Référendum: Madrid souhaite des élections en Catalogne pour régler la crise politique

Le premier ministre espagnol Mariano Rajoy, lors d'une rencontre à Madrid avec le chef de l'opposition, le 2 octobre
Photo: Paul White Associated Press Le premier ministre espagnol Mariano Rajoy, lors d'une rencontre à Madrid avec le chef de l'opposition, le 2 octobre

Face à l'impasse dans la crise politique que vit ces derniers jours l'Espagne, le gouvernement de Mariano Rajoy a appelé les indépendantistes catalans à dissoudre leur parlement et à convoquer des élections dans la région.

« Il serait bon de commencer à refermer la plaie en passant par le Parlement de Catalogne [...] par le biais d’élections régionales », a déclaré Inigo Mendez de Vigo, porte-parole du gouvernement, lors d’une conférence de presse organisée à l’issue du conseil des ministres.

Le chef du gouvernement Mariano Rajoy écarte depuis le début de la crise politique toute possibilité de médiation. « Pour dialoguer il faut rester dans la légalité », a-t-il déclaré jeudi ce qui a été rappelé par le porte-parole du gouvernement vendredi.

À la mi-journée, alors que le premier ministre était réuni avec son conseil des ministres, le président catalan Carles Puigdemont a annoncé qu’il repoussait son intervention devant le Parlement catalan, initialement prévue lundi.

Les séparatistes envisageaient une déclaration d’indépendance unilatérale au cours de cette séance.

Défaire l’Espagne, c’est-à-dire un État-nation […], c’est défaire l’Europe. Et si on ouvre la boîte de Pandore, demain c’est le Pays basque, et après c’est le Pays basque français, et après c’est l’Italie du Nord, et après c’est la guerre.


L’annonce de Carles Puigdemont pourrait être interprétée comme un geste puisqu’il ne cherche pas à tout prix à maintenir la séance de lundi en dépit de son interdiction par la Cour constitutionnelle. Elle pourrait aussi viser à gagner du temps, en raison de divisions dans son camp.

Elle intervient après des déclarations du responsable des Entreprises au sein du gouvernement catalan, Santi Vila, réputé proche du président régional, où il réclame symboliquement « un cessez-le-feu » symbolique au gouvernement. « Cela signifie que dans les prochaines heures et jours, nous ne prenions pas des décisions qui pourraient être irréparables », a-t-il expliqué.

Puis, à l’attention de son camp indépendantiste, il a appelé à « réfléchir et savoir clairement si la précipitation ne risque pas d’abîmer le rêve et de gâcher un projet [d’indépendance] n’ayant jamais été si proche ».

Crise politique 
Ces déclarations se produisent alors que les tensions entre Madrid et Barcelone ont plongé l’Espagne dans sa plus grave crise politique depuis que ce pays est redevenu démocratique, en 1977. Une crise qui divise la Catalogne, où vivent 16 % des Espagnols et où la moitié de la population n’est pas indépendantiste selon les sondages.

L’instabilité dans cette région grande comme la Belgique alarme tous les Espagnols, mais aussi l’Europe. « Défaire l’Espagne, c’est-à-dire un Etat-nation […], c’est défaire l’Europe. Et si on ouvre la boîte de Pandore, demain c’est le Pays basque, et après c’est le Pays basque français, et après c’est l’Italie du Nord, et après c’est la guerre », a estimé sur BFMTV l’ancien premier ministre français Manuel Valls, originaire de Barcelone.
Photo: Pau Barrena Agence France-Presse

Les séparatistes catalans envisagent de déclarer l’indépendance après la publication de résultats définitifs d’un référendum d’autodétermination qui s’est tenu le 1er octobre et qu’ils estiment déjà avoir emporté avec près de 90 % des suffrages et 42,3 % de participation.

Ils pourraient chercher à profiter de l’élan plus favorable dont ils disposent dans l’opinion catalane, qui est aussi scandalisée par les violences policières ayant fait au moins 92 blessés et quelque 800 personnes ayant requis une assistance médicale.

