Les dirigeants du G20 ont trouvé un compromis sur le climat

La chancelière allemande Angela Merkel
Photo: Patrik Stollarz Agence France-Presse La chancelière allemande Angela Merkel

Les dirigeants des grandes puissances mondiales ont fait samedi des concessions à Donald Trump sur les sujets très sensibles du commerce et du climat, dans l’espoir de le maintenir dans le giron du G20.

 

La déclaration finale adoptée après deux jours de sommet sous haute tension à Hambourg, en Allemagne, en permanence ponctué de manifestations souvent violentes, porte la marque des controverses entre le nouveau gouvernement américain et le reste du monde.

 

Concernant le climat, le G20 a pris acte de la sortie des États-Unis de l’Accord de Paris de lutte contre le réchauffement climatique et de leur isolement sur la question : tous les autres pays considèrent dans le texte que cet accord international est « irréversible ».

 

« Là où il n’y a pas de consensus, le communiqué final souligne les divergences », a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel.

La Turquie a toutefois dans la foulée lézardé ce front uni, menaçant de ne pas ratifier l’accord sur le climat.

 

« Après la décision prise par les États-Unis, notre position va dans la direction d’une non-ratification par le parlement », a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan à la presse à Hambourg.
 

Il affirme que la France, au moment de la signature de l’Accord de Paris, a promis à la Turquie des compensations financières qui ne se sont pas encore concrétisées.

 

Énergies fossiles

 

Dans le même temps, les États-Unis de Donald Trump obtiennent le blanc-seing du G20 pour suivre une politique divergente.
 

Le texte dit qu’ils vont aider d’autres pays dans le monde à « avoir accès et à utiliser des énergies fossiles ».

 

Une politique largement à contre-courant de l’objectif de l’ONU d’une économie moins gourmande en carbone, même s’il est précisé par le G20 que ces énergies fossiles seront utilisées de manière « plus propre ».

 

Concrètement, il s’agit surtout pour les États-Unis de vendre leur gaz de schiste.

 

Ce point du compromis a fait l’objet d’âpres débats car plusieurs États redoutent « un effet de contagion », souligne un diplomate. Mais c’était le prix à payer pour maintenir le lien au sein du forum avec Washington.

 

Le président russe Vladimir Poutine a parlé d’un compromis « optimal » sur le climat et son homologue français Emmanuel Macron a dit ne pas avoir perdu espoir de « convaincre » Donald Trump de changer un jour d’avis.

 

Le chef de l’État français a annoncé convoquer un sommet sur le climat en décembre en France, deux ans après l’Accord de Paris.

 

Antidumping

 

En matière commerciale, le président américain inquiète depuis des mois ses principaux partenaires par ses velléités protectionnistes, illustrées par son slogan permanent sur « l’Amérique d’abord ».

 

Au sommet du G20, les États-Unis ont finalement accepté de se rallier dans la déclaration finale à une condamnation du « protectionnisme ».

 

Mais en échange, le sommet des vingt plus grandes économies mondiales reconnaît pour la première fois le droit des pays victimes de pratiques de dumping de recourir à « des instruments légitimes de défense commerciale ».

Les États-Unis ne sont pas les seuls à se féliciter de cette évolution.

 

Emmanuel Macron en particulier livre bataille en plaidant pour une « Europe qui protège », notamment à l’égard de la Chine.

 

« Cela reflète assez bien la position qu’on défend, lutte contre le protectionnisme et lutte contre le dumping, c’est une position qui nous va bien », résume une source proche de la présidence française.

 

Thomas Bernes, du centre de recherche sur les relations internationales CIGI, dénonce un « recul » du G20. « Un signal clair contre le protectionnisme pour lutter contre la crise devient un signal mitigé », dit-il.

 

« Débâcle »

 

Le G20 de deux jours a été pour le reste dominé par la toute première rencontre entre Donald Trump et son homologue russe, qui tous deux espèrent désormais une amélioration de leurs relations.

 

Le programme du président américain a été suivi à la loupe. Il a provoqué l’étonnement samedi en se faisant remplacer par sa fille à une réunion.

 

Électrique dans les salles de réunion, le sommet a été encore plus mouvementé à l’extérieur avec de violents affrontements dans la rue pendant plusieurs jours, qui ont fait des dizaines de blessés.

 

Certains quartiers de Hambourg offrent un spectacle de désolation, avec voitures calcinées et restes de barricades.

 

Et de nouveaux heurts ont même éclaté aux premières heures de la journée dimanche, au lendemain donc de la fin du G20, avec de nouvelles voitures incendiées par les manifestants, regroupés dans le quartier de Schanzen, bastion local de la gauche radicale.

 

La police a annoncé de nouveaux blessés dans ses rangs et de nouvelles arrestations. Le dernier bilan donné par la police samedi faisait état de 213 policiers blessés depuis jeudi, et de 143 personnes interpellées. Le nombre des manifestants blessés n’était pas encore connu avec précision.

La chancelière fait à cet égard l’objet de vives critiques dans son pays, où il lui est reproché d’avoir organisé un tel sommet en plein centre-ville.

 

« À Hambourg, l’État a échoué », assène samedi le journal le plus lu d’Allemagne, Bild, ajoutant que « cette débâcle est aussi sa débâcle ».

Le G20 au Japon en 2019 et en Arabie saoudite en 2020

La présidence tournante du G20 passera au Japon en 2019 et en Arabie saoudite en 2020, selon le communiqué final du sommet de Hambourg, l’édition 2018 étant elle déjà prévue en Argentine.


« Nous avons hâte de nous retrouver de nouveau en Argentine en 2018, au Japon en 2019 et en Arabie saoudite en 2020 », écrivent les chefs d’État et de gouvernement des pays les plus puissants du monde, dans leur communiqué final.

La présidence tournante du G20 permet à chaque pays de mettre à l’agenda les thèmes qui lui tiennent à cœur.


La présidence allemande a par exemple mis en avant un partenariat de développement avec certains pays africains.


En 2015, la Turquie avait abordé la problématique des réfugiés et l’Australie avait insisté sur les besoins d’infrastructures.

Le G20 regroupe les 20 pays économiquement les plus riches du monde. Initialement créé comme une structure de réponse à la crise financière, il est en train de se transformer peu à peu pour élargir ses thèmes hors du champ économique.



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