Ce que l’on sait sur l’organisation du référendum interdit en Catalogne

Les forces de l’ordre qui multiplient les perquisitions ont saisi près de 10 millions de bulletins de vote.
Photo: Josep Lago Agence France-Presse Les forces de l’ordre qui multiplient les perquisitions ont saisi près de 10 millions de bulletins de vote.

Les autorités catalanes sont déterminées à organiser dimanche un référendum sur l’indépendance de la Catalogne que le gouvernement espagnol fait tout pour empêcher. Voici ce que l’on sait sur le dispositif qu’elles ont mis en place.

La loi électorale, adoptée en force par la majorité séparatiste au parlement régional le 6 septembre, spécifie que le recensement des personnes habilitées à voter, arrêté au 30 mars, inclut « les électeurs résidents en Catalogne et les résidents à l’extérieur », soit 5,5 millions de personnes. Mais l’origine des données n’est pas précisée.

Le gouvernement central assure disposer seul de la compétence de recensement national, soupçonnant les autorités catalanes d’avoir « volé » ces données.

Les listes électorales doivent être transparentes et publiques mais n’ont pas été publiées.

Raul Romera, responsable des relations internationales de la région a par ailleurs déclaré mardi à l’AFP:

« Nous pouvons garantir que tout le matériel nécessaire pour voter existe. Les bulletins peuvent être imprimés tant de fois qu’on le voudra, nous avons la liste des électeurs, les urnes existent, les bureaux de vote existeront ».

Pour savoir où voter, les électeurs doivent consulter des sites internet où ils doivent introduire le numéro de leur carte d’identité. Ces sites changent régulièrement car la justice les fait fermer.

Un collaborateur de l’AFP a pu trouver ainsi l’adresse de son bureau de vote, mais plusieurs membres de sa famille n’ont pas été en mesure de le trouver.

Mercredi le vice-président, Oriol Junqueras, a annoncé que les électeurs pourraient obtenir plus d’informations sur le réseau social Telegram, pour savoir où voter.

Il devait y en avoir dans 712 municipalités sur 948, qui ont accepté de participer au scrutin.

Parmi les dix plus grandes villes, cinq - Barcelone, Tarrassa, Badalona, Sabadell, Reus - ont donné leur accord ou annoncé qu’elles le tolèreraient. Ces villes représentent 2,3 millions d’habitants sur 7,5.

La liste complète des centres de vote n’a pas été publiée.

Troubles à l’ordre public

Le parquet a demandé mardi à la police régionale, les Mossos d’Esquadra, d’identifier les bureaux de vote et leurs responsables, de les mettre sous scellé vendredi soir au plus tard et de les surveiller jusqu’à dimanche, en empêchant le vote dans un rayon de 100 mètres autour de ces sites.

Les Mossos ont prévenu qu’ils respecteraient ces consignes à condition qu’elles n’entrainent pas un risque important de troubles à l’ordre public. Ils pourraient notamment se trouver dans des établissements scolaires que des lycéens veulent occuper, mais aussi des centres de santé.

Les forces de l’ordre qui multiplient les perquisitions ont saisi près de 10 millions de bulletins de vote, portant apparemment un sérieux coup à l’organisation. Dès le 9 septembre, le porte-parole du gouvernement catalan, Jordi Turull, a cependant encouragé les Catalans « du XXIème siècle », à imprimer les bulletins chez eux.

La police n’a en revanche toujours pas trouvé les urnes.

Le quotidien El Mundo croyait savoir mercredi que la police soupçonnait des chauffeurs de boulangeries industrielles et d’une chaîne de supermarchés de les avoir distribuées, dans leur camionnettes. Elles seraient déjà dans les municipalités.

Cette commission de cinq membres et ses délégués provinciaux ont démissionné en bloc pour éviter des amendes de 6 000 à 12 000 euros par jour imposées par la Cour constitutionnelle.

L’exécutif catalan pourrait cependant les nommer à la dernière minute afin « d’économiser » sur ces amendes.

Selon la Commission de Venise, organe du Conseil de l’Europe spécialisé dans la démocratie et le droit, un référendum doit d’être organisé par un « organe impartial ». Or la commission électorale avait été désignée par le gouvernement indépendantiste et ses membres avaient tous des liens avec les séparatistes.

Selon El Mundo, la police recherche la centrale informatique qui doit collecter les résultats du dépouillement des votes, elle serait dans les environs de Barcelone.

La sécurité est la question qui inquiète habitants et autorités.

Les Mossos estiment qu’il est « plus que prévisible » que la mesure de mise sous scellé des bureaux de vote entraine des « atteintes à l’ordre public ». Les autorités catalanes appellent au calme et au civisme, mais pour parer à toute éventualité, le gouvernement espagnol a déployé les deux tiers de ses unités antiémeutes selon El Pais, et plus de 10 000 agents des forces de l’ordre, en plus des 16 000 Mossos.