À Hambourg, le G19… et Donald Trump

Des manifestations contre le sommet ont secoué Hambourg durant tout le week-end.
Photo: Axel Heimken Agence France-Presse Des manifestations contre le sommet ont secoué Hambourg durant tout le week-end.

Climat, commerce international et même protocole : les États-Unis étaient plus que jamais isolés lors du sommet annuel des 20 plus grandes économies du monde, qui s’est tenu vendredi et samedi dans la ville allemande.

Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, Donald Trump a déroulé, dimanche matin sur Twitter, son bilan du G20 de Hambourg : « Un grand succès pour les États-Unis — [j’ai] expliqué que les États-Unis devaient réparer les nombreux mauvais accords qui ont été passés. Ce sera fait ! »

Pourtant, ce sommet annuel du groupe des 20 plus grandes économies de la planète (19 pays, de l’Arabie Saoudite à la Turquie en passant par la Chine et le Canada, plus l’Union européenne), qui se tenait vendredi et samedi à Hambourg, a mis à nu le fossé qui sépare les États-Unis de Trump du reste du monde. Les divergences étaient visibles entre Washington et ses partenaires, sur des questions aussi vastes et prégnantes que le changement climatique ou le commerce international. Ce dimanche, la presse américaine insiste sur « l’ampleur des désaccords » au G20, où « un gouffre s’est ouvert entre les États-Unis et le reste du monde » (Washington Post), où « Donald Trump s’est illustré en [leader] nationaliste, unilatéraliste et protectionniste », « s’aliénant des alliés et faisant ressembler les États-Unis à une île privée » (New York Times).

« Il y a eu peu d’éléments rassurants dans ce G20 pour ceux qui auraient voulu une approche plus traditionnelle de l’administration américaine, notamment sur la question du climat ou du commerce international, note Ian Lesser, vice-président du German Marshall Fund. Une chose est claire : les États-Unis et leurs alliés ne sont pas sur la même longueur d’onde. »

Climat

Ce dernier G20 souligne une érosion notable du leadership américain, longtemps maître de l’ordre du jour de ces sommets depuis leur création en 2008. Les observateurs, experts et ONG parlent désormais sans détour de « G19 » pour décrire le pas de côté des États-Unis. Une appellation que tempère Ian Lesser : « Un G20 sans les États-Unis n’aurait plus beaucoup de sens. » Un isolement que ne cache même pas le communiqué final du G20, normalement plus petit dénominateur commun des puissances participantes.

« Nous prenons note de la décision des États-Unis d’Amérique de se retirer de l’accord de Paris », affirme le texte, qui indique que les États-Unis vont « immédiatement cesser » la mise en oeuvre des engagements pris par Barack Obama en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Un paragraphe plus loin, le communiqué souligne le front commun formé par les autres puissances sur la question climatique, précisant que pour leurs dirigeants, « l’accord de Paris est irréversible ». Ils s’accordent même, grâce au « Climate and Energy Action Plan », sur une liste d’étapes dans la transition vers une énergie propre.

L’administration Trump s’est également distinguée en insistant sur la défense du droit à l’utilisation des énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz) les plus polluantes, et dont l’extraction et la combustion contribuent au réchauffement mondial. Le texte du communiqué final indique en effet que les États-Unis vont aider d’autres pays dans le monde à « avoir accès et à utiliser des énergies fossiles ». De manière « plus propre », certes, mais totalement contradictoire à l’objectif de l’accord de Paris — atteindre une économie moins dépendante au carbone.

Cette question a suscité de vifs débats, l’accord de Paris reposant sur la bonne volonté des États à respecter leurs engagements en termes de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. L’hôte du sommet, la chancelière allemande Angela Merkel, ne s’en est pas cachée, indiquant que les discussions avaient été par moment « difficiles », et qualifiant la position américaine sur ce sujet de « regrettable ».

Commerce international

Sur le commerce mondial, notamment entre pays développés et puissances émergentes (la raison d’être initiale du G20), Trump a là encore joué cavalier seul. Et rendu la discussion conflictuelle, après ses critiques contre l’Organisation mondiale du commerce et les excédents commerciaux de certains pays. En toute cohérence avec son protectionnisme revendiqué, son fameux slogan « America First », et ses critiques réitérées du multilatéralisme tant diplomatique qu’économique. Voir tous ces « bad deals » dénoncés par le président américain, ou les nombreuses réunions bilatérales menées par Trump.

Et notamment sa toute première rencontre avec le président russe, Vladimir Poutine, qui a en partie éclipsé le sommet lui-même. Évoquant sur Twitter ce dimanche matin les accusations d’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine de 2016, Trump a semblé prêter plus de crédit à Poutine qu’aux services de renseignements américains : « J’ai fermement interrogé le président Poutine à deux reprises sur son intervention dans notre élection, a affirmé Donald Trump. Il l’a catégoriquement niée. » Le président américain assure même vouloir créer une entité de lutte contre le cyberespionnage… avec la Russie.

Malgré son isolement au G20, Washington a réussi à infléchir notablement la rédaction du communiqué : « Nous conserverons des marchés ouverts tout en notant l’importance d’un commerce réciproque et mutuellement avantageux et d’un cadre d’investissement et du principe de non-discrimination. » Insistant, comme le veut la tradition, sur la lutte contre le protectionnisme, le G20 reconnaît pour la première fois le droit des pays victimes de pratiques de dumping à recourir à « des instruments légitimes de défense commerciale ». « Personne ne souhaite que ces sommets soient vus comme un désastre, il y a toujours des compromis qui sont faits, note Ian Lesser. Mais cela montre bien qu’il y a des approches philosophiques profondément différentes. Le fossé n’a jamais été aussi grand, notamment entre les États-Unis de Trump et l’Europe. »

Faux pas

Dans cet esprit, Donald Trump a également remporté une victoire sur la question du commerce de l’acier. Le texte du communiqué final du G20 évoque en effet la nécessité de réduire les surcapacités dans ce secteur, après les menaces brandies par Washington d’imposer des mesures protectionnistes contre la Chine et l’Union européenne.

Le président américain s’est, enfin, distingué par un faux pas protocolaire largement commenté. Lors d’une session de travail des chefs d’État et de gouvernement sur le partenariat avec l’Afrique, sa conseillère et fille, Ivanka Trump, a remplacé son père, qui s’éclipsait pour des réunions parallèles, et a pris place entre la Première ministre Theresa May et le président chinois Xi Jinping.


 
2 commentaires
  • Jean-Marc Simard - Abonné 10 juillet 2017 02 h 09

    erreur

    erreur dans le titre: Lire fracture et non facture

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 10 juillet 2017 09 h 34

      Effectivement...
      Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt...