Madrid continue de viser la logistique du référendum catalan

Le justice a ordonné à la police régionale de procéder à l’identification des responsables des bureaux de vote qui devraient servir au référendum de dimanche.
Photo: Lluis Gene Agence France-Presse Le justice a ordonné à la police régionale de procéder à l’identification des responsables des bureaux de vote qui devraient servir au référendum de dimanche.

Les forces de l’ordre espagnoles ont entrepris mardi de « neutraliser » les bureaux de vote prévus pour le référendum d’autodétermination interdit en Catalogne, le chef du gouvernement Mariano Rajoy appelant de son côté depuis Washington à « un retour au bon sens ».

Alors que la Catalogne n’était pas officiellement au menu des discussions mardi à Washington entre Mariano Rajoy et Donald Trump, le président américain en a profité pour apporter son soutien à son hôte en déclarant que « l’Espagne est un grand pays et qu’elle devrait rester unie ».

« Je pense vraiment que le peuple de Catalogne choisirait de rester en Espagne. [...] Je pense que ce serait idiot de ne pas le faire. Il s’agit de rester dans un grand pays, magnifique, avec une véritable histoire », a-t-il insisté dans une allocution à ses côtés à la Maison-Blanche.

Au jour J-5, le bras de fer entre Madrid et les dirigeants séparatistes de la Catalogne s’est poursuivi sur deux terrains fondamentaux : la logistique pour l’organisation du vote d’une part, attaquée sur tous les fronts par la justice, et d’autre part le terrain politique, avec l’enjeu fondamental de l’opinion publique étrangère.

Le parquet de Catalogne, région profondément divisée entre indépendantistes et partisans d’un maintien en Espagne, a ordonné à la police régionale de procéder à l’identification des responsables des bureaux de vote qui devraient servir au référendum de dimanche.

Le procureur a demandé « à ce qu’ils soient entendus comme témoins pour qu’ils remettent la documentation qu’ils possèdent au sujet des faits, et afin d’être avertis concernant leur obligation de ne pas céder les centres pour la célébration du référendum ».

En s’attaquant aux bureaux de vote, le parquet semble poursuivre la mise en oeuvre d’un plan visant tous les mécanismes du référendum.

Depuis la mi-septembre, il a menacé de poursuites les maires qui prêteraient des locaux et désormais aussi les responsables d’autres institutions : écoles, centres de santé...

La commission électorale a dû démissionner en bloc, la Cour constitutionnelle ayant menacé ses membres d’amendes journalières de 12 000 euros. L’équipe organisatrice est par ailleurs déjà mise en examen.

La police et la Garde civile ont aussi saisi près de 10 millions de bulletins de vote et quelque 45 000 convocations d’assesseurs. Et déjà 59 sites internet de promotion ou d’information sur le référendum ont été fermés.

Bataille de communication

Face à ces actions, les autorités séparatistes au pouvoir dans cette région de 7,5 millions d’habitants dénoncent des méthodes « répressives ».

« Le site de la fondation [de l’ancien dictateur] Franco est toujours opérationnel », mais pas ces sites, s’est plaint mardi le porte-parole du gouvernement régional catalan Jordi Turull.

Les séparatistes se félicitent aussi de la parution dans plusieurs médias étrangers, y compris conservateurs, d’éditoriaux favorables à un référendum légal ou à davantage de flexibilité de la part de Madrid.

Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, a lui aussi critiqué le gouvernement espagnol.

Dans un message vidéo retransmis à Barcelone, il a mis en garde Madrid. « La question est de savoir ce que représente la répression d’un peuple à l’ère moderne. [...] Est-il possible que les services de sécurité d’un État répriment un mouvement démocratique, sérieux ou pas ? » a-t-il demandé, assurant que la situation « sera regardée de près par les autres États occidentaux ».

De source diplomatique espagnole, on indique « avoir conscience de cette affirmation selon laquelle nous serions en train de perdre la bataille de la communication ».

Le gouvernement assure qu’il ne fait qu’appliquer la Constitution qui n’autorise pas ce type de consultation, comme en France ou en Italie.

Mariano Rajoy, qui devait participer à un sommet informel des chefs d’État et de gouvernement de l’UE vendredi à Tallinn, en Estonie, a préféré annuler. Le gouvernement a en outre aussi reporté l’adoption en conseil des ministres, attendue vendredi, du projet de loi sur le budget de 2018.

Tension palpable en Espagne

En Andalousie et ailleurs, notamment à Santander des détachements de la Garde civile en partance pour la Catalogne ont été salués par des habitants agitant des drapeaux espagnols. « On va se les faire ! » a scandé lundi la foule dans la ville de Huelva.

« C’est indigne d’une société civilisée », s’est scandalisé Carles Campuzano, un élu du PDeCAT, parti indépendiste et conservateur catalan.

De leur côté, des Catalans offraient spontanément des oeillets rouges à la police régionale à Barcelone.

Selon El Pais, le gouvernement espagnol a mobilisé les deux tiers des policiers antiémeutes espagnols, soit quelque 2000 agents, tous dépêchés en Catalogne. Au total, plus de 10 000 membres des forces de l’ordre y seront déployés dans la perspective du référendum.

« Quelles que soient les ardeurs guerrières... le 1er octobre aura bien lieu », a prévenu le porte-parole du gouvernement catalan, lançant aux opposants au référendum : « Ils perdent leur temps. »