Décès de Helmut Kohl, père de l’Allemagne unifiée et Européen convaincu

Le chancelier allemand Helmut Kohl prend un bain de foule en septembre 1990 parmi des centaines d’Allemands de l’Est réunis à la place de la Paix avant les élections de l’Allemagne de l’Est.
Photo: Mark-Olivier Multhaup Agence France-Presse Le chancelier allemand Helmut Kohl prend un bain de foule en septembre 1990 parmi des centaines d’Allemands de l’Est réunis à la place de la Paix avant les élections de l’Allemagne de l’Est.

Helmut Kohl, père de la réunification allemande 45 ans après la Deuxième Guerre mondiale, pilier de la construction européenne et détenteur du record de longévité à la chancellerie (1982-1998) dans l’Allemagne moderne, est mort vendredi à 87 ans.

Il « a été une chance pour tous les Allemands, et […] a aussi changé ma vie de manière décisive », a déclaré la chancelière Angela Merkel au sujet de son mentor en politique.

« Il restera dans nos mémoires comme un grand Européen, comme le chancelier de l’unité » du pays, a-t-elle dit de Rome, où elle doit rencontrer le pape François samedi.

Helmut Kohl avait pris sous son aile Mme Merkel, qui a grandi en RDA (l’Allemagne de l’Est communiste), après la réunification. Elle finira par l’évincer en 1999 pour lui succéder à la tête de son parti conservateur, la CDU, à l’issue d’une bataille interne. Le chancelier ne le lui pardonnera jamais.

Le quotidien populaire Bild, le premier à avoir annoncé le décès et dont la direction était très proche de l’ex-chancelier, a précisé qu’il s’était éteint vendredi matin « dans sa maison de Ludwigshafen », dans le sud-ouest de l’Allemagne.

Selon ce journal, il est mort « paisiblement » avec à ses côtés sa seconde épouse, Maike Kohl-Richter. « Il n’allait pas bien depuis plusieurs jours », poursuit-il.

« Artisan de l’Allemagne unie et de l’amitié franco-allemande : avec Helmut Kohl, nous perdons un très grand Européen », a déclaré le président français Emmanuel Macron.

« Très affecté », le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a perdu « un ami personnel », selon son porte-parole.

L’ex-chancelier avait été notamment, avec le président français d’alors, François Mitterrand, l’un des initiateurs de l’Union économique et monétaire qui conduira à l’euro. Il a aussi jeté les bases de l’élargissement de l’UE vers l’est après la fin de la guerre froide.

Santé défaillante

Helmut Kohl, en très mauvaise santé depuis des années et cloué dans un fauteuil roulant depuis 2009, avait notamment souffert d’un accident vasculaire cérébral et s’était cassé la hanche. Il apparaissait peu en public et avait de graves difficultés d’élocution.

L’ex-chancelier restera dans l’histoire pour avoir forcé la main des dirigeants soviétique et américain Mikhaïl Gorbatchev et George H. W. Bush, mais aussi de ses alliés européens, afin que la RDA rejoigne la RFA en 1990, moins d’un an après la chute du mur de Berlin.

« C’était sans aucun doute une personnalité exceptionnelle, qui laissera son empreinte dans l’histoire allemande, européenne et internationale », a déclaré M. Gorbatchev.

M. Bush a salué « un vrai ami de la liberté » et « l’un des plus grands leaders de l’Europe d’après-guerre ».

Le président russe, Vladimir Poutine, a rendu hommage à un « partisan du développement des relations amicales entre nos deux pays ».

M. Kohl avait permis la fin de l’occupation militaire de l’Allemagne, imposée par les quatre puissances victorieuses du nazisme à partir de 1945, favorisant ainsi l’émergence d’une Allemagne forte sur la scène internationale.

Pourtant, quand à 52 ans il prend la tête en 1982 du gouvernement de l’Allemagne de l’Ouest, il est la cible de railleries pour son côté rustique et provincial. Personne n’aurait alors parié que ce fils d’un fonctionnaire du fisc, issu d’une famille de la petite-bourgeoisie catholique de Ludwigshafen, entrerait dans la mémoire collective européenne.

