Pluies acides, pollution, usure… le cri d’alarme de Notre-Dame de Paris

Il faut, au bas mot, 100 millions d’euros (150 millions $CAN) sur 20 ans pour assumer les travaux que nécessite la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Photo: Martin Bureau Agence France-Presse Il faut, au bas mot, 100 millions d’euros (150 millions $CAN) sur 20 ans pour assumer les travaux que nécessite la cathédrale Notre-Dame de Paris.

La liste des travaux à mener d’urgence s’allonge et l’État français aura du mal à y faire face seul : victime de la pollution, des intempéries et de l’usure du temps, la cathédrale Notre-Dame de Paris sonne l’alarme afin que des mécènes, notamment américains, se portent à son chevet.

Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, le monument historique le plus visité d’Europe (12 à 14 millions d’entrées par an), joyau de l’architecture gothique des XIIe-XIVe siècles, domine l’île de la Cité de ses tours et de sa façade resplendissantes.

Passé ce décor, d’autres parties extérieures sont dans un état moins reluisant.

Ici, des gargouilles, ces gouttières médiévales, ont perdu leur tête et arborent d’inélégants tuyaux en PVC pour l’évacuation des eaux. Là, une balustrade de pierre a disparu, remplacée par une planche de bois. Là encore, un pinacle est en ruine, la pierre a fondu à la façon d’une boule de glace, le montant d’un vitrail est rongé… Dans les hauteurs, sous les arcs-boutants qui soutiennent la cathédrale, des éléments décoratifs qui se sont détachés ont été déposés par précaution et forment de petits cimetières de pierres.

L’État, propriétaire de l’édifice, lui consacre déjà annuellement 2 millions d’euros (près de 3 millions $CAN).

150 millions sur 20 ans

Il s’est même engagé à verser un euro de subvention supplémentaire par euro de mécénat recueilli par la Fondation Avenir du Patrimoine à Paris, dans la limite de 4 millions par an de contribution publique, aux termes d’un accord-cadre signé début mai à l’Élysée, siège de la présidence française.

Responsable de la communication de la cathédrale et amoureux de l’édifice, dont il connaît le moindre recoin, André Finot s’est mis en tête de trouver de nouveaux mécènes.

« Il y a vraiment urgence », confie-t-il à l’AFP en désignant les dégâts causés par la pollution de l’air et les pluies acides, tout en saluant l’apport constant de l’État. « On se rend compte que ce n’est pas assez. » Il faut, au bas mot, 100 millions d’euros (150 millions $CAN) sur 20 ans et 150 millions (222 millions $CAN) sur 30 ans pour assumer les travaux nécessaires.

D’où l’idée de chercher de l’argent ailleurs, avec un fonds français ad hoc créé auprès de la Fondation Avenir du Patrimoine à Paris.

« On va quand même faire appel aux Français : il faut qu’ils aient conscience du patrimoine incroyable dont ils disposent », souligne André Finot, rappelant que la cathédrale, bien qu’affectée au culte catholique, « est ouverte à tout le monde ».

Surtout, une fondation de droit américain, Friends of Notre-Dame de Paris, vient d’être créée pour toucher aux États-Unis un public « qui a la culture du don et est très attaché à ce monument ».

Les touristes d’outre-Atlantique sont particulièrement attachés à Quasimodo et aux autres personnages — immortalisés par le cinéma et la comédie musicale — sortis de l’imaginaire de Victor Hugo, dont le roman Notre-Dame de Paris (1831) a amplifié le mouvement en faveur de la restauration de la cathédrale au XIXe siècle.

Aujourd’hui, la flèche dressée sur les quatre piliers du transept a besoin d’une coûteuse restauration. Impressionnante avec ses 93 mètres de haut et ses 250 tonnes de plomb, elle souffre de « problèmes de couverture, et la pluie risque d’attaquer la charpente », commente Marie-Hélène Didier, conservatrice générale du patrimoine.