Vers un choc frontal entre l’Espagne et la Catalogne

Le porte-parole du gouvernement espagnol, Íñigo Méndez de Vigo
Photo: Oscar del Pozo Agence France-Presse Le porte-parole du gouvernement espagnol, Íñigo Méndez de Vigo

Le gouvernement espagnol a fait jeudi un pas de plus vers une suspension de l’autonomie de la Catalogne, accusant le président séparatiste catalan Carles Puigdemont de chercher « l’affrontement systématique » dans une crise qui menace la stabilité de l’Espagne et inquiète l’Europe.

M. Puigdemont devait dire clairement avant 10 h s’il renonçait à déclarer l’indépendance de sa région, où vivent 16 % des Espagnols, en proie à un conflit sans précédent avec le gouvernement central depuis que l’Espagne est redevenue démocratique, en 1977.

Mais il n’a pas répondu exactement à la question posée par le gouvernement, qui lui demandait s’il avait, oui ou non, déclaré l’indépendance de la région. Il n’a pas non plus accepté de « rétablir l’ordre constitutionnel » comme Madrid l’exigeait.

« Si le gouvernement persiste à empêcher le dialogue et à poursuivre la répression, le Parlement de Catalogne pourra procéder […] au vote d’une déclaration formelle d’indépendance », a écrit jeudi Carles Puigdemont dans une lettre adressée au chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy.

La précision sur l’absence de déclaration d’indépendance aurait pu ouvrir la porte à l’apaisement.

Mais le gouvernement espagnol y a vu une menace et promis de « prendre toutes les mesures […] pour restaurer au plus vite la légalité et l’ordre constitutionnel » en Catalogne.

Les mesures de suspension de l’autonomie seront définies samedi lors d’un Conseil des ministres extraordinaire qui devra les transmettre au Sénat, en vue de leur validation fin octobre.

Lassitude dans les rues de Barcelone

Renouer le dialogue entre Barcelone et Madrid que réclament les institutions européennes ainsi que de nombreux Catalans de tous bords, jusqu’au puissant FC Barcelone, semblait donc difficile jeudi, et dans la capitale catalane les Barcelonais manifestaient leur fatigue.

« Je suis saturé, là. […] Chaque jour, il y a “une échéance très importante, une date très importante”, râlait Albert Puig. J’ai beau m’informer, je ne vois pas d’avancée », ajoutait l’informaticien de 35 ans en fumant une cigarette sous le porche de son entreprise.

Lui qui se dit « plutôt en faveur des indépendantistes » ne sait plus « très clairement quoi penser… Vous m’auriez demandé il y a un mois, j’aurais répondu que j’étais enthousiaste ».

Dans sa lettre, Carles Puigdemont regrette que Madrid ne prenne pas « la mesure du problème » et « refuse de parler », un sentiment que beaucoup de Catalans partagent.

Mais le gouvernement espagnol, accusé d’être trop clément par l’aile dure des conservateurs, l’accuse de « chercher, délibérément et systématiquement, l’affrontement institutionnel ».

La CUP, petit parti d’extrême gauche allié-clé de Carles Puigdemont, qui souhaite la naissance immédiate d’une République catalane indépendante, a appelé à de nouvelles manifestations, dès jeudi soir.

Pressions économiques

Les milieux économiques aussi font pression sur le président catalan pour qu’il arrête tout.

Plus de 800 entreprises, y compris les deux grandes banques catalanes, ont transféré leur siège social hors de la région depuis le référendum, et le tourisme chute.


Avec une menace d’indépendance sur la table, le dialogue est très difficile, pour ne pas dire impossible.


L’UE affirme son soutien à Madrid

Bruxelles — L’Union européenne a affiché jeudi un soutien clair au gouvernement espagnol dans la crise catalane, affirmant qu’il n’existait « pas d’espace pour une intervention » de sa part, contrairement à ce que réclament les indépendantistes. « On ne va pas vous cacher que la situation est préoccupante », a déclaré le président du Conseil européen, Donald Tusk, lors d’un sommet des dirigeants de l’UE à Bruxelles. « Mais il n’y a pas de place, pas d’espace pour une médiation, une initiative ou une action internationales », a insisté M. Tusk.

