Envolées, les mesures impopulaires de May

La reine Élisabeth II a présenté mercredi au Parlement le programme du gouvernement de Theresa May.
Photo: Arthur Edwards Pool Agence France-Presse La reine Élisabeth II a présenté mercredi au Parlement le programme du gouvernement de Theresa May.

La reine Élisabeth II a présenté mercredi au Parlement le programme du gouvernement de Theresa May, expurgé de toute mesure qui fâche et orienté vers le travail colossal qui attend le pays pour sortir de l’Union européenne.

Lors de ce discours, écrit par le gouvernement mais traditionnellement lu par la souveraine, aucune mention n’a été faite d’une visite d’État du président américain Donald Trump, jetant le doute sur sa tenue, initialement prévue à l’automne.

La plupart des mesures sociales impopulaires contenues dans le programme électoral du Parti conservateur de Mme May ont été abandonnées dans cette feuille de route du gouvernement pour les deux ans à venir. Entre-temps, la première ministre a perdu sa majorité absolue à l’issue des législatives anticipées du 8 juin.

La suppression des repas gratuits pour les écoliers britanniques ? Le projet de financer les soins liés à la dépendance des personnes âgées par un prélèvement sur les successions ? La réintroduction de la chasse au renard ? Envolés.

Brexit mou ?

« La priorité de mon gouvernement est de garantir le meilleur accord possible alors que le pays quitte l’Union européenne », a dit la reine, se faisant porte-parole de Mme May.

Elle a ajouté que le gouvernement britannique chercherait « à construire le consensus le plus large possible sur l’avenir du pays hors de l’Union européenne » alors que le gouvernement est divisé sur la question.

Theresa May prônait avant son échec électoral un Brexit sans concession, avec sortie du marché unique et contrôle des frontières pour limiter l’immigration européenne, mais son échec remet en question cette ligne dure.

Le programme définit une législation pour sortir le pays de l’UE, forte de huit lois sur les vingt-sept au total présentées par le gouvernement, destinée à abolir le Code de la loi de 1972 qui avait incorporé le droit européen au droit britannique et à créer de nouvelles règles en matière de commerce, d’immigration, de pêche ou encore d’agriculture.

Après la série d’attentats qui a endeuillé le pays et le terrible incendie de la tour Grenfell de Londres qui a fait 79 morts, le projet de créer une force d’intervention spéciale en cas de catastrophe a été annoncé, ainsi qu’une nouvelle commission pour lutter contre l’extrémisme. Mme May veut aussi réviser la stratégie antiterroriste.

Faute d’avoir pleinement la main sur le Parlement, le gouvernement peut à présent essuyer un camouflet lors d’un vote de confiance programmé le 29 juin, après plusieurs jours de débats parlementaires.

Avec 317 sièges sur 650, les conservateurs doivent désormais compter sur le soutien des dix députés du petit parti ultraconservateur nord-irlandais DUP pour atteindre la majorité absolue. Mais un accord de gouvernement avec le DUP tarde à se concrétiser.

Excuses

Hors du parlement, un millier de personnes ont défilé jusqu’à Downing Street pour appeler à « faire tomber le gouvernement », réclamant aussi « justice » pour les sinistrés de la tour Grenfell. Ceux-ci ont accusé les autorités de ne pas avoir pris la mesure du drame et d’avoir ignoré leurs avertissements sur les conditions de sécurité de l’immeuble. Fait rare, Theresa May a dans la foulée présenté devant le Parlement ses « excuses » pour la façon dont les autorités sont initialement venues en aide aux victimes, reconnaissant un « échec ».

Le quotidien conservateur The Times qualifiait mercredi la formation de Mme May de « gouvernement de zombie », affirmant qu’elle est « tellement affaiblie qu’elle ne peut pas arbitrer les querelles entre ses ministres », sur fond de grogne grandissante de la population quant à sa stratégie concernant le Brexit.