Trump tance ses alliés de l'OTAN et refuse de s’engager

Le roi Philippe de Belgique, le président américain, Donald Trump, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, la chancelière allemande, Angela Merkel, et le premier ministre belge, Charles Michel, à leur arrivée à la cérémonie, jeudi.
Photo: Benoit Doppagne / Belga / Agence France-Presse Le roi Philippe de Belgique, le président américain, Donald Trump, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, la chancelière allemande, Angela Merkel, et le premier ministre belge, Charles Michel, à leur arrivée à la cérémonie, jeudi.

Donald Trump a bousculé jeudi ses partenaires de l’OTAN en réclamant qu’ils paient leur part, sans leur donner les gages espérés sur l’engagement américain à défendre l’Europe.

Le président américain a tancé ses pairs lors d’une cérémonie au nouveau QG de l’Alliance à Bruxelles, affirmant qu’ils devaient « d’énormes sommes d’argent » en raison du déséquilibre entre les budgets militaires des États-Unis et des pays d’Europe.

M. Trump s’est bien gardé de prononcer les mots rassurants que tout le monde attendait : un soutien explicite à l’« article 5 » de l’OTAN, qui prévoit que les alliés volent au secours d’un des leurs en cas d’agression extérieure.

En près de 70 ans, il est le premier président des États-Unis à refuser d’expliciter un tel engagement, inscrit dans le traité de Washington, soulignait Thomas Wright, chercheur à la Brookings Institution. « Ceci constitue un énorme choc pour les membres de l’OTAN », a-t-il estimé sur Twitter. Le président russe, Vladimir Poutine, avec lequel l’OTAN entretient des relations glaciales mais que M. Trump admire, « sera ravi », selon le chercheur.

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, s’est voulu rassurant à l’issue du sommet, tandis que M. Trump gagnait la Sicile pour une réunion du G7 à Taormina.

« Il n’a pas mâché ses mots », a admis M. Stoltenberg, mais « il a clairement exprimé son soutien à l’OTAN », se félicitant que le gouvernement Trump propose d’augmenter de 40 % les budgets alloués aux déploiements de soldats américains en Europe en 2018.

La cérémonie, durant laquelle le président américain a dévoilé un débris du World Trade Center, était l’occasion idéale pour que M. Trump s’engage publiquement en faveur de cette clause de défense collective puisqu’après les attentats du 11 septembre 2001 les États-Unis ont justement invoqué l’article 5.

Les diplomates à l’OTAN tenaient pour acquis qu’il saisirait cette occasion. Mais l’imprévisible locataire de la Maison-Blanche, qui a longtemps jugé l’OTAN « obsolète », a préféré réitérer ses exigences financières à l’égard de ses alliés.

Immigration

 

M. Trump les a exhortés à « éradiquer le terrorisme », après avoir demandé une minute de silence pour les victimes de l’attentat djihadiste de Manchester. « Nous devons être durs » et « vigilants » sur l’immigration, a martelé M. Trump, qui avait durement critiqué la chancelière allemande, Angela Merkel, pour avoir ouvert les bras aux réfugiés. « Des milliers et des milliers de personnes se répandent dans nos différents pays et se dispersent, et, dans de nombreux cas, nous ne savons pas qui elles sont. »

« Les membres de l’OTAN doivent enfin apporter une contribution équitable et remplir leurs obligations financières. C’est injuste pour les contribuables » américains, a-t-il reproché, soulignant que 23 des 28 pays membres ne payaient « toujours pas ce qu’ils devaient ».

M. Trump visait les pays de l’OTAN dont le budget militaire n’atteint pas 2 % du PIB, cap fixé pour 2024.

La première visite de M. Trump à Bruxelles avait démarré jeudi matin par un étalage de divergences avec l’Union européenne.

Que ce soit sur la Russie, avec laquelle les relations de l’OTAN et de l’UE sont glaciales depuis le début de la crise ukrainienne, sur le réchauffement climatique ou sur le libre-échange, difficile de trouver une « position commune », a reconnu le président du Conseil européen, Donald Tusk.

Poignée de main virile

Le président français, Emmanuel Macron, et son homologue américain, Donald Trump, ont échangé une insolite poignée de main jeudi à Bruxelles, longue et appuyée, interprétée par certains comme un moment de diplomatie virile. Ancienne vedette de téléréalité, M. Trump est connu pour secouer le bras de ses visiteurs avec une puissante poignée de main, mais le dirigeant français, 39 ans, semble avoir refusé de se laisser faire. Sous l’oeil d’une caméra, avant un déjeuner de travail à l’ambassade américaine à Bruxelles, M. Macron a résisté pendant cinq secondes au président américain, mâchoire serrée, le regard planté dans celui de son homologue. Plus tard, au moment de la photo de famille, Donald Trump s’est également fait remarquer en poussant sans ménagement — afin de se placer au premier rang — le premier ministre monténégrin Dusko Markovic, dont le pays s’apprête précisément à devenir le 29e membre de l’OTAN.
 


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