May tente de reprendre la main face aux critiques

La première ministre de la Grande-Bretagne, Theresa May, dimanche
Photo: Ben Stansall Agence France-Presse La première ministre de la Grande-Bretagne, Theresa May, dimanche

Alors que la réunion annuelle des conservateurs s'ouvre à Manchester, la première ministre britannique tente, difficilement, de reprendre la main face aux multiples attaques contre son autorité.

L’image est cruelle. Dimanche matin, Theresa May se plie à la traditionnelle entrevue politique sur la BBC qui précède l’ouverture du congrès annuel du Parti conservateur, cette année à Manchester. Interrogée sur son manque d’autorité au sein de son gouvernement et de son parti, la première ministre britannique se défend maladroitement. Puis vient le coup de grâce. Le journaliste lui demande si son ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, « est indéboulonnable » de son poste. Le bouillant blond décoiffé a multiplié ces dernières semaines les provocations et remises en cause directes de son autorité. Theresa May rit nerveusement et ne répond pas. Tout est dit.

La vérité est qu’effectivement, après la perte de sa majorité en juin lors des élections anticipées, la dirigeante du parti tory et chef du gouvernement ne dirige plus grand-chose. Otage du petit parti nord-irlandais du DUP (Democratic Unionist Party) pour gouverner, incapable de rassembler son cabinet et son parti, elle affirme avoir l’intention de rester à son poste et de mener la campagne des conservateurs pour les prochaines élections, attendues en principe en mai 2022. Mais, au sein du parti tory, ils sont de moins en moins à y croire. Theresa May n’est plus maîtresse de son destin, et sa longévité au poste de premier ministre dépend désormais uniquement de la bonne volonté de ses députés.

Descente aux enfers

Or, ils sont plusieurs à se bousculer au portillon, à manoeuvrer en coulisses, plus ou moins discrètement, pour se positionner pour la remplacer. Quel contraste en un an ! En octobre 2016, le congrès annuel à Birmingham ressemblait à un exercice quelque peu hallucinant de jubilation et d’autosatisfaction. Theresa May était perçue comme la femme politique providence, le seul esprit calme après le choc du vote en faveur du Brexit. Euphorique, elle prononçait alors un discours prônant un Brexit radical, avec sortie du marché unique, de l’union douanière et fustigeant les « citoyens du monde, en fait, citoyens de nulle part ». Radieux, les eurosceptiques en délire lui réservaient une ovation triomphante. Pas de doute, l’avenir s’annonçait merveilleux pour le Royaume-Uni bientôt libéré des chaînes de l’Union européenne.

Un an plus tard, force est de constater que tout n’est pas si rose. Les tories et Theresa May, qui fête ce dimanche ses 61 ans, ont débarqué à Manchester sous les cris d’une énorme manifestation proeuropéenne et antiaustérité. La marée de drapeaux bleus européens faisait un peu désordre. Par ailleurs, le congrès s’ouvre alors que l’agence de notation Moody’s vient de rétrograder la note du pays pour cause « d’incertitude économique liée au Brexit » et que le Royaume-Uni enregistre désormais la croissance la plus lente du groupe des G7 (États-Unis, Canada, France, Allemagne, Japon et Italie). Il y a un an, le pays était l’économie la plus performante.

Quant aux négociations sur le Brexit, elles avancent à un rythme d’escargot, en grande partie parce que le gouvernement semble incapable de se mettre d’accord sur une stratégie commune. Theresa May a certes permis de relâcher un peu la tension après son discours la semaine dernière à Florence, mais plus grâce à un ton bien plus conciliant envers les Européens qu’à une ligne plus claire.

Tribune assassine

En arrivant à Manchester, Theresa May espérait pouvoir se consacrer à des sujets de politique intérieure. Elle a ainsi promis de geler les frais d’inscription à l’université, fixés tout de même à 9250 livres par an (10 500 euros), ou de développer un programme d’aide à l’achat d’un premier logement ou le programme d’apprentissage pour les jeunes. Mais, alors qu’elle faisait dimanche après-midi son entrée dans l’immense centre de conférence au coeur de Manchester, la seule question qui fusait de la meute de journalistes était la suivante : « Boris Johnson va-t-il rester à son poste ? Va-t-il vous remplacer ? »

Très peu audible depuis sa nomination au poste de ministre des Affaires étrangères, privé de toutes prérogatives dans les négociations sur le Brexit, Boris Johnson montre depuis quelques semaines de sérieux signes d’impatience. Il ne cache pas n’avoir jamais abandonné l’idée de diriger le Parti conservateur et d’entrer au 10, Downing Street. Après avoir publié une tribune assassine dans le Daily Telegraph, réclamant un Brexit dur et critiquant implicitement la première ministre, il était ensuite, semblait-il, rentré dans le rang.

À la veille de l’ouverture du congrès, qui se conclura mercredi, il a récidivé, en publiant dans le quotidien The Sun ses « lignes rouges » sur le Brexit. Et comme si cela ne suffisait pas, une vidéo circule, où, alors qu’il est en voyage officiel en Birmanie, il commence à déclamer un poème de Rudyard Kipling à la gloire du colonialisme anglais, avant d’être interrompu par un ambassadeur britannique visiblement horrifié. « Vous êtes enregistré, ce n’est pas une bonne idée, pas approprié », lui murmure-t-il. Michael Heseltine, ancien vice-premier ministre de Margaret Thatcher, a jugé que de tels manquements à la discipline gouvernementale auraient dû, normalement, entraîner son renvoi à plusieurs reprises. En multipliant les provocations, Boris Johnson humilie et affaiblit chaque jour un peu plus Theresa May. Il n’est pas sûr que l’ensemble du parti, où Boris Johnson est loin de faire l’unanimité, apprécie. Mais l’impression de désordre et de manque de direction claire, à l’aube d’un congrès censé rassembler les troupes, est particulièrement frappante.