Madrid imposerait la tenue d’élections en Catalogne

Les Catalans ont fait la file devant les guichets vendredi.
Photo: Emilio Morenatti Associated Press Les Catalans ont fait la file devant les guichets vendredi.

Le roi d’Espagne a promis vendredi que son pays saurait surmonter « une tentativeinacceptable de sécession » en Catalogne, alors que Madrid prépare les mesures à adopter pour reprendre en main cette région dont les dirigeants menacent de déclarer l’indépendance.

L’État espagnol a dans le même temps reçu l’appui du président du Parlement européen, qui a prononcé un réquisitoire virulent contre ceux qui « sèment la discorde [et] ignorent volontairement les lois », sans toutefois citer nommément les dirigeants séparatistes catalans.

« L’Espagne doit faire face à une tentative inacceptable de sécession d’une partie de son territoire national et elle y fera face avec ses institutions démocratiques légitimes, dans le respect de notre Constitution », a déclaré le roi Felipe VI à l’occasion de la remise à l’Union européenne du prix Princesse des Asturies à Oviedo (nord-ouest).

« La Catalogne est et restera une partie essentielle de l’Espagne », a assuré le souverain, dont la voix trahissait l’émotion, évoquant un pays où, après une guerre civile et une longue dictature (1939-1975), tous les peuples qui le composent voient « leur culture, leur langue et leurs institutions reconnues comme un patrimoine commun ».

Une façon de reconnaître l’autonomie de la Catalogne que le gouvernement se prépare à suspendre en prenant des mesures pour bloquer les efforts des dirigeants indépendantistes et convoquer des élections régionales, peut être dès janvier.

La logique veut que ce processus débouche sur des élections

 

Le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, doit annoncer ce samedi à l’issue d’un conseil des ministres extraordinaire ces mesures qu’il soumettra ensuite à l’approbation du Sénat, attendue pour la fin d’octobre. Grâce à l’article 155 de la Constitution, Madrid pourrait assumer directement des compétences dévolues à cette région de 7,5 millions d’habitants.

M. Rajoy a négocié les dispositions à prendre avec le Parti socialiste (PSOE), principale force d’opposition, qui souhaite limiter au maximum l’intervention de l’État. « Le prestige de notre État de droit est en jeu », a déclaré la socialiste Carmen Calvo, qui a mené les tractations.

Des élections en janvier ?

Gouvernement et socialistes ont confirmé qu’en tête des priorités figurait l’organisation d’élections en Catalogne, en principe une compétence du président régional, qui serait alors reprise par l’État.

« La logique veut que ce processus débouche sur des élections », a déclaré le porte-parole du gouvernement, Inigo Mendez de Vigo.

Ces élections anticipées pour renouveler le Parlement régional — dominé depuis septembre 2015 par les indépendantistes, qui avaient obtenu 47,8 % des suffrages — permettraient de laisser les Catalans s’exprimer.

Mme Calvo a confirmé des informations de presse selon lesquelles les élections auraient lieu en janvier, avant de reconnaître qu’il n’y avait pas encore d’accord avec le Parti populaire de M. Rajoy.

Des sources gouvernementales avaient déclaré mercredi que, si M. Puigdemont acceptait de convoquer ces élections lui-même, Madrid renoncerait à l’application de l’article 155. Le numéro trois du parti conservateur au pouvoir, Fernando Martinez-Maillo, a insisté sur le fait que, jusqu’à la dernière minute, il restait « une marge » pour éviter la mise sous tutelle de la Catalogne.

Deux associations indépendantistes, l’Assemblée nationale catalane (ANC) et Omnium Cultural, dont les chefs ont été inculpés de sédition et incarcérés, ont appelé les militants à mener des « actions directes pacifiques », comme des retraits d’argent dans les banques. Dans la matinée, des centaines de Catalans ont fait des retraits symboliques ou importants pour dénoncer la « répression » de Madrid et le transfert de sièges sociaux de banques hors de la région.

Près de 1200 sociétés ont déjà transféré leur siège social hors de la Catalogne, craignant l’insécurité juridique si elle se proclame indépendante. Les banques ont affirmé en fin de journée que leurs opérations n’avaient pas été perturbées.

4 commentaires
  • Gilles Bonin - Inscrit 20 octobre 2017 19 h 35

    Madrid...

    Dans cette affaire, Madrid a tout faux, même si totalement légal. Ce légalisme «anti-démocratique» marquera peut-être la fin de l'Espagne telle qu'on la connaît...

  • Michel Lebel - Abonné 20 octobre 2017 20 h 40

    Une solution politique


    Le cirque actuel doit bientôt se terminer et il faut espérer une solution juste à la question catalane. Les esprits doivent se refroidir et une solution politique devra être trouvée. Vraisemblablement une plus grande autonomie pour la Catalogne, toujours à l'intérieur de l'Espagne. C'est ce que crois, vu de loin, qu'une majorité de Catalans veut.

    M.L.

    • Neus Pont - Abonnée 23 octobre 2017 12 h 14

      Une plus grande autonomie pour la Catalogne c'était ce que une majorité de catalans voulait avant maintenant je crois que avec les agissements de Madrid s'initier trop tard et l'unique solution qu'ils accepteron soit l'indépendance

  • Gilles Bonin - Inscrit 21 octobre 2017 04 h 14

    Dernières «nouvelles»

    Des élections anticipées? Si elles se déroulent totalement ouvertes sans restrictions de candidatures (ou dee «boycott»), ce serait peut-être une porte de sortie «honoarable». Mais pour qui? - en tous les cas, si c'est le prochain acte, on pourrait penser que l'Union européenne y est pour quelque chose, non?