Référendum: le « oui » l'emporte à 90 % des voix, selon le gouvernement catalan

Selon des résultats préliminaires, 90 % des électeurs se sont prononcés pour l’indépendance. 
Photo: Pau Barrena Agence France-Presse Selon des résultats préliminaires, 90 % des électeurs se sont prononcés pour l’indépendance. 

Le gouvernement séparatiste de Catalogne a affirmé dans la nuit de dimanche à lundi que le « oui » à l’indépendance de cette région espagnole l’avait emporté à 90 % lors du référendum d’autodétermination interdit qu’il a tenté d’organiser.

Le président régional de Catalogne, Carles Puigdemont, a affirmé qu’il respectera sa promesse de déclarer l’indépendance unilatéralement si le «oui» l'emporte dans le référendum organisé dimanche. 

Il a ajouté que la Catalogne « avait remporté le droit de devenir un État indépendant ».

Le gouvernement catalan a déclaré que plus de 800 personnes avaient été blessées, dont certaines auraient subi des blessures graves, à la suite des interventions de la police nationale espagnole pour empêcher la tenue du référendum sur l’indépendance.

Malgré les nombreuses interventions de la police, la consultation s’est poursuivie tout au long de la journée de dimanche.

Dans une allocution télévisée depuis Barcelone après la fermeture des bureaux de vote, M. Puigdemont a affirmé que «l’État espagnol avait écrit une autre page honteuse dans son histoire avec le Catalogne». 

Il a déclaré qu’il en appelerait directement à l’Union européenne pour se pencher sur les violations alléguées des droits de la personne par le gouvernement espagnol, dimanche.



De son côté, le ministère de l’Intérieur de l’Espagne a rapporté que les forces policières qui ont fait usage de matraque et de balles de caoutchouc contre les électeurs comptaient 33 blessés.

Le premier ministre d’Espagne Mariano Rajoy a pris la parole pour la première fois en fin de journée. « Il n’y a pas eu de référendum d’autodétermination en Catalogne », a-t-il déclaré. Le même message livré par sa vice-première ministre en début de journée.

Il a répété que « l’Espagne est une démocratie mûre et tolérante », mais que le pays a « assisté à une stratégie contre la légalité ».

Le porte-parole catalan Jordi Turull n’a pas offert plus de détails sur l’état des victimes.

Le gouvernement régional de Catalogne blâme directement le premier ministre Mariano Rajoy et son ministre de l’Intérieur Juan Ignacio Zoido.

Jordi Turull soutient que la police nationale espagnole et la garde civile ont agi pour des motifs politiques, dimanche, « avec une intention claire de blesser des citoyens ».


Le ministre des Affaires internationales catalan, Raul Romeva, a annoncé que le gouvernement régional allait s’adresser au Parlement européen en accusant l’administration Rajoy d’avoir violé la charte des droits de l’homme.


La mairesse de Barcelone, Ada Colau, a elle aussi réclamé la démission du premier ministre Rajoy à la suite des actes de violence commis par la police nationale.

« Si nous vivons dans une démocratie, les actions de la police devraient cesser immédiatement afin que nous puissions ensuite avoir un dialogue, c’est ce qui devrait arriver », a commenté Mme Colau.
 

Bureaux de vote fermés

 

Armés de boucliers, les policiers sont entrés de force dans des bureaux de scrutin. Ils ont notamment fracassé des vitres.
 

Des affrontements sont survenus entre des électeurs et les forces de l’ordre, qui tentaient de disperser la foule. Des projectiles de caoutchouc ont notamment été tirés en direction des électeurs.

Photo: Raymond Roig Agence France-Presse

En plus des centaines de citoyens blessés, onze policiers auraient aussi subi des blessures.
 

Malgré les menaces du gouvernement espagnol, le gouvernement catalan tient cette consultation considérée comme illégale par Madrid.

