » de son parti sur place.

Les déclarations de M. Rajoy interviennent alors que le Parlement catalan issu des élections de décembre doit siéger pour la première fois mercredi.

Pendant cette séance, les députés doivent élire le président du Parlement et les membres de son bureau, l’organe qui supervise l’application de son règlement et décide de l’ordre du jour.

Bien que huit de leurs députés sur 70 soient à l’étranger ou en prison, les indépendantistes devraient pouvoir conserver la majorité et la direction du Parlement, par le biais de délégations de vote.

Ce bureau doit appliquer le règlement du Parlement et en principe suivre l’avis de ses juristes qui ont estimé lundi que les protagonistes du débat d’investiture « doivent assister » à la séance pour permettre « ce qui caractérise un débat parlementaire », notamment « l’expression orale » et la « contradiction directe ».

Mais par le passé les dirigeants indépendantistes du Parlement ont déjà ignoré leur avis.

D’ici à la séance d’investiture du chef de l’exécutif régional, prévue à la fin du mois, le camp indépendantiste peut cependant encore changer d’avis sur la candidature « à distance » de M. Puigdemont et choisir une autre option.

Financement illégal chez les indépendantistes

Un tribunal de Barcelone a déterminé que le parti des ex-présidents nationalistes de la Catalogne Carles Puigdemont et Artur Mas, Convergence démocratique de Catalogne (CDC), s’était financé illégalement, dans une décision publiée lundi.

Selon la décision de la cour, CDC a reçu au moins 6,6 millions d’euros (10 millions de dollars canadiens) du groupe espagnol de BTP et services Ferrovial « en échange de l’attribution garantie d’un certain montant de travaux publics ».

Les commissions transitaient par le Palais de la musique, prestigieuse institution culturelle de Barcelone, dont les dirigeants sont condamnés à une peine de prison pour avoir détourné 23 millions d’euros (35 millions de dollars canadiens) entre 2000 et 2009.
1 commentaire
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 15 janvier 2018 18 h 03

    Pourquoi

    l'Union Européenne et l'ONU restent muets sur ce probleme qui entache la démocratie?Et ce retour du franquisme dictatural ?