Malgré le verdict Mladic, une page reste à tourner en Bosnie

Une femme pleure sur la tombe d’un proche enterré au Mémorial du génocide de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine, mercredi.
Photo: Dimitar Dilkoff Agence France-Presse Une femme pleure sur la tombe d’un proche enterré au Mémorial du génocide de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine, mercredi.

La justice internationale a fini son office, Ratko Mladic finira ses jours en prison, mais la page du conflit intercommunautaire sera difficile à tourner en Bosnie.

Le procureur du tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), Serge Brammertz, a prévenu que la justice ne permettrait pas à elle seule une « réconciliation [qui] doit venir de la société ». Or cette « réconciliation est en panne » dans les Balkans en général et en Bosnie en particulier, écrivait la veille du verdict le commissaire aux droits de la personne du Conseil de l’Europe, Nils Muiznieks.

Il énumérait les « divisions ethniques [qui] prennent le dessus », la « négation du génocide », la « glorification des criminels de guerre »…

Ce verdict « ne marque pas un tournant », car il n’est pas accompagné de « l’apparition d’un rapport critique envers les crimes de son propre camp », regrette l’analyste Tanja Topic. Les hommes politiques serbes de Bosnie notamment « restent prisonniers de cette idée » selon laquelle le TPIY était « un tribunal politique », auteur « d’une injustice historique envers les Serbes ».

Mercredi, à quelques kilomètres du mémorial du massacre de Srebrenica, des autocollants ont été collés. On y voyait Mladic en uniforme et cette inscription : « Tu es notre héros ». Le patron politique de l’entité des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik, a qualifié le criminel de guerre de « légende du peuple serbe ».

Cette opinion est majoritaire parmi les Serbes orthodoxes de Bosnie, qui pèsent pour un petit tiers des 3,5 millions d’habitants, contre un peu plus d’une moitié de Bosniaques musulmans et 15 % de Croates catholiques. Ceux qui refusent de se définir selon ces lignes communautaro-religieuses, les « autres » (« ostali »), ne sont que 3 %.

Symbole de leur marginalisation, la Constitution prévoit qu’ils ne peuvent prétendre à la présidence tripartite d’un pays que beaucoup pensent mal né.

L’accord de Dayton a fait taire les armes fin 1995. Mais selon Predrag Kojovic, président du petit parti multiethnique « Nasa Stranka » (Notre parti), il a aussi « donné aux nationalistes une puissance quasiment illimitée sur leurs territoires ethniques » et les a aidés « à réaliser leurs objectifs de guerre avec d’autres moyens, politiques ».

Un quart de siècle après le début d’un conflit qui a fait 100 000 morts et 2,2 millions de déplacés, des représentants de toutes les communautés évoquent volontiers le concept des « trois histoires », des « trois vérités ».

Le meilleur allié de ce conflit de mémoires est la ségrégation scolaire, privilégiée sous prétexte de protection des droits des minorités.

Le principe du « deux écoles sous un même toit […] persiste malgré la décision d’une juridiction interne, qui l’a déclaré discriminatoire », et malgré les recommandations d’organisations de défense des droits de la personne, regrette Nils Muiznieks.

La séparation des communautés a continué à se renforcer depuis la guerre. Banja Luka (nord du pays) était multiethnique (49 % de Serbes, 19 % de Bosniaques, 15 % de Croates), c’est désormais une cité serbe à près de 90 %, selon le recensement. Autrefois symbole multiculturel, Sarajevo est désormais une ville à 80 % bosniaque (la moitié en 1991).

1 commentaire
  • Michel Lebel - Abonné 24 novembre 2017 09 h 57

    La lumière...

    Ce n'est pas quand l'ethnicisme prend le dessus qu'on peut voir la lumière au bout du tunnel. La paix véritable prendra du temps et des hommes et des femmes politiques d'exception. Ce n'est pas demain la veille. Mais au moins le ''boucher'' Mladic est en prison pour le reste de ses jours.

    M.L.