Inquiétude au FN après le retrait de Marion Maréchal-Le Pen

L’élue de 27 ans invoque des raisons personnelles, notamment sa «petite fille» de trois ans, mais aussi des «raisons politiques». Son grand-père, Jean-Marie Le Pen, a dénoncé sa «désertion».
Photo: Bob Edme Associated Press L’élue de 27 ans invoque des raisons personnelles, notamment sa «petite fille» de trois ans, mais aussi des «raisons politiques». Son grand-père, Jean-Marie Le Pen, a dénoncé sa «désertion».

Elle était restée muette depuis la soirée électorale de dimanche, où elle avait reconnu sa défaite face à Emmanuel Macron. Marine Le Pen est sortie du silence mercredi matin pour commenter le retrait de sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen : « Comme dirigeante politique, je regrette profondément la décision de Marion, mais hélas, comme maman, je la comprends », a déclaré l’ex-candidate du Front national sur Twitter. La jeune députée avait officialisé le matin même une décision révélée mardi par la presse.

« Je vous écris pour vous annoncer que je ne me représenterai pas aux élections législatives dans la troisième circonscription de Vaucluse », annonce-t-elle dans une lettre publique. L’élue de 27 ans y invoque des raisons personnelles, notamment sa « petite fille » de trois ans, mais aussi des « raisons politiques » : « Il faut prouver aux Français qu’il existe aussi des élus libres et désintéressés, refusant de s’accrocher coûte que coûte à leur statut ou leurs indemnités. » Marion Maréchal-Le Pen va également démissionner de son mandat de conseillère régionale de Provence-Alpes-Côte d’Azur, où elle présidait le groupe FN. Mais elle précise dans sa lettre qu’elle ne « renonce pas définitivement au combat politique ».

Raisons privées

Dans la foulée de Marine Le Pen, d’autres responsables frontistes ont voulu résumer ce retrait à sa dimension privée. « Marion a expliqué très clairement les raisons de son départ et elles sont personnelles », a affirmé Florian Philippot sur BFMTV. Même tonalité chez le sénateur David Rachline, directeur de campagne de Marine Le Pen : « C’est une décision pour des raisons privées, c’est une jeune maman », a-t-il expliqué sur Europe 1. Seul Jean-Marie Le Pen a dénoncé une « désertion » de la part de sa petite-fille.

Les raisons personnelles semblent bien avoir joué un grand rôle dans la décision de la députée. Entrée en politique à 22 ans sous la pression de son grand-père Jean-Marie Le Pen, celle-ci a régulièrement répété depuis son envie de « connaître autre chose ». Elle avait même envisagé d’annoncer son retrait dès le mois de décembre 2016, avant d’y renoncer pour ne pas perturber la campagne de Marine Le Pen.

Mais, selon son entourage, une certaine déception à l’égard du Front national serait aussi survenue dans ce choix. « Il y a aussi une grosse désespérance sur le niveau d’amateurisme du parti et de la campagne de Marine Le Pen, juge un soutien. L’impression de ne pas être écoutée lorsqu’il s’agit de définir la stratégie. Et la déception de voir que personne ne semble tirer les leçons de la présidentielle. »

Un point de vue partagé par d’autres au sein du parti et dont la direction frontiste, fragilisée après la large défaite de sa candidate, souhaite limiter l’expression.

Amateurisme

Depuis dimanche, de nombreux cadres et sympathisants du parti ont exprimé leur amertume après une campagne jugée ratée. La sortie de route de Marine Le Pen lors du débat du second tour a libéré la parole en interne, provoquant des critiques d’une rare virulence à l’égard de l’ex-candidate. Sous pression, celle-ci a promis dimanche une profonde « transformation » du parti. Beaucoup de frontistes espèrent que cette réforme facilitera l’expression des nuances internes, et notamment d’un courant droitier dont Marion Maréchal-Le Pen était, jusqu’ici, la principale figure.

Ce trouble interne s’est manifesté mardi au QG de campagne de Marine Le Pen. Selon nos informations, une réunion houleuse a rassemblé, dans la matinée, plusieurs conseillers de Marine Le Pen dans le bureau de celle-ci. « Ils se sont engueulés comme du poisson pourri, rapporte un frontiste. Ce qui s’est dit, c’est que la campagne était désordonnée, la stratégie mauvaise. Philippot en a pris pour son grade. » Dans l’après-midi, une plus large réunion s’est déroulée dans une ambiance « morne », selon un participant, avant que la décision ne soit prise de renvoyer le débat interne à l’après-législatives.

Autocritique

Dans ce contexte, le retrait de Marion Maréchal-Le Pen pourrait sembler une bonne nouvelle pour la direction frontiste, soulagée d’une potentielle frondeuse. Mais dans l’affaire, le Front national perd aussi l’une de ses figures les mieux connues, électoralement performante et particulièrement populaire auprès de la base du parti. « Marion va devoir affronter la colère et la déception de milliers de militants, estime un proche. Cela va être terrible pour elle, mais avec le recul, ils finiront par comprendre. La culture du parti et de sa présidente ne laisse aucune place à l’équilibre des forces, à l’autocritique et à l’expression des courants. »

Sur Twitter, mercredi, de nombreux frontistes adressaient un message de sympathie à Marion Maréchal-Le Pen : simples au revoir pour certains, considérations plus politiques pour d’autres. « Elle est arrivée en tête au congrès de Lyon en 2014, a commenté Pierre Cheynet, membre du Comité central frontiste. Qu’en a-t-on fait ? » Lors de ce congrès, le dernier en date, la députée avait effectivement été plébiscitée par les adhérents du parti, devançant nettement un Florian Philippot. Mais elle était ressortie de la réunion sans poste dirigeant : bande-annonce d’une guerre froide qui se sera prolongée trois ans.