Les dirigeants européens appellent l’Espagne à mettre fin au recours à la violence

Les Catalans sont descendus dans les rues et ont levé le poing, lundi à Barcelone.
Photo: Pierre-Philippe Marcou Agence France-Presse Les Catalans sont descendus dans les rues et ont levé le poing, lundi à Barcelone.

Au lendemain du référendum marqué par des violences en Catalogne, le sommet de l’Union européenne a lancé lundi de premiers appels pour pousser Madrid au dialogue et à éviter désormais le recours à la force.

La Commission européenne et le président du Conseil européen (l’instance regroupant les dirigeants des 28), Donald Tusk, sont prudemment sortis de leur réserve, après que les images de policiers frappant des manifestants eurent choqué au-delà des frontières espagnoles.

« Au regard de la Constitution espagnole, le vote d’hier [dimanche] en Catalogne n’était pas légal », a d’abord rappelé devant la presse le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas, réitérant la position habituelle de Bruxelles, en ligne avec celle de Madrid. Mais après ce préambule, la Commission est allée plus loin qu’elle ne se l’était autorisé ces derniers jours. « Nous appelons tous les acteurs pertinents à passer rapidement de la confrontation au dialogue », a déclaré M. Schinas, ajoutant que « la violence ne peut jamais être un instrument en politique ».

Le représentant du gouvernement catalan à Bruxelles, Amadeu Altafaj, a toutefois jugé ces paroles « décevantes », estimant que l’exécutif européen a évité de condamner spécifiquement les violences policières qui ont fait de nombreux blessés dimanche en Catalogne.

Concernant son appel au dialogue, la Commission a assuré faire « confiance au leadership de Mariano Rajoy pour mener ce processus, en plein respect de la Constitution espagnole », tout en ajoutant qu’il fallait aussi respecter « les droits fondamentaux des citoyens qui y sont inscrits ».

Silencieux jusque-là, le Polonais Donald Tusk, à la tête du Conseil européen, a lui aussi lancé un appel à la mesure à Madrid. Sur Twitter, il a dit avoir « appelé [M. Rajoy] à trouver des moyens pour éviter une nouvelle escalade et un nouvel usage de la force », lors d’une conversation téléphonique.

Du côté des capitales européennes, très réticentes à commenter des affaires qualifiées d’« internes », les critiques sont restées rares à l’encontre de Madrid. Le gouvernement belge, où les nationalistes flamands de la N-VA occupent des postes clés, a eu la réaction la plus tranchée. « La violence n’est pas la réponse, nous condamnons toute forme de violence et réitérons notre appel au dialogue politique », a lancé dimanche le premier ministre belge, Charles Michel.

« Inquiet de la situation », le premier ministre slovène, Miro Cerar, a lui aussi appelé « au dialogue politique » et à des « solutions pacifiques », tandis que la première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, favorable à l’indépendance de l’Écosse, a appelé sans surprise l’Espagne « à changer de cap avant que quelqu’un ne soit grièvement blessé ».

Lors d’un entretien au téléphone, le président français, Emmanuel Macron, a lui réaffirmé au chef du gouvernement espagnol « son attachement à l’unité constitutionnelle de l’Espagne » et le fait que Paris n’avait « qu’un seul interlocuteur en la personne de M. Rajoy », selon l’Élysée, qui n’a pas mentionné la question des violences.

Les événements du week-end ont en revanche provoqué l’émoi parmi les eurodéputés, réunis en session plénière à Strasbourg, qui ont décidé d’organiser mercredi un débat d’urgence consacré à la Catalogne. Le chef de file des eurodéputés socialistes, Gianni Pittella, avait appelé dimanche à une solution « politique, pas policière ». Son homologue libéral, le Belge Guy Verhofstadt, avait lui condamné une « violence disproportionnée » de la part des autorités espagnoles.

Selon le politologue belge Hendrik Vos, la retenue européenne observée jusqu’ici sur la situation en Espagne est liée « au fait que Mariano Rajoy est membre du Parti populaire européen », majoritaire au Parlement européen et dont est membre le président de la Commission, Jean-Claude Juncker.

M. Rajoy « a fait savoir qu’aucune médiation n’était nécessaire, ce qui a pesé sur le fait que l’UE a détourné le regard », estime ce spécialiste des questions européennes.

Malgré l’appel du président catalan, Carles Puigdemont, à une « médiation internationale », la Commission n’envisage pas « à ce stade » de faire la navette entre Madrid et Barcelone, a tenu à préciser son porte-parole.

Et pour cause : les indépendantistes restent déterminés à proclamer l’indépendance par « loyauté » aux électeurs qui ont voté pour à 90 %, dimanche, a expliqué M. Altafaj.

Selon lui, la médiation peut porter « sur comment cela [l’indépendance] se matérialise et est mis en place ». « Il y a plein de choses à discuter sur le calendrier, les termes et les négociations » avec Madrid, a-t-il affirmé, assurant qu’une « transition en douceur » était possible.


