Catalogne: importante saisie de matériel en vue du référendum

Des partisans de l’indépendance catalane ont manifesté à Barcelone, dimanche, brandissant des pancartes appelant à voter « oui » au référendum.
Photo: Emilio Morenatti Associated Press Des partisans de l’indépendance catalane ont manifesté à Barcelone, dimanche, brandissant des pancartes appelant à voter « oui » au référendum.

Madrid — La Garde civile a saisi dimanche près de Barcelone 1,3 million de tracts, dépliants et affiches en vue du référendum sur l’indépendance de la Catalogne interdit par Madrid, a annoncé le ministère espagnol de l’Intérieur.

Les documents ont été saisis dans une entreprise de distribution de publicités d’une commune de la province de Barcelone, « empaquetés sur des palettes, prêts à être distribués », selon un communiqué du ministère. Selon une source policière, la découverte a eu lieu à Montcada i Reixac, à une dizaine de kilomètres de Barcelone.

Parmi ces documents se trouvaient quelque 700 000 tracts promouvant le « oui » au référendum et environ 370 000 dépliants avec le logo du gouvernement catalan promouvant la participation au référendum. Environ 138 000 affiches de la CUP, parti séparatiste d’extrême gauche, ont également été saisies.

Selon le ministère de l’Intérieur, la saisie de matériel faisant la promotion du « oui » en même temps que des documents officiels du gouvernement catalan, prouve « l’unité d’action » entre le gouvernement régional et la campagne du « oui ».

Le gouvernement indépendantiste de Catalogne, dirigé par Carles Puigdemont, est déterminé à organiser le 1er octobre un référendum sur l’autodétermination de la région malgré son interdiction par la Cour constitutionnelle espagnole.

En conséquence, les institutions espagnoles ont multiplié les actions visant à empêcher sa bonne tenue, notamment des perquisitions d’imprimeries et autres lieux susceptibles de fournir du matériel électoral ou encore des menaces du parquet général contre les maires disposés à permettre la tenue du vote.

« Droit à décider »

La journée de dimanche a également été marquée par une réunion de soutien au référendum catalan à Madrid à laquelle plusieurs centaines de personnes ont assisté, selon un journaliste de l’AFP.

L’événement avait lieu dans un petit théâtre du quartier de Lavapiés dans le centre de la capitale après qu’un tribunal a interdit sa tenue dans un centre culturel appartenant à la mairie.

Depuis la convocation du référendum par le gouvernement indépendantiste catalan le 6 septembre, les institutions espagnoles ont multiplié les interdictions et actions visant à empêcher sa tenue, la justice l’ayant déclaré anticonstitutionnel.

Photo: Spanish Guardia Civil / Agence France-Presse Parmi ces documents se trouvaient quelque 700 000 tracts promouvant le «oui» au référendum et environ 370 000 dépliants avec le logo du gouvernement catalan promouvant la participation au référendum.

« Face à leur interdiction, notre détermination ! », a lancé Jordi Cuixart, président de l’association indépendantiste Omnium Cultural, applaudi par le public à l’intérieur et à l’extérieur du théâtre, où des enceintes diffusaient les discours. « Nous avons besoin, plus que jamais, de votre solidarité. […] Ce que nous vivons aujourd’hui, c’est un véritable processus de rupture, pacifique et démocratique », a-t-il ensuite déclaré devant les sympathisants restés dehors faute de places.

« Liberté d’expression ! » ; « Droit à décider ! » ; « Nous n’avons pas peur ! », ont scandé les participants dans la rue sous le regard de plusieurs policiers.

Des personnes agitaient des bulletins de vote pour le référendum. Au même moment, la Garde civile a annoncé avoir perquisitionné les locaux d’une entreprise produisant du matériel de propagande permettant le vote : bulletins, affiches…

Appels à l’abstention

Dimanche, le quotidien El Pais a de son côté publié une double page contenant un appel de personnalités, comme l’écrivain Javier Marias ou l’actrice Marisa Paredes, appelant à l’abstention face à ce référendum qu’elles qualifient d’« escroquerie antidémocratique ».

Malgré l’opposition de Madrid, le gouvernement catalan se montre déterminé à organiser le vote et à déclarer l’indépendance de la région si le oui l’emporte.