Un peu plus tôt, la chancelière d’Allemagne, Angela Merkel, et le président de France, Emmanuel Macron, avaient eux aussi soutenu le gouvernement espagnol, tandis que leur homologue belge Charles Michel appelait à une « désescalade » en Espagne. La grave crise née du référendum du 1er octobre ne figure pas à l’ordre du jour du sommet auquel participe le premier ministre Rajoy, mais elle occupe tous les esprits.
7 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 19 octobre 2017 14 h 40

    La légalité


    Toutes les parties devront d'abord retourner à la légalité. Et ensuite traiter de la question de fond, soit le statut de la Catalogne. Une question essentiellement politique et non juridique.

    M.L.

    • Gilles Gagné - Abonné 19 octobre 2017 17 h 27

      Vous allez dans l'incohérence M. Lebel en écrivant ''retourner dans la légalité'' et ''une question essentiellement politique et non juridique''.

    • Michel Lebel - Abonné 20 octobre 2017 07 h 31

      @ Gilles Gagné,

      Pas d'incohérence: la Catalogne a promu un référendum illégal et veut faire une déclaration unilatérale d'indépendance, elle-même illégale. Quand tout cela sera mis de côté, Catalans et Espagnols devront trouver une solution politique à leur différend.

      M.L.

  • Marc Tremblay - Abonné 19 octobre 2017 16 h 57

    Les Catalans divisés à parts égales?

    Aucun sondage récent ne démontre que les Catalans soient divisés à parts égales sur l'indépendance.
    Je croirais plutôt que les Catalans sont maintenant majoritairement pour l'indépendance. Cette situation est causée par l'intrangicsence de Madrid.

  • Carmen Labelle - Abonnée 20 octobre 2017 01 h 20

    L'omerta se poursuit, la violence historique contre la Catalogne aussi

    Encore un article d'une agence de Presse qui se contente de glaner quelques bribes pour faire un article , et se contente des déclarations «officielles» en minimisant les voix dissidentes en Europe et ailleurs. L'union européenne prône une démocratie variable selon ses intérêts. À l'instar du Québec seuls quelques pays dénoncent Madrid et l'autoritarisme de Rajoy. Le pm belge l'a fait et même réitéré en dépit de la furie de Rajoy et les menaces proférées envers la Belgique. La Slovénie condamne aussi l'Espagne et déclare qu'elle va reconnaître une Catalogne indépendante.

    La violence de l'espagne contre la Catalogne qui veut son autonomie depuis toujours est récurrente à travers l'histoire. En 1840 , le prince de Vergara , politicien et militaire, Baldomero Espartero, avait même dit qu'il fallait les bombarder tous les 50 ans pour les garder tranquilles. Nombreux sont les politiciens espagnols qui maintennant encore en appellent à la violence, comme le ministre Pablo Cassado qui a menaçé le président catalan de lui faire subir le même sort qu'un de ces prédécesseurs, Luis Companys, qui pour avoir déclaré l'indépendance de la Catalogne a éé emprisonné puis fusillé par Franco en 1940. Telle est -encore- l'espagne des conquistadores qui ont perpétré tant de génocides et pillé les Amériques.

  • André Ouellet - Abonné 20 octobre 2017 10 h 00

    Espagne / Catalogne

    À mon avis, il faudrait faire un autre référendum sous la surveillance internationnale pour confirmer ou infirmer toute cette démarche d'indépendance.Le dernier référendum a été fait sous la peur et l'intimidation et,il est possible que les données ne soient pas valides.

    • Carmen Labelle - Abonnée 20 octobre 2017 12 h 26

      Il est possibles que les données ne soient pas exactes, mais elles indiquent clairement la volonté du peuple. 90% de plus de deux millions de votes étaient pour le oui, sans compter les 770,000 contenus dans les urnes que la gardia civile a volé en massacrant les catlans pour le faire. Ce qui porte le taux de votes de 43% à près de 50%, plus que dans bien des élections partielles ici. Même si ces 770,000 votes étaient pour le non, le oui l'emporte largement.