Le premier ministre Mariano Rajoy juge que la force déployée par la police nationale en Catalogne était «équilibrée» malgré un nombre de blessés « regrettable ».

Son ministre des Affaires étrangères a qualifié les violences policières pour empêcher les citoyens catalans de voter de «malheureuses» et «déplaisantes», mais «proportionnées».

En entrevue à l’Associated Press, Alfonso Dastis a jeté l’entièreté du blâme sur le président catalan Carles Puigdemont et son gouvernement régional.

Alfonso Dastis soutient que «si les gens insistent pour défier la loi et faire quelque chose qui a été constamment déclaré illégal et inconstitutionnel, les forces de l’ordre doivent faire respecter la loi».

Il maintient qu’il n’y a «pas eu de violence excessive», mais une simple réaction des policiers face à des gens qui les empêchaient de faire leur travail.
 

 


Réactions internationales

Le premier ministre belge, Charles Michel, a appelé les politiciens au dialogue en Espagne après les interventions policières.
 

Charles Michel a condamné toute forme de violence, déclarant sur son compte Twitter qu’elle « ne peut jamais être la bonne réponse ».
 

Le président régional de Catalogne, Carles Puigdemont, a répondu au micromessage en remerciant M. Michel pour son « engagement contre la violence ».
 

La première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a appelé l’Espagne à « changer de cap » en réaction aux violences perpétrées par les forces de l’ordre.
 

Elle a déclaré via Twitter se sentir de plus en plus inquiète en voyant les images en direct de la Catalogne.
 

« Peu importent nos opinions sur l’indépendance, nous devrions tous condamner ces gestes dont nous sommes témoins », a soutenu Mme Sturgeon.
 


Le FC Barcelone a annoncé que la partie de soccer prévue contre Las Palmas dans le cadre de la Coupe d’Espagne serait jouée à huis clos au stade de Camp Nou.
 

L’annonce que le match serait joué sans spectateur a été faite moins d’une demi-heure avant le coup d’envoi, alors que des milliers de supporteurs patientaient devant les portes.

Une « révolution des sourires »
 

Dimanche le quotidien El Pais assurait à la Une que la démocratie espagnole était « face à son plus grand défi » depuis la mort du dictateur Francisco Franco en 1975.


Les séparatistes affirment avoir déclenché une « révolution des sourires », et se mobilisent jour après jour avec des slogans positifs sur « l’amour de la démocratie » où armés d’oeillets rouges.
 

« Nous devons terminer ce processus comme nous l’avons commencé, pacifiquement », avait estimé de son côté Carles Puigdemont.

Les séparatistes avaient prévu d’organiser le vote dans toutes sortes d’endroits : établissements scolaires, couvent, centres de santé, maisons de retraites, musées.

En Catalogne nous pensons qu’il est essentiel de décider si nous voulons continuer à rester dans l’État espagnol.

Philippe Couillard condamne la violence en Catalogne

Les politiciens québécois ont condamné le recours à la violence par la police espagnole pour tenter d’empêcher le déroulement normal du référendum sur l’indépendance de la Catalogne.
 

Le premier ministre Philippe Couillard et le chef de la Coalition avenir Québec François Legault se sont toutefois montrés prudents dans leurs commentaires.
 

Réagissant sur son compte Twitter, M. Couillard a transmis un micromessage disant que le gouvernement québécois « suivait la situation du Québec ». Il a aussi déclaré que « le Québec condamne toute forme de violence » sans mentionner ceux qui en étaient les responsables. Il prône « le dialogue entre les parties ».
 

François Legault a condamné nommément l’Espagne. Par voie de communiqué, il a déclaré que son parti « déplore l’utilisation de la force et de la répression par l’État espagnol ». Le chef caquiste semble toutefois rejeter d’avance toute déclaration d’indépendance unilatérale que pourrait lancer le gouvernement catalan lorsqu’il dit « qu’il ne paraît pas souhaitable que des actions précipitées et irréversibles soient prises ».
 