Mais le 9 novembre 1989, le mur de Berlin s’effondre et le chancelier conservateur, alors contesté dans son propre parti (CDU), endosse, pour reprendre ses propres termes, « le manteau de l’Histoire ».

Vite, il perçoit l’appétit des Allemands de l’Est pour une unification des deux États et l’obtient, malgré les craintes qu’elle suscite.

Dans les rues de Berlin, les Allemands saluaient vendredi soir la mémoire d’Helmut Kohl, à l’image de Viktor Martens : « C’était un grand homme, qui a beaucoup fait pour l’Allemagne. Il a été l’un des plus grands hommes politiques de l’après-guerre », a-t-il déclaré à l’AFP.

Sa fin de carrière sera moins glorieuse, ternie par un scandale de caisses noires pour le financement de son parti. Il finira par reconnaître avoir recueilli des dons occultes et Angela Merkel en profitera pour prendre sa place.

Plus récemment, en avril 2016, Helmut Kohl a dénoncé la politique d’accueil de son ancienne protégée, qui a permis l’arrivée de près d’un million de migrants en 2015, et reçu le premier ministre hongrois Viktor Orban, farouche détracteur de la chancelière.

Les soubresauts de sa vie privée, étalés dans divers livres et journaux allemands — brouilles avec ses enfants, polémique sur le rôle de sa nouvelle femme, manière dont il a traité sa première épouse malade, Hannelore, qui s’est suicidée en 2001 —, ont achevé d’assombrir ses dernières années.


Les grandes dates de la vie d’Helmut Kohl

3 avril 1930 : naissance à Ludwigshafen (sud-ouest), dans une famille catholique et conservatrice de la petite bourgeoisie.

 

1959 : après des études d’histoire et de sciences politiques, il est élu au Parlement régional de Rhénanie Palatinat, sous l’étiquette de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), parti qu’il a rejoint pratiquement dès sa création, après-guerre.

 

12 juin 1973 : au cours d’un congrès à Bonn, M. Kohl devient le chef de la CDU.

 

1er octobre 1982 : il devient le 6e chancelier de la République fédérale d’Allemagne (RFA), à la suite du vote d’une motion de défiance au Bundestag (chambre basse du parlement) contre le chancelier social-démocrate Helmut Schmidt. Helmut Kohl sera réélu en 1983, 1987, 1990 et 1994 et détient le record de longévité à la tête du gouvernement en Allemagne depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale.

 

22 septembre 1984 : Helmut Kohl et François Mitterrand se recueillent, main dans la main, à Verdun, pour le 70e anniversaire du début de la Première guerre mondiale.

 

1986 : signature de l’Acte unique européen, dont Kohl et Mitterrand étaient les promoteurs, avec Jacques Delors, le président de la Commission européenne.

 

9 novembre 1989 : chute du Mur de Berlin.

 

28 novembre 1989 : le chancelier présente un plan en dix points pour aboutir à la réunification des deux Allemagne.

 

3 octobre 1990 : le pays divisé depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale est réunifié et Kohl devient le premier chancelier de cette nouvelle Allemagne à l’issue des élections législatives qui suivent, en décembre.

 

7 février 1992 : signature du Traité de Maastricht, créant l’Union économique et monétaire.

 

27 septembre 1998 : échec aux législatives. Kohl quitte le pouvoir après seize ans à la chancellerie et abandonne la tête de son parti.

 

novembre 1999 : début du scandale des caisses noires de la CDU qui conduira Kohl à payer deux ans plus tard une amende de 150 000 euros.

 

16 juin 2017 : Kohl meurt à Ludwigshafen.


1 commentaire
  • Michel Lebel - Abonné 17 juin 2017 06 h 24

    Image inoubliable!


    Image inoubliable que celle de Kohl et Mitterand se tenant par la main à Verdun, un 22 septembre 1984. Kohl, un grand Allemand et un grand Européen. L'Histoire ne l'oubliera pas.

    M.L.