Barcelone: treize ans après, le fantôme des attentats de Madrid

Le drapeau espagnol était en berne vendredi devant le palace Cibeles Palace à Madrid.
Photo: Gabriel Bouys Agence France-Presse Le drapeau espagnol était en berne vendredi devant le palace Cibeles Palace à Madrid.

Tous les Espagnols ont en tête ce code : 11M. Le 11 mars 2004, dix bombes explosent à quelques minutes d’intervalle, tôt le matin, dans des trains de banlieue à la gare d’Atocha, en plein coeur de Madrid ou à proximité. Le bilan est de 191 morts et près de 1900 blessés : des banlieusards qui se rendaient au travail.

Dix-sept nationalités sont représentées parmi les décès. Trois autres objets explosifs (des sacs à dos remplis de dynamite) avaient pu être désamorcés. Tout juste deux ans et demi après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, l’Europe réalisait qu’elle n’était pas immunisée contre la terreur.

La capitale espagnole subissait l’action terroriste la plus meurtrière commise sur le continent depuis 1988, quand un avion de ligne avait explosé au-dessus du village de Lockerbie, en Écosse. Les 270 personnes à bord avaient péri.

Vingt-neuf accusés

Quatre semaines après l’attentat multiple, sept membres présumés du commando poseur de bombes étaient assiégés dans un immeuble de Leganés, en périphérie de Madrid. Tous étaient morts en faisant exploser l’appartement au moment où la police donnait l’assaut.

L’enquête permettra l’arrestation de dizaines de suspects liés à la mouvance djihadiste, accusés d’aide logistique ou encore complices dans la vente d’explosifs.

En octobre 2007, 29 accusés comparaîtront devant l’Audience nationale, compétente pour les affaires de terrorisme.

Vingt seront condamnés, dont l’un à 42 924 années de réclusion, puisqu’en droit espagnol, les condamnations s’additionnent, même si la peine maximale est fixée à 40 ans. Malgré une revendication sur vidéocassette au nom d’al-Qaïda en Europe, aucun lien ne pourra être fait lors du procès avec une structure organisée supranationale.

Le 11M a durablement marqué l’Espagne. Il a d’abord précipité la chute du gouvernement conservateur de José María Aznar. Trois jours après l’attentat, lors d’élections législatives où le Partido Popular (PP) partait clairement favori, le Parti socialiste (PSOE) de José Luis Rodriguez Zapatero a obtenu la majorité et forme le nouveau gouvernement.

Les électeurs sanctionnaient la droite qui, durant presque toute la journée des attentats, avait affirmé sans preuve que l’action portait la signature des Basques d’ETA. Le 11M a aussi eu pour effet d’ouvrir le débat au sein du groupe séparatiste, démarche qui a abouti en 2011 à l’abandon de la violence armée.

Le premier geste du gouvernement de gauche avait été d’annoncer le retrait des troupes espagnoles engagées dans la coalition militaire en Irak, mandatée par l’ONU et placée sous commandement des États-Unis.

1 commentaire
  • Anne Marguet - Abonnée 19 août 2017 12 h 09

    Coalition militaire en Irak

    L'article fait référence aux conséquences des attentats du 11 mars 2004 en Espagne et, entre autres, au «retrait des troupes espagnoles engagées dans la coalition militaire en Irak, mandatée par l’ONU». Or, il me semblait que l'intervention militaire en Irak en 2003 n'était pas sous mandat de l'ONU, certains membres permanents du Conseil de Sécurité (dont la France) ayant menacé d'utiliser leur droit de veto pour s'opposer aux États-Unis.
    Avez-vous des précisions quant au mandat de l'ONU? Merci.