Puigdemont invité à aller plaider sa cause devant le Sénat à Madrid

Le président de la Catalogne, Carles Puigdemont, a une dernière chance cette semaine de défendre sa cause devant les sénateurs.
Photo: Manu Fernandez Associated Press Le président de la Catalogne, Carles Puigdemont, a une dernière chance cette semaine de défendre sa cause devant les sénateurs.

Des tractations étaient en cours mardi en Espagne pour une éventuelle prise de parole devant le Sénat du président catalan, l’indépendantiste Carles Puigdemont, juste avant une prise de contrôle de la Catalogne par Madrid.

Le gouvernement espagnol s’apprête à suspendre l’autonomie de la région alors que les dirigeants catalans menacent toujours de proclamer l’indépendance.

Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy compte destituer tout l’exécutif catalan et confier ses compétences aux ministères, prendre le contrôle de la police catalane, mettre sous tutelle le Parlement et les médias publics régionaux, et organiser des élections régionales dans les six mois.

Le Sénat, où le parti de M. Rajoy dispose d’une majorité absolue, doit décider vendredi s’il l’autorise à prendre ces mesures. Avant cela, la Chambre haute a toutefois invité Carles Puigdemont à s’exprimer devant elle, jeudi ou vendredi.

Sa prise de parole pourrait prendre la forme d’un débat avec un membre du gouvernement espagnol, en commission ou en séance plénière, a précisé mardi à la presse le vice-président du Sénat, Pedro Sanz. Et ce débat pourrait même avoir lieu avec Mariano Rajoy lui-même, a-t-il laissé entendre.

Membre du Parti conservateur de M. Rajoy, M. Sanz a présenté cette invitation comme « un geste de générosité » envers M. Puigdemont.

À Barcelone, le porte-parole de M. Puigdemont, Jordi Turull, a assuré de son côté que le président catalan avait bien « la volonté » d’aller devant le Sénat « pour pouvoir expliquer et contester cette action de l’État espagnol ».

« Mais je ne peux pas vous assurer que, matériellement, ce sera possible », a-t-il ajouté.

Il s’agirait pour M. Puigdemont de présenter ses arguments contre le déclenchement de l’article 155 de la Constitution qui permet la prise de contrôle de sa région.

Son application réveillerait des souvenirs douloureux dans cette région de 7,5 millions d’habitants dont l’autonomie avait été abolie pendant la dictature de Francisco Franco, au pouvoir de 1939 à 1975.

Deux scénarios

Le Parlement régional catalan doit organiser jeudi à partir de 10 h, heure locale, un « débat général sur l’application de l’article 155 de la Constitution espagnole en Catalogne, et ses conséquences possibles », a annoncé cette assemblée mardi soir.

Un député régional du parti indépendantiste d’extrême gauche CUP, Carles Riera, a confirmé mardi que deux scénarios étaient sur la table : « l’autodétermination ou la convocation d’élections anticipées ».

La CUP presse M. Puigdemont de déclarer unilatéralement l’indépendance sans plus attendre et rejette les élections anticipées, « l’outil le plus destructeur pour mettre fin à notre processus » de sécession, selon M. Riera.

Le gouvernement espagnol avait affirmé qu’il pourrait suspendre l’application de l’article 155 si M. Puigdemont convoquait des élections anticipées. Mais mardi, des ministres et élus conservateurs semblaient moins ouverts.

« La violation par Carles Puigdemont de ses obligations ne se règle pas exclusivement en convoquant des élections », a ainsi prévenu le ministre de la Justice, Rafael Catala, laissant entendre que l’exécutif régional devrait faire d’autres gestes, et notamment dire clairement s’il écarte une déclaration unilatérale d’indépendance.

Les milieux économiques catalans pressent, eux, les indépendantistes de faire marche arrière.

Depuis le 1er octobre, près de 1400 entreprises ont déplacé leur siège social hors de Catalogne. « Il faut être conscient de l’impact potentiellement élevé qu’entraînerait la perte définitive des centres de décision de grandes entreprises internationales jusqu’à présent ancrées dans notre territoire », a prévenu la Chambre de commerce de Barcelone.

2 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 25 octobre 2017 09 h 27

    Partie remise!


    Cette affaire a assez duré. Du rêve romantico-souverainiste à la dure et peut-être pénible réalité, les Catalans devront s'y faire. Les Espagnols aussi. Partie remise sans doute avec d'autre joueurs. Le réel politique demeure cependant.

    M.L.

    • Nicole D. Sévigny - Inscrite 25 octobre 2017 12 h 21

      Cette affaire a assez duré... fait bien votre affaire à ce que je comprends.
      Moi, je prétends le contraire...déclarer unilatéralement l'indépendance est
      jouable et faisable. L'indissolubilité de l'Espagne !!!! on se croirait au Vatican. Le réel politique, un "anglicisme", ne fait pas loi.
      Vous admettez trop vite que l'argent est le nerf de la guerre...il y a peut-être autre chose de plus fort ...être convaincu que l'on est dans son droit
      et le prendre.