Des excuses
Le préfet, principal représentant de l’Etat en Catalogne, a pour la première fois présenté des excuses vendredi au nom des forces de l’ordre.

À Madrid pendant ce temps l’Audience nationale, spécialisée dans les affaires touchant à la sécurité nationale, a entendu le chef de la police catalane, son adjointe et les dirigeants des deux principales associations indépendantistes pour des faits de « sédition », des manifestations remontant au 20 et 21 septembre.

Josep-Lluis Trapero, Jordi Sanchez (Assemblée nationale catalane et Jordi Cuixart (Omnium) en sont ressortis libres, le parquet n’ayant pas requis leur placement en détention. Et les deux indépendantistes ont appelé au dialogue. « Il faut accepter la réalité, il y a un conflit politique, qui ne peut se résoudre que par la voie politique », a dit Jordi Cuixart.

Depuis le début de la crise actuelle, la justice a agi avec fermeté contre les indépendantistes. Le Tribunal constitutionnel a en particulier interdit avant sa tenue le référendum d’autodétermination de dimanche, et il a encore suspendu jeudi la session annoncée pour lundi du Parlement catalan.

Impacts économiques
La crise politique a contaminé le secteur économique: Caixabank, première banque de Catalogne et troisième d’Espagne, doit décider vendredi si elle déménage son siège social hors de la région.

Jeudi, c’est Banco Sabadell, deuxième banque de Catalogne qui a annoncé le transfert de son siège social à Alicante, dans le sud-est du pays, après la dégringolade de son cours en Bourse.

Les banques craignent les conséquences d’une éventuelle sortie de la Catalogne de la zone euro au cas où son indépendance serait proclamée.

Le Fonds monétaire international (FMI) a lui aussi émis des craintes: « les tensions et l’incertitude [...] pourraient peser sur la confiance et les décisions d’investissement ».

Parmi les armes du gouvernement figure la suspension de l’autonomie régionale dont jouit la Catalogne, une mesure que le gouvernement central n’exclut pas et que réclament des voix de plus en plus nombreuses en Espagne. Mais une telle suspension échaufferait encore davantage les esprits en Catalogne, risquant de déclencher une spirale de violence.

Les «tensions» liées à la Catalogne «pourraient peser sur la confiance et les investissements»

Madrid — « Les tensions et l’incertitude » liées à la crise entre Madrid et les dirigeants séparatistes catalans pourraient « peser sur la confiance et les décisions d’investissement » en Espagne, estime le Fonds monétaire international (FMI), selon lequel les perspectives économiques du pays pour 2017 sont « solides ». « Les tensions et l’incertitude liées à la Catalogne pourraient peser sur la confiance et les décisions d’investissement », a déclaré Andrea Schaechter, chef de mission pour l’Espagne au FMI, lors de la présentation d’un rapport publié vendredi sur la situation économique du pays. Le FMI n’a néanmoins pas modifié pour l’instant ses prévisions de croissance pour l’Espagne en 2017 (+3,1 %) et 2018 (+2,5 %), qualifiant de « solide et équilibrée » la reprise de l’économie, qui a retrouvé au premier semestre son niveau de PIB d’avant la crise. La crise en Catalogne suscite aussi l’inquiétude des agences de notation financières SP et Fitch, qui ont toutes deux averti cette semaine qu’elles envisageaient d’abaisser la note de la dette de la Catalogne, déjà classée en catégorie spéculative.

14 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 6 octobre 2017 10 h 52

    Non, Franco n’est pas tout à fait mort. Je me demande bien pourquoi???

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 6 octobre 2017 10 h 56

    Nouvelles élections

    De nouvelles élections devraient plutôt avoir lieu en Espagne.

  • Sylvain Auclair - Abonné 6 octobre 2017 11 h 14

    ...et après c’est la guerre.

    Et pourquoi serait-ce la guerre? Il n'y a de guerre d'indépendance que dans les cas de blocages institutionnels. Comme malheureusement en Espagne...

  • Gilles Bonin - Abonné 6 octobre 2017 11 h 28

    Valls????

    N'est-il pas d'origine catalane? Pourquoi sa famille a émigré en France? Un coup de poignard dans le dos de ces anciens compatriotes. Valls, Macron, tous pareils.