Tout comme le premier ministre, M. Legault a lancé un appel au dialogue, disant espérer que « les gouvernements de Madrid et de Barcelone pourront s’entendre pour qu’une consultation se tienne dans un contexte permettant une issue claire et ordonnée, dont les résultats pourront être reconnus par tous ».
 

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a préféré saluer « le peuple catalan qui se tient debout devant l’indigne et honteuse violence de l’État espagnol ».

 

La Presse canadienne

31 commentaires
  • Cécile Comeau - Abonnée 1 octobre 2017 08 h 07

    L’Espagne, le nouvel État voyou européen

    L’Espagne de Franco n’est pas encore morte à Madrid. Un gouvernement qui veut garder l'unité de son pays ne doit pas empêcher le peuple de voter. Que fait donc l'Espagne du droit des peuples à disposer d'eux même? Aucun respect à ce que je constate. Vive la Catalogne libre! Libre dans l'Espagne ou libre comme État souverain. Mais c’est aux Catalans de décider, pas à Madrid ni à ses sbires de la Guardia Civil. Madrid vient de semer les graines de la guerre civile. La Catalogne, cette martyre de la Guerre civile espagnole et du régime Franco est à jamais perdue pour l’Espagne. Et ceci se passe en Europe, celle de l’Union européenne complice de cet acte liberticide de la démocratie. Empêcher le peuple de voter, fracasser les portes des bureaux de scrutin, voler les urnes et bloquer les listes électorales informatisées relève de la pire infamie de ce nouveau millénaire européen. Je vomis sur l'Espagne.

    • Jean Richard - Abonné 1 octobre 2017 10 h 34

      L'Europe silencieuse ? C'est que l'Europe est constituée de pays qui, dans une situation semblable à celle de l'Espagne, auraient fait la même chose.

      Est-ce qu'on pourrait imaginer quelque chose de semblable chez le voisin géographique de l'Espagne, la France ? Voyons un peu...

      La langue est un élément de cohésion sociale qui à son tour joue un rôle important dans l'économie d'une région. Ça, les dictateurs le savent, les républicains aussi. L'unité d'un pays passe par une langue commune.

      Sous le régime Franco, on a tout fait pour faire disparaître le catalan, de la dévalorisation à la répression et l'interdiction. On n'a pas tout-à-fait réussi. En France, la guerre contre l'occitan, qu'on s'obstinait à appeler patois, a été menée par la République, en utilisant des méthodes voisines de celles du général Franco : la dévalorisation et surtout, la répression. Grâce à l'école publique gratuite et obligatoire, où l'enseignement et l'usage de l'occitan étaient interdit, on a réussi à franciser toute la France. C'est une grande culture que la France a anéantie.

      Presque rayé de la carte, l'occitan n'a pas pu jouer son rôle de rassembleur au sein d'une communauté qui s'étendait sur une portion importante du territoire français. Bien peu de gens de ce qu'on appelle l'Occitanie (appellation sans appartenance politique, et sans appartenance territoriale définie) se définissent comme Occitans. La probabilité que des gens se rassemblent et tiennent un référendum pour quitter la France est totalement nulle. La cohésion induite par la langue et la culture n'y est plus. Ce que fait Madrid aujourd'hui a été fait de façon plus subtile il y a plus d'un siècle en France.

      On pourrait aussi penser à la Bretagne. Longtemps parent pauvre de la France, la Bretagne a connu il y a quelques années des mouvements sécessionnistes. Mais il manquait quelque chose à l'identité bretonne pour qu'elle se rassemble : la langue. Qui parle encore breton ?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 1 octobre 2017 12 h 06

      Oui, vous avez bien saisi le côté grotesque de la complicité de l'UE...avec l'Espagne de Madrid.... dans ce processus de quête du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

      Un déni total de démocratie par tous ceux qui hésitent, louvoient et souvent évitent de se "mouiller" ...par couardise, par affairisme....