Ottawa commente enfin, timidement

Le gouvernement du Canada a finalement commenté les violences espagnoles de dimanche en Catalogne. Après des jours d’esquive au motif qu’il s’agissait d’une affaire « interne », Ottawa s’est dit « très préoccupé » par la situation. « Le Canada apprécie sa relation avec l’Espagne », a déclaré la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland. « Alors que la question de la Catalogne est une affaire interne pour l’Espagne, nous sommes très préoccupés par la violence sur le terrain. Nous espérons qu’une solution sera trouvée à travers le dialogue pacifique et dans le contexte de la Constitution. » Le Bloc québécois trouve cette réponse inadéquate, car « elle subordonne la légitimité à la légalité », fait valoir le député Luc Thériault. La Constitution espagnole établit l’indivisibilité de l’Espagne. Y faire référence, selon le Bloc, revient à donner raison à Madrid de prendre les moyens pour la faire respecter. Le nouveau chef du NPD, Jagmeet Singh, déplore aussi la timidité d’Ottawa dans le dossier. « Un des droits importants pour toute personne est celui à l’autodétermination, a-t-il rappelé. C’est nécessaire que le gouvernement dise quelque chose. » Le Devoir
7 commentaires
  • Pierre Robineault - Abonné 3 octobre 2017 05 h 40

    Funeste !

    Quelle horrible et funeste farce! Y compris de la part de notre Premier ti-Pit.
    Comment vraiment croire en la démocratie?
    C’est tellement déouragent.

  • Raynald Blais - Abonné 3 octobre 2017 07 h 31

    La violence

    « ...la violence ne peut jamais être un instrument en politique. »
    (Margaritis Schinas, porte-parole de la Commission européenne)

    Tous soulignent la VIOLENCE qui s'est manifestée au cours de la journée référendaire catalane. La plupart la dénonce comme le feraient des Humanistes, pour qui rien ne peut la justifier. Ce point de vue moral humaniste largement diffusé se retrouve souvent en contradiction avec la réalité lorsque la VIOLENCE est nécessaire et souhaitable. Mais pour faire court, la VIOLENCE est instinctivement jugée comme intrinsèquement mauvaise.

    Cet Humanisme populaire à la mode ne peut résoudre cette contradiction qu'en niant à la VIOLENCE son rôle de...

    "accoucheuse de toute vieille société
    qui en porte une nouvelle dans ses flancs"
    (Anti-Dühring, p. 193 de la 3e édit. all., chap. IV, 2e part.)

  • Nicole Delisle - Abonné 3 octobre 2017 08 h 00

    L'Union européenne ne semble pas comprendre les enjeux en Espagne!

    En demandant que le dialogue s'établisse avec M. Rajoy, chef du gouvernement, l'Union européenne ferme les yeux délibérément sur l'impossibilité pour le peuple catalan de se faire entendre d'une personne qui n'est plus crédible à leurs yeux. La brutalité policière et les violences perprétées contre de simples citoyens sous les ordres de celui-ci n'en font pas un interlocuteur valable. Sa crédibilité est tellement nulle que la seule chose qui lui reste à faire c'est de donner sa démission. Un chef de pays ne peut pas se conduire d'une telle façon, à moins de se muter en dictateur autoritaire. Un dialogue sérieux ne peut donc pas s'établir avec lui. L'Union européenne se protège des idées indépendantistes de certains pays qui la composent et voit donc d'un mauvais œil ce qui s'est passé en Espagne. La crainte
    d'une disloquation graduelle de certaines populations la fait réagir ainsi. Après le Brexit, ils ont peur que d'autres populations mécontentes viennent jouer le trouble-fête dans leurs plates-bandes. Mais le respect et le bien-être de chaque citoyen des pays concernés devraient guider leur jugement et leurs actions. Si certaines populations cherchent ainsi à s'émanciper, c'est que leur gouvernement n'arrive pas à satusfaire à leurs aspirations profondes et les tiennent pour acquis. Voilà l'enjeu que
    l'on se refuse de voir autant en Espagne qu'au niveau de l'Union européenne. Le peuple catalan est donc entrain de mettre en marche une sorte de révolution pour faire valoir leurs droits et leur identité propre. On ne pourra les contrer bien longtemps, car leur détermination et leur persévérance semblent intactes malgré les
    violences et la pression qu'on leur fait subir! L'Union européenne devrait en prendre bonne note et ajuster son discours en conséquence sous peine d'en voir d'autres suivre le même chemin.

  • Colette Pagé - Inscrite 3 octobre 2017 08 h 02

    Trop peu trop tard !

    Le mal est fait ! Le principe de précaution n'aurait-il pas exigé que les capitales européennes invitent Madrid à faire preuve de modération en permettant aux Catalans de s'exprimer librement.

    Mais non ! Ces dirigeants européens, des pleutres, ont préféré attendre que la violence des forces policières se matérialisent à la face du monde sans ménagement et de la manière la plus honteuse.

    Désormais l'Espagne de Madrid sera considéré comme un pays dont les dirigeants ont de la graine de dictateurs s'apparentant aux années noires du franquisme.

  • Neus Pont - Abonnée 3 octobre 2017 10 h 05

    Dialogue?

    Vous croyez que M.Rajoy va se décider de dialoguer? Vous rêvez en couleur . Ça fait 6 ans que la Catalogne demande de dialoguer, encore au mois de septembre avait lancé l'invitation , sans aucune condition, et Madrid n'a pas répondu.
    Rajoy ou mieux dit, le gouvernement de Madrid n'acceptera pas de dialoguer et négocier que s'il y est contraint par ses pairs a l'international