  • Claude Bariteau - Abonné 6 octobre 2017 11 h 34

    Une élection mais pourquoi ?

    Les dirigeants catalans savent qu'il n'ont ni la légalité ni la légitimité de déclarer unilatéralement l'indépendance.

    Le référendum, s'il a permis l'expression de supporters de l'indépendance, demeure en deçà des attentes avec un taux de participation inférieur à 50 % et que ce référendum a révélé des lacunes à la suite de charges policières sur les lieux du vote, l'emploi des bulletins et les boîtes de scrutin.

    Dans ce contexte, l'appui aux élus promoteurs de l'indépendance est questionnable. Depuis, des pressions s'annoncent de la part de banques espagnoles et les forces intervenues pour bloquer l'expression du vote se sont adoucies.

    Le motif : leurs dirigeants savent que le bâton n'est plus approprié. Aussi demandent-ils aux exécuteurs de leurs décisions d'être collaborateurs et suggèrent la tenue d'une élection pour clarifier la situation.

    Les élus catalans au pouvoir ne peuvent pas jouer leur jeu. S'ils optent pour l'élection suggérée, ils ne peuvent pas accepter les directives éventuelles de Madrid. Dès lors, s'ils s'y lancent, ils privilégieront une élection qui renforce la position des partis qui ont enclenché le référendum.

    Dans un tel cas, l'option est une élection plébiscite supervisée par les Nations Unies et de l'UE.

    Les dirigeants catalans, s'ils savent qu'elle peut clarifier la situation, ils savent aussi qu'elle peut les évincer du pouvoir avec un appui majoritaire (plus de 50 % du vote contre l'indépendance), plus de 50 % d'élus aussicontre l'indépendance et plus de 50 % du taux de participation.

    Par contre, Madrid sait qu'elle peut conduire à l'indépendance. Aussi ses dirigeants chercheront-ils à infléchir sa tenue.

    Dès lors s'imposera une intervention des Nations Unies et de l'UE suivie d'une entente sur la tenue d'une telle élection et de ses suites.

    C'est la seule option qui évite le recours à la tutelle et aux armes et permet le choix démocratique d'un peuple.

    • Sylvain Auclair - Abonné 6 octobre 2017 11 h 42

      Pourquoi Madrid accepterait-elle une élection «référendaire» alors qu'elle n'a strictement rien accepté jusqu'à présent et que la logique constitutionnaliste de l'Espagne (et de bien des pays latins) l'empêche de pouvoir accepté quoi que ce soit?

    • Claude Bariteau - Abonné 6 octobre 2017 12 h 22

      La réponse à votre question se trouve dans mon texte. Madrid pourrait accepter à la suite d'une intervention des Ntions Unies et de l'UE. Sans une telle intervention, les parlementaires catalans refuseront d'aller en élection à la demande de Madrid.

      Il existe un précédent à l'échelle internationale : le processus suivi dans les pays balte après une déclaration unilatérale à laquelle s'est opposée militairement l'ex-URSS.

      Dans ce cas-ci, il y a un parlement d'élus en majorité composé d'indépendantistes mais pas d'appui au-delà de 50 % lors du vote. Le référendum n'a pas changé la donne de sorte que les parlementaires peuvent difficilement déclarer l'indépendance.

      Par contre, ils ne peuvent pas accepter d'aller en élection à la demnade de Madrid. Aussi n'ont-ils de choix que de demander aux Nations Unies et à l'UE de faire respecter le principe à la base de la démocratie, qui n'est pas l'État de droit, mais l'expression d'un peuple politiquement défini.

      Madrid peut refuser, ce que vous dites. Aussi s'impose en pareil cas une médiation encadrée par les Nations Unies et l'UE. Le peuple catalan ne dispose pas d'un droit à l'indépendance comme purent l'exprimer les entités coloniales après 1960. Par contre, le peuple catalan revendique à plus de 70 % le libre choix de ses membres à faire connaître leur choix de demeurer ou non en Espagne.

