Renouer le lien avec la France

Louise Beaudoin déplore que les Québécois s’intéressent de moins en moins à la chanson, à l’art, au cinéma… et aux universités françaises.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Louise Beaudoin déplore que les Québécois s’intéressent de moins en moins à la chanson, à l’art, au cinéma… et aux universités françaises.

Ce n’est pas une préoccupation nouvelle. L’ancienne ministre des Relations internationales du Québec n’a jamais caché qu’elle ne voyait pas beaucoup de relève dans les relations franco-québécoises dont elle a été le champion toutes catégories depuis plus de 40 ans.

C’est de cette inquiétude profonde qu’elle s’est entretenue mercredi soir avec une trentaine de jeunes Français et Québécois à l’Association France-Amérique. Dans le somptueux hôtel particulier Le Marois, à deux pas de l’Élysée, l’ex-ministre en a profité pour proposer de ramener plus d’étudiants québécois en France grâce, notamment, à la création d’un programme de bourses.

« J’ai voulu m’adresser aux jeunes, dit l’ancienne ministre du Parti québécois, parce que c’est à leur tour de prendre la relève. »

Or, constate-t-elle, « la France ne fait plus rêver [les Québécois], elle n’est plus enviée. La France n’est pas devenue pour autant une terre étrangère, mais un pays à découvrir comme un autre. »

Louise Beaudoin déplore aussi que, si nos artistes sont toujours nombreux à débarquer en France, les Québécois, eux, s’intéressent de moins en moins à la chanson, à l’art, au cinéma… et aux universités françaises.

Un programme de bourses

Pour y remédier, celle qui fut aussi déléguée générale du Québec à Paris propose la création d’un programme de bourses qui permettrait de ramener plus d’étudiants québécois en France.

Si le Québec accueille 15 000 étudiants français chaque année, on recense à peine 1000 étudiants québécois dans l’Hexagone, la plupart pour de courts séjours. Or, dit-elle, « dans les bonnes années, il y en a déjà eu 5000 » ! La France demeure pourtant une des principales destinations des étudiants étrangers après les États-Unis et le Royaume-Uni. Paris se classe aussi parmi les villes étudiantes les plus accueillantes du monde.

Le constat n’est pas nouveau. En 2002, la ministre des Relations internationales du Québec avait lancé un appel commun avec le ministre français de l’Éducation d’alors, Jack Lang, afin qu’on trouve les moyens d’augmenter le nombre d’étudiants québécois en France. Or, constate-t-elle, « il ne s’est rien passé depuis ».

Selon Louise Beaudoin, il faut d’abord « une volonté politique commune pour changer le regard des jeunes Québécois sur la France ».

Pour cela, elle propose de mettre sur pied un programme de bourses destiné aux « jeunes leaders » comme il en existe un aux États-Unis. Il faudra ensuite, dit-elle, lever certains obstacles, comme le coût prohibitif du logement à Paris.

Selon l’ancienne ministre, la Caisse de dépôt et placement du Québec pourrait jouer un rôle afin d’offrir un logement abordable aux étudiants québécois qui souhaitent étudier à Paris.

Un groupe franco-québécois sur le numérique

« Le nouveau président Macron et les élites de la mondialisation heureuse qui l’entourent ne semblent pas s’intéresser au Québec ni particulièrement préoccupés par l’avenir de la langue française », a déploré l’ancienne ministre dans sa conférence. Pourtant, dit-elle, le Québec aurait intérêt à se rapprocher de la France pour défendre la place de la culture en français dans le domaine des industries numériques.

Car, dans ce domaine, la France est exemplaire, alors que « le Canada a baissé les bras devant les géants américains », dit-elle. L’ancienne ministre propose la création d’un groupe de travail franco-québécois sur le numérique. C’est une initiative semblable qui avait mené en 2003 à l’adoption par l’UNESCO de la Convention sur la diversité des expressions culturelles.

Un tel groupe pourrait ensuite se tourner vers l’Organisation internationale de la Francophonie afin que celle-ci retrouve enfin, dit-elle, « le coeur de sa raison d’être ».

7 commentaires
  • Carl Grenier - Inscrit 23 novembre 2017 08 h 43

    Pourquoi les jeunes québécois iraient-ils étudier en France?