« Ce n’est plus une question de Catalans et d’Espagnols, c’est une question de qualité de la démocratie », selon Maria José Hernandez, graphiste de 40 ans rencontrée par l’AFP dans la foule à l’extérieur.

« C’est un acte pour la liberté d’expression : nous souhaitons que l’on défende ici publiquement le droit de célébrer ce référendum », avait déclaré plus tôt à la radio Cadena Ser le politologue de gauche Jaime Pastor, un des organisateurs.

La Catalogne, riche région de 7,5 millions d’habitants dans le nord-est de l’Espagne, est très divisée sur la question de l’indépendance : lors des élections régionales de septembre 2015, les deux listes indépendantistes avaient obtenu 47,8 % des suffrages exprimés contre 51,7 % pour les non-indépendantistes.

Dans les jours précédents, les forces de l’ordre avaient déjà saisi, en moindre quantité, des documents de promotion du référendum et des planches servant à leur impression.

7 commentaires
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 17 septembre 2017 15 h 10

    Et la liberté d'expression...

    personne ne semble y croire chez les journalistes du Devoir?
    On laisse la place aux agences de presse...!

    N'étiez-vous pas de ceux qui lancaient, encore récemment, des anathèmes contre ceux qui osaient refuser de vous d'onner accès à l'information.

    Droit d'expression et droit à l'information = même combat ..ou non?

    • Raymond Labelle - Abonné 18 septembre 2017 12 h 52

      M. Brousseau, chroniqueur du Devoir, s'exprime sur la question catalane et l'attitude de Madrid quant à celle-ci dans le numéro d'aujourd'hui - ici: http://www.ledevoir.com/international/europe/50826

  • Jean-Marc Simard - Abonné 17 septembre 2017 16 h 57

    Glissement franquiste de Madrid...

    Ce n'est pas en exerçant une forte répression que le gouvernement espagnol va contribuer à bloquer un choix démocratique légitime...Au contraire, la négation par répression plutôt que l'argumentation par conviction opposée est le meilleur moyen de faire triompher le mouvement d'indépendance enclenchée...Le terrorisme exercée par le gouvernement espagnol va alimenter davantage ce mouvement légitime et consolider un rapport de force qui peut très vite dégénérer en guerre civile...Ce faisant Madrid ne fait que démontrer l'incompétence du gouvernement espagnol et dévoiler ses tendances politiques aux allures autocratiques, voire franquistes...

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 17 septembre 2017 17 h 29

    Au service de l'ordre établi

    À la SRC radio Desautels, ce matin, les journalistes ont passé le plus clair de leur temps à parler de la légalité et de la légitimité du projet de référendum.

    Très très peu sur les origines et les motivations d'une partie importante de la population de la Catalogne et de leur gouvernement au pouvoir.

    Ce n'est pas aux Européens, au restant de l'Espagne, aux observateurs, analystes et pseudo journalistes de tout acabit, ce n'est pas à tout ce beau monde, vêtu de leur possession tranquille de la vérité, de décider du sort de la Catalogne.

    C'est au peuple catalan de décider de son avenir. En 1995, le peuple québécois a choisi de rester soumis au Canada. C'est maintenant au tour de la Catalogne.

    • André Nadon - Inscrit 18 septembre 2017 14 h 19

      Rectification.
      En 1995, le peuple québécois s'est fait voler le référendum par le Canada qui, grâce à la méthode britannique traditionnelle de la petite loterie, a soudoyé des indigènes plus intéressés à leur fortune personnelle qu'au bien-être du peuple.
      Le " petit gars du peuple " habite maintenant à Toronto.

  • Pierre Lalongé - Abonné 17 septembre 2017 18 h 16

    Et la démocratie?

    J'imagine que les politiciens du Canada vont dénoncer ce hold up de la démocratie.

  • Serge Picard - Abonné 18 septembre 2017 12 h 52

    Le retour des facistes

    La suspension des institutions démocratiques et des libertés civiles en Catalogne.
    Franco est de retour en Espagne pendant que de la communauté Européenne ferme les yeux.
    Le retour des facistes des mauvais souvenir et du même scénario de la guerre civile Espagnol saison 2.