La République en marche en pleine crise de croissance

L’affaire tombe mal pour le président français Emmanuel Macron, qui a besoin d’une base solide au moment d’affronter des syndicats en colère contre ses réformes.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse L’affaire tombe mal pour le président français Emmanuel Macron, qui a besoin d’une base solide au moment d’affronter des syndicats en colère contre ses réformes.

Six mois après son arrivée au pouvoir, le président français Emmanuel Macron voit apparaître les premières fissures au sein de son parti La République en marche qui traverse une crise de croissance au moment de désigner son nouveau chef samedi.

Le jeune chef de l’État de 39 ans avait réussi ce que beaucoup pensaient impossible en créant ex nihilo, en avril 2016, un mouvement centriste pro-européen baptisé En Marche ! qui a tout de suite connu le succès et regroupe 380 000 adhérents aujourd’hui.

Emmanuel Macron allait remporter la présidentielle et les législatives dans la foulée.

Mais depuis, admettent plusieurs responsables de ce mouvement reconfiguré en parti, la dynamique est enrayée et les premières lézardes apparaissent sur la façade de cette « jeune pousse » politique.

Pire, une centaine d’adhérents, appuyés par quelques élus, ont annoncé mardi dans une tribune qu’ils claquaient la porte du mouvement, coupable à leurs yeux d’« arrogance », de « mépris » et de déni de démocratie.

Les rebelles dénoncent les modalités de ce qu’ils appellent le « sacre de Christophe Castaner », un proche de M. Macron et seul candidat en lice samedi pour diriger le parti. L’actuel porte-parole du gouvernement doit être désigné par le biais d’un vote à main levée et non à bulletin secret. « Un mode d’organisation digne de l’Ancien Régime », déplorent les signataires de la tribune, ce qui sonne comme l’insulte suprême pour un mouvement bâti sur la volonté de casser tous les codes.

Une crise qui tombe mal

L’affaire tombe mal pour Emmanuel Macron, qui a besoin d’une base solide au moment d’affronter une baisse de popularité dans les sondages et des syndicats en colère contre ses réformes.

Le président a également besoin d’un parti fort pour gagner du terrain aux élections locales et régionales à venir, des étapes indispensables s’il veut « transformer » la France comme il l’a promis.

En Marche ! a été extrêmement efficace pendant la campagne électorale lorsque des dizaines de milliers de « marcheurs » bénévoles sont partis frapper aux portes, ont distribué des tracts en quantité et animé des réunions publiques enthousiastes.

Beaucoup étaient attirés par la promesse de Macron de faire de la politique « autrement » à travers d’intenses séances de remue-méninges destinées à élaborer le programme réformiste du candidat.

Mais lorsque l’ancien banquier d’affaires est entré à l’Élysée en mai, sa garde rapprochée a été propulsée à des postes de responsabilité dans les ministères ou à la présidence, laissant quelque peu en friche un mouvement d’un coup dépeuplé de ses principales chevilles ouvrières.

Un organisateur de la campagne à Paris, qui souhaite rester anonyme pour ne pas compromettre sa fonction, explique ainsi à l’AFP que le parti a du mal à se mettre en état de marche. « Si vous avez besoin de quelque chose, ils n’ont rien à proposer. Même le standard téléphonique ne fonctionne pas correctement », déplore cette source.

« La République en marche fait sa crise d’ado », en conclut le magazine L’Opinion dans un long article consacré à un parti « en plein doute ».

« Depuis les élections, c’est compliqué »

Le député LREM Jean-Christophe Moreau, un ancien agriculteur, convient que « clairement, depuis les élections, c’est compliqué ».

« La priorité pour le mouvement est de redonner une ligne politique », explique-t-il à l’AFP.

Comme d’autres élus LREM, il espère que Christophe Castaner, un ancien député socialiste qui a été l’un des premiers à rallier le futur président Macron, saura insuffler un nouvel élan au mouvement.

Les rebelles du parti affirment que les comités locaux « se sont vidés de leurs marcheurs cinq mois seulement » après l’élection de M. Macron, ce qui de fait inquiète de nombreux cadres du parti.

« Si les choses sont très centralisées, on a l’impression qu’on est là pour appliquer les consignes qui viennent d’en haut », prévient Patrick Bernard, référent de LREM dans le département de la Creuse.

Mais il estime que des initiatives locales comme des programmes de formation ciblés sur le modèle participatif vont offrir aux bénévoles de nouveaux terrains pour s’engager à nouveau.

« Il faut qu’on se crée une nouvelle identité », dit-il.