    Au temps jadis, dans les années '50-'80, la France était un véritable phare dans bien des domaines de l'activité humaine, et les accords institutionnels France-Québec ont permis à plusieurs jeunes d'ici d'aller respirer un autre air, et d'en revenir mieux équipés pour l'avenir. Maintenant que la France s'est alignée sur l'anglosphère, et que les jeunes Français viennent au Québec pour mieux se former en anglais, pourquoi diable les jeunes Québécois iraient-ils en France, au lieu de passer directement chez le voisin du sud, la direction finale convoitée par les cousins français? Et pourquoi ce plaidoyer de Mme Beaudoin, dont je reconnais sans réserve la totale bonne foi, nous provient-il de Paris, alors qu'il s'adresse aux jeunes du Québec ???

  • Alain Lavallée - Abonné 23 novembre 2017 13 h 46

    ""pourquoi diable les jeunes Québécois iraient-ils en France, au lieu des USA""

    Je répondrai simplement, pour vivre une expérience différente. Aller étudier aux USA, c'est vivre "plus de la même chose". Qu'on le veuille ou non, vivre en France, c"est vivre l'Europe et l'Europe est une diversité assumée.

    J'ai eu le choix après ma maïtrise d'aller faire mon doctorat aux USA. Je suis allé visiter une dizaine d'universités californiennes, dont Stanford (campus impressionnant). Finalement, je suis allé en France, la Californie... trop de Boulevard Taschereau, (même s'il y a des palmiers.... commerces, stations d'essence, commerces..) . Quelle expérience d'études, mais aussi et surtout de vie. Il y a un mode de vie à la française, quoiqu'on dise et médise. Au-delà c'est aussi la découverte de l'Italie, de l'Espagne, l'allemagne, la Scandinavie, la Suisse, le Portugal... et j'en passe, une diversité assumée.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 23 novembre 2017 14 h 31

      Bien dit...L'expérience différente...la diversité assurée et assumée...avec une trentaine de pays à découvrir ...mais surtout la possibilité d'échanger propos et façons de vivre avec les habitants des différentes régions de la France qui sont très ouverts et avenants avec les p'tits cousins du Québec.

      Faut-être un peu borné et aculturé pour préférer ...les USA.
      C'était mon opinion...et du déjà vécu!

  • Michel Thériault - Abonné 23 novembre 2017 15 h 03

    A chaque pays ses éteignoirs.

    Au Québec, ce fût un certain Bouchard qui, avec son idéologie catholico-droitiste, a "scrappé" la québécitude, cette appartenance ancienne à une communauté francophone.

    En France, après le reigne de leur Duplessis, un certain Sarcozy, outre l'intermède de ce type-là, ... Hollande, l'identité, la culture et la langue sont, pour le Macron actuel, des artifices, des freins à langlo-américainisation de l'Hexagone.

    Macron. Quel nullité sociologique! quelle mandicité culturelle! Beau gosse, comme Trudeau mais, les gens achètent souvent l'embalage. Deux belles boîtes pleines de rien.

    M.A.Theriault

  • Michel Lebel - Abonné 23 novembre 2017 17 h 02

    Le passé...


    J'ai pu étudier quatre ans en France dans les années 60-70. Un merveilleux séjour d'études. Que de belles découvertes alors en France et ailleurs. Mais en 2017, les universités françaises connaissent, de l'avis de plusieurs, un grand déclin. Ce n'est pas pou rien que tant de jeunes Français viennent étudier au Québec. Je ne crois donc pas qu'à court terme l'appel de Mme Beaudoin sera entendu par les jeunes Québécois. Le passé est le passé!

    M.L.

  • Jean Duchesneau - Abonné 23 novembre 2017 19 h 18

    Un rapprochement bénifique de part et d’autre!

    Parce que la France, comme tous les autres pays de l’Union Européenne, cherche réponse à leur question identitaire. Une des hypothèses discutée dans le débat politique français est le multiculturalisme suivant le modèle canadien. Macron s’en défend de moins en moins. De sorte que les débats sur l’immigration, la laïcité, le libre échange, l’agriculture et la culture nous interpellent d’une façon similaire Dans nos rapports aux autres nations. Il y a une façon française de penser très différente de la britannique, de l’allemande ou de l’espagnole. Au Québec, nous sommes tellement minoritaires que nous avons énormément de problèmes à nous donner la permission de voir les choses différemment que le ROC. D’autre part, il est important que nos amis Français constatent le déclin de la culture française en terre d’Amérique annonciatrice d’un déclin plus global de la francophonie mondiale. Je suis peut-être naïf, mais je crois que les Français tiennent à leur culture et à leurs valeurs républicaines. Mon fils a fait une session d’études à l’Université de Strasbourg à l’hiver 2017,en Études internationales. Je peux témoigner des bienfaits de tels échanges en particulier sur le lieu de la « capitale de fait » de l’UE.