      Honte à tous ces pays de l'UE qui n'ont pas levé le petit doigt...
      Honte à la France...le Pays des droits de l'Homme ? vraiment?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 1 octobre 2017 15 h 30

      C'est que vous avez manqué le bateau monsieur...ou que votre réflexion
      même, aussi valable soit-elle, ne vient pas apporter quoi que ce soit au droit des peuples à disposer d'eux mêmes ...via un référendum.

      Un référendum, la Suisse en tient aussi souvent que les citoyens le demandent et, même c'est parfois le gouvernement suisse qui le demande. C'est très démocratique un référendum...quand la police et
      l'armée ne s'en mêlent pas.

    • Léonel Plasse - Abonné 1 octobre 2017 16 h 16

      Il n'y a pas que la langue comme dritère, les irlandais parlaient anglais et pourtant ils ont lutté pour leur indépendance.

  • Josée Duplessis - Abonnée 1 octobre 2017 08 h 21

    Quel cran!

    Quel cran ils ont ces catalans.
    Je leur souhaite le meilleur.
    L'Espagne devra se repentir d'user de cette violence.

    • Louise Collette - Abonnée 1 octobre 2017 11 h 33

      Je doute fortement que l'Espagne se repente.....le régime de Franco n'est pas bien loin....
      Quant à leur cran, ils m'épatent.

  • François Beaulne - Abonné 1 octobre 2017 08 h 54

    Bel exemple de courage serein

    Bravo aux Catalans qui, par 'la révolution des sourires' font la démonstration que les aspirations à l'indépendance nationale sont légitimes, qu'elles sont d'actualité et qu'elles interpellent la jeunesse.
    Bel exemple pour nous de résilience et de courage serein!
    Visca Cataluña!

  • Jean-Luc Malo - Abonné 1 octobre 2017 09 h 09

    Bravo aux Catalans, honte à l'Espagne et à l'Europe

    Madame, monsieur,
    Ce silence aveugle, hypocrite et complice de l'Europe qui refuse de se prononcer sur ce droit fondamental des peuples à disposer de leur avenir est honteux. On ne parlera de la rechute du franquisme en Europe.
    Jean-Luc Malo
    abonné

  • Gilles Bonin - Abonné 1 octobre 2017 09 h 17

    Pas étonnant.

    Cela fait tout juste un peu plus de 40 ans que la dictature de Franco (assistée par l'Allemagne nazie de Hitler et de l'Italie faciste de Musolini) s'est terminée mais les gênes sont encore présents dans une très large partie de la population et notament dans le parti de droite dure de Rajoy.

    Durant ce temps, l'Europe hypocrite se tait et la France crache sur un des axiomes de la politique du Général de Gaulle: le droit des peuples a disposer d'eux-mêmes.

    Tout d.mocrate se doit maintenant de boycotter l'espagne et de ne plus acheter ses produits. La seule destination envisagable est la brave Catalogne.

    • Georges Baldenberger - Abonné 1 octobre 2017 19 h 46

      La politique de "Mon Général", était, à l'image l'Espagne actuelle, que la République française est une et indivisible... Il l'a d'ailleurs proclamé haut est fort, non du balcon de la mairie de Montréal, mais dans la constitution de la cinquième république article 1 alinéa 1.

      "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée."

      Les régions périphériques françaises, par exemple, du fait même qu'elles sont françaises et que le peuple français est unique et forme un tout, ne peuvent donc demander ni autonomie, ni indépendance. Ainsi, s'il prenait fantaisie à la Bretagne, à la Savoie ou l'Alsace d'imiter la Catalogne, elles se retrouverait inévitablement dans la même situation qu'icelle....

      Et mon Général n'était pas faciste, juste Français et Républicain. Et la France fait bien de respecter la constitution espagnole. Voilà, voilà...