Catalogne: Puigdemont renonce à tenir des élections hâtives

Deux manifestants indépendantistes regardent à travers les grilles du parlement catalan, à Barcelone.
Photo: Pau Barrena Agence France-Presse Deux manifestants indépendantistes regardent à travers les grilles du parlement catalan, à Barcelone.

Le président indépendantiste catalan a renoncé jeudi à convoquer des élections dans sa région, douchant les espoirs de ceux qui espéraient un apaisement, et rapprochant la Catalogne d’une mise sous tutelle, voire d’une déclaration unilatérale d’indépendance.

Signe de la gravité de la situation, il a tergiversé pendant des heures jeudi, annonçant une allocution, puis la repoussant deux fois alors que beaucoup attendaient de savoir si un espoir de dialogue existait encore entre Madrid et Barcelone.

Et pendant que M. Puigdemont s’enfermait dans l’historique bâtiment abritant le siège de l’exécutif catalan dans le quartier gothique de Barcelone, quelques milliers d’étudiants manifestaient pour la République catalane.

Puigdemont demandait des garanties

À 17 h, il a annoncé qu’il renonçait à organiser des élections, faute d’avoir eu « des garanties » qu’en contrepartie le gouvernement du conservateur Mariano Rajoy n’appliquerait pas l’article 155 de la Constitution.

Cet article permet une suspension de l’autonomie à laquelle la Catalogne tient tant, récupérée après la fin de la dictature de Francisco Franco (1939-1975).

Cette mise sous tutelle risque en outre de provoquer en Catalogne une spirale d’agitation-répression qui ferait fuir touristes et investisseurs.

M. Puigdemont a finalement laissé au Parlement catalan, dominé par les séparatistes, le soin « de déterminer les conséquences de l’application contre la Catalogne de l’article 155 ».

Sur tous les tons, l’opposition l’a encore appelé dans la soirée à « revenir à la légalité et à convoquer ces élections », à l’instar d’Inés Arrimadas, représentante du parti libéral Ciudadanos en Catalogne.

Les indépendantistes semblent, eux, déterminés.

Ils soutiennent que les résultats du référendum d’autodétermination interdit du 1er octobre — émaillé de violences policières — constituent « un mandat » pour déclarer l’indépendance. Ces résultats, invérifiables, donnaient 90 % de « oui », avec 43 % de participation.

« Demain [vendredi] nous proposerons que la réponse à l’agression incarnée par l’article 155 soit de poursuivre le mandat du peuple de Catalogne, tel qu’il découle du référendum », a ainsi déclaré le député régional Lluís Corominas, de la coalition « Ensemble pour le oui » de partis indépendantistes de droite et de gauche.

Quelque 9000 étudiants ont manifesté dans les rues de Barcelone, secouée depuis un mois par des grèves et des manifestations de Catalans pour ou contre l’indépendance.

La Catalogne, dont les relations avec Madrid n’ont cessé de se dégrader depuis le début des années 2010, est au coeur de la plus grave crise politique qu’ait connue l’Espagne depuis le retour à la démocratie en 1977.

« Ouvrir une nouvelle étape »

Dans la capitale espagnole, quelques minutes après l’allocution de M. Puigdemont, la vice-présidente du gouvernement, Soraya Sáenz de Santamaría, a commencé à défendre devant le Sénat l’application de l’article 155, pour « ouvrir une nouvelle étape » dans laquelle la loi serait « respectée ».

« Le voyage de l’indépendantisme, qui ne mène nulle part, doit s’achever, pour revenir au respect de la légalité », a-t-elle lancé.

Il s’agit de « préserver la reprise économique, l’emploi, la tranquillité des familles qui sont aujourd’hui en danger du fait de décisions capricieuses, unilatérales et illégales du gouvernement » catalan, a-t-elle dit.

Les mesures envisagées par Madrid sont draconiennes : destitution de l’exécutif indépendantiste de la région, mise sous tutelle de sa police, de son Parlement et de ses médias publics, pour une période qui pourrait atteindre six mois, avant des élections régionales en 2018.