      Il y a là une assise pour une intervention politique des membres des Nations Unies et de l'UE. Ces organismes ne sont pas des camisoles de force anti-démocratie.

      Or, pour que s'exprime les Catalans, il importe que Madrid accepte, comme l'a fait la Grande-Bretagne pour l'Écosse. Si Madrid refuse, il y a place pour des interventions politiques des Nations Unies, de l'UE et de pays qui ont fait de la démocratie une règle et des peuples membres d'État souverain des entités pouvant y recourir.

    • Sylvain Auclair - Abonné 6 octobre 2017 12 h 34

      Si un politicien espagnol acceptait de négocier l'iindépendance de la Catalogne, la cour consitutionnelle le lui interdirait, voire le ferait incarcérer. Le Royaume-Uni a l'avantage de n'avoir pas de constitution écrite, ce qui lui permet une souplesse dans l'application des principes du droit, tandis que la constitution de l'Union soviétique donnait le droit de sécession aux membres de l'Union.

    • Claude Bariteau - Abonné 6 octobre 2017 14 h 31

      M. Auclair, la Cour constitutionnel ne dispose pas de moyens pour interdire une démarche politique et incarcérer celui qui la ferait. Elle ne pourrait que référer à la constitution et signaler que la sécession de la Catalogne n'est pas inscrite dans la constitution.

      L'ex-URSS n'accordait pas un droit de sécession, mais permettait une sécession selon les règles mises en pratique dans la constitution, notamment la tenue d'un référendum avec des seuils, une approche reprise le Canada sans préciser les seuils.

      Quant à la Grande-Bretagne, elle pouvait s'entendre sur un processus de sécession non parce qu'elle n'a pas de constitution, mais parce qu'il s'agit d'une démarche qu'elle a reconnue en Irlande qui, membre de la Grande-Bretagne, ne disposait pas de droit à la sécession, pas plus que la Catalogne.

      Cela étant, le gouvernement espagnol et son roi pourraient s'entendre avec la Catalogne si les Nations Unies et l'UE interviennent et insistent sur la nécessité de trouver une solution à la situation actuelle. Il en va pour les Nations Unies de faire valoir des principes qui unissent ses membres et pour l'UE une façon de ne pas se transformer en support à un État membre qui recoure à des règles qui vont à l'encontre du choix d'un peuple quant à son avenir.

      Un problème analogue pouvait se présenter avec l'Écosse, mais l'entente intervenue le neutralisait au sens où la Grande-Bretagne ne pouvait pas s'opposer à l'entére de l'Écosse dans l'UE.

      Avec la Catalogne, l'opposition de l'Espagne peut se manifester, ce qui, si l'UE ne réagit pas pour trouver une sortie de crise, deviendrait un chèque en blanc à des recours anti-démocratiques envers le peuple catalan.

      C'est ce point qui est en cause. Si l'UE n'intervient pas, son socle pourrait être fissuré à l'avantage des États-Unis et de la Russie.

    • Loraine King - Abonnée 6 octobre 2017 20 h 14

      Le parallèle entre l'Irlande et la Grande-Bretagne et la situation entre Madrid et la Catalogne est tout à fait juste. Le mouvement sécessioniste irlandais recevait peu d'appui dans la population irlandaise suite à l'Insurrection de Pâques (1916). Ce sont les représailles des Britanniques contre les insurgés qui ont provoqué la révolte dans la population. Lors de l'élection de 1918 Sinn Féin a gagné une importante majorité des sièges de l'Eire mais ces députés ont refusé de siéger à Westminster. Il ont formé le Dáil Éireann, le premier parlement de la République irlandaise et déclaré la guerre à une Grande-Bretagne affaiblie par la Grande guerre.

      Madrid a répété l'erreur de la Grande-Bretagne. L'indépendance avait moins d'appuis il deux mois qu'il aurait qu'aujourd'hui. Je ne vois pas pourquoi les Catalans accepteraient qu'on leur force une élection sans avoir une garantie qu'ils pourront voter calmement et que leurs votes seront comptés selon les règles démocratiques. Madrid ne peut plus leur offrir cette garantie. Seule l'ONU ou L'UE peut peut le faire.