Catalogne: les indépendantistes s’échangent des reproches

L’ex-«ministre» des Entreprises du gouvernement catalan, Santi Vila
Photo: Pierre-Philippe Marcou Agence France-Presse L’ex-«ministre» des Entreprises du gouvernement catalan, Santi Vila

Les dirigeants sécessionnistes de la Catalogne ont commencé à reconnaître l’échec de la proclamation d’indépendance de leur « république » et à échanger des reproches.

Cinq jours après que le Parlement catalan eut proclamé la création d’un « État indépendant » du Royaume d’Espagne, les fonctionnaires de la nouvelle république travaillaient sous les ordres du gouvernement espagnol, qui a placé la région sous tutelle.

« Tout est normal en Catalogne et nous espérons que cela continuera ainsi jusqu’aux élections » régionales du 21 décembre, a indiqué sous couvert d’anonymat une source du gouvernement espagnol à Barcelone. Le préfet Enric Millo assurait de son côté n’avoir « pas trouvé un seul cas de fonctionnaire qui ne remplisse pas son devoir ».

L’ex-ministre des Entreprises du gouvernement catalan, Santi Vila — qui avait démissionné juste avant la déclaration d’indépendance —, a reconnu que la Catalogne n’avait pas les moyens de concrétiser la sécession promise, reprochant à ses collègues leur naïveté.

« Où est le contrôle du territoire, des ports, des aéroports ? » a-t-il demandé. « Nous avons manqué d’intelligence politique », a-t-il dit à la radio Rac 1, rejetant l’idée que l’exécutif ait voulu tromper les électeurs. « Je ne crois pas qu’on puisse parler de tromperie, mais c’est certain que j’ai des collègues de gouvernement qui ont fait preuve d’une ingénuité qui surprend à leur âge », a-t-il lancé.

« Mince, que s’est-il passé ici ? »

Et aussitôt Santi Vila s’est offert pour prendre la tête du PDeCAT (Parti démocrate européen catalan, conservateur indépendantiste), la formation du président déchu Carles Puigdemont. Le PDeCAT fait partie de la coalition qui gouverne la région avec le parti ERC (Gauche républicaine de Catalogne), dont le chef Oriol Junqueras était vice-président de l’exécutif de la région et ministre de l’Économie.

Après avoir poussé à la proclamation unilatérale d’indépendance, ERC participera aux élections régionales, parce que « nous sommes les champions de la démocratie », a lancé M. Junqueras.

Quant au parti d’extrême gauche indépendantiste CUP, un de ses députés, Benet Salellas, a constaté que « le gouvernement catalan n’était pas prêt pour un scénario de déclaration unilatérale » d’indépendance puisqu’aucune structure étatique n’avait été préparée.

L’indépendantisme catalan a attendu en vain le soutien de l’Union européenne après les violences policières qui ont émaillé le référendum interdit du 1er octobre, puis le placement en détention provisoire de deux dirigeants d’associations indépendantistes pour « sédition ».

La porte-parole du PDeCAT, Marta Pascal, a évoqué mardi « sinon une désillusion, une sensation de “Mince, que s’est-il passé ici ?” », quand on constate que la « république » n’a été reconnue par aucun pays étranger et que la police régionale, les Mossos d’Esquadra, applique les ordres de Madrid.

Elle a reconnu que les indépendantistes pouvaient avoir eu « l’impression que ce serait du gâteau »

« Il s’est produit une déclaration d’indépendance en laquelle beaucoup de gens avaient cru et, soudain, il n’y a pas de scénario clair ». En réponse, « le mouvement s’affole », dit Sandra Leon, analyste politique et enseignante à l’Université britannique de York.

Puigdemont refuse de déposer à Madrid

Carles Puigdemont ne se rendra pas à la convocation de la justice espagnole qui a ouvert contre lui une enquête pour sédition et rébellion, a annoncé mercredi son avocat belge. Avec 13 de ses conseillers (ministres), Carles Puigdemont est convoqué jeudi à Madrid par une juge de l’Audience nationale, juridiction spécialisée dans les dossiers complexes, qui pourrait l’inculper pour rébellion si elle suit les réquisitions du ministère public. Alors que le vice-président du gouvernement catalan destitué, Oriol Junqueras, et plusieurs ex-ministres ont l’intention de comparaître, le dirigeant indépendantiste demande, lui, à être entendu en Belgique. M. Puigdemont avait assuré mardi à Bruxelles qu’il ne reviendrait pas en Espagne sans l’assurance de bénéficier d’un procès impartial, accusant le parquet de nourrir un « désir de vengeance » à son endroit.


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