M. Rajoy espère que les Catalans, divisés à parts presque égales sur l’indépendance, tourneront le dos aux séparatistes, qui n’ont pas de soutiens internationaux et font face à la fuite d’entreprises — plus de 1600 depuis le début du mois — par peur de l’instabilité.

Beaucoup redoutent, quoi qu’il arrive, des retombées très négatives pour la région et son économie, qui contribue à hauteur de 19 % au PIB espagnol.

Les indépendantistes ont prévu de mobiliser — pacifiquement — leurs partisans dès vendredi par le biais des associations ANC et Omnium Cultural, dont les dirigeants avaient été placés en détention pour « sédition » à la mi-octobre.

6 commentaires
  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 26 octobre 2017 10 h 22

    Convergence???

    Si la seule réponse possible du gouvernement espagnol à une demande de dialogue venant du gouvernement catalan est de fermer la porte avec le fameux article 155, ça veut dire que c'est ni plus ni moins la fin d'un partenariat entre ces deux entités.

    Si le gouvernement de l'Espagne pense qu'il pourra réussir ce que 40 ans de dictature franquiste n'a pas réussi, il se met royalement les pieds dans les plats. Il va subir les conséquences économiques, politiques, sociales et culturelles de sa fermeture butée.

    La Catalunya doit s'enligner sur son indépendance, soit en passant par des élections anticipées, soit en agissant unilatéralement.

    S'il est toujours possible de voter dans un pays qui ressemble de plus en plus à une dictature, pourquoi ne pas le faire? À condition évidemment que toutes les tendances puissent s'y exprimer et y proposer des candidats.

  • Gilles Théberge - Abonné 26 octobre 2017 12 h 24

    Monsieur Puidgemont a sans doute de bonnne raisons de tergiverser, mais une chose est certaine, monsieur Rajoy lui, n’hésitera pas. Il a déjà le doigt sur la gâchette...

    Monsieur Puigdemont est dans une situation perdant ...perdant!

    Et tant qu’a perdre...

  • Claude Bariteau - Abonné 26 octobre 2017 13 h 03

    Il revient au parlement catalan de décider

    La position du président est claire. Il n'entend pas décider seul de la tenue d'élections anticipées. C'est une position honorable. Elle consiste à dire qu'il revient aux élus et non au président de décider. Le titre de l'article induit les lecteurs en erreur.

    • Jean-Pierre Roy - Abonné 26 octobre 2017 13 h 11

      Monsieur Bariteau vous avez raison.

      Espérons que le parlement ira vers des élections anticipées.

  • Raymond Labelle - Abonné 26 octobre 2017 16 h 54

    Esscusez-là: la nouvelle de cet article est la dernière à ce moment-ci (+-17h00 jeudi 26 octobre)

    Pas de coup de théâtre - l'article que je citais était antérieur à l'annonce du président catalan comme quoi il remettait la décision au Parlement catalan.

    Tout change si vite, c'est mêlant.

    La nouvelle du même quotidien, indiquant ce dernier développement reflété par l'article

    http://www.lavanguardia.com/politica/20171026/4323


    Vous verrez que l'heure est plus récente que celle de l'article que j'ai cité dans mon intervention antérieure.

    Morale pour moi-même: respirer par le nez et bien vérifier (ce que je fais généralement, mais pas toujours...)

    Essssssssssscusez-là.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 27 octobre 2017 10 h 17

    La stratégie de Puigdemont...

    J'ai l'impression que Monsieur Puigdemont, président de la Catalogne, attend que l'Espagne prenne position en faveur de la suspension de l'autonomie, tel que Rajoy l'a annoncé, avant de déclarer l'indépendance unilatéralement. Ainsi la prise de position du Gouvernement de Madrid en faveur de la destitution du Gouvernement dûment élu de la Catalogne sera perçue comme un coup d'État en négation du droit international à l'auto-détermination. Outre le résultat du référendum en faveur de l'indépendance, l'intervention de Madrid pour contrer les velléités d'indépendace du Gouvernement de la Catalogne lui apportera une justification supplémentaire aux yeux des Gouvernements étrangers, qui n'auront plus le choix d'intervenir en faveur de la Catalogne en condamnant les offenses démocratiques faites par Madrid...