France: une victoire sur fond de division

Plus de la moitié des Français ont dit ne pas vouloir que Macron ait une majorité absolue au parlement.
Photo: Emilio Morenatti Associated Press Plus de la moitié des Français ont dit ne pas vouloir que Macron ait une majorité absolue au parlement.

Malgré la majorité forte avec laquelle Emmanuel Macron a remporté le deuxième tour de l’élection présidentielle française, le nouveau président de la République est loin de faire l’unanimité chez ses compatriotes. En effet, on estime que près d’un électeur sur deux a voté pour lui afin de bloquer Marine Le Pen et non par conviction.

 

« Le fait qu’il y a eu environ 25 % d’abstentionnisme et que plus de 12 % des gens se sont déplacés pour déposer un bulletin de vote blanc, ça montre que beaucoup d’électeurs n’étaient pas convaincus par la candidature de Macron », estime Frédéric Mérand, directeur du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM).

Rassembler

Ainsi, le premier défi qui attend le nouveau président est de rassembler l’électorat en vue d’obtenir une majorité au parlement lors des élections législatives qui se tiendront le 11 et le 18 juin prochain. « C’est le troisième tour qui commence », souligne Louise Beaudoin, ancienne ministre des Relations internationales du Québec, qui a consacré une partie de sa carrière à la relation entre la France et la province.

« Dans son second discours, il a dit qu’il serait combatif pour obtenir cette majorité, note Julien Tourreille, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand et collaborateur au Devoir. Toutefois, les autres partis ne l’entendent pas de cette façon ; ils veulent prendre leur revanche aux législatives. » Le chercheur souligne que 61 % des Français ont dit ne pas vouloir que Macron ait une majorité absolue au parlement.

« Ce sera difficile, d’autant plus que son mouvement a juste un an et est peu structuré localement », ajoute Antoine Rayroux, professeur au département de sciences politiques de l’Université Concordia. Ce qui pourrait toutefois jouer en faveur du nouveau président est la conjoncture favorable dont il bénéficie actuellement. « Il y a un effet d’entraînement qui joue toujours en faveur du candidat qui a gagné la présidentielle », explique M. Rayroux.

Économie, Europe et terrorisme

Parmi les dossiers qui attendent le nouveau président, l’économie sera prioritaire. « La question de l’économie et du chômage, c’est sur quoi il sera jugé en fin de compte, dans cinq ans », affirme M. Toureille.

Le chômage touche durement certaines régions en France, bien que la situation se soit améliorée depuis un an. « Il a dit qu’il s’occuperait des plus démunis. Il ne faut pas qu’il donne l’impression qu’il n’y en a que pour les plus riches ou les gagnants de la mondialisation », souligne Mme Beaudoin.

Le terrorisme est aussi un enjeu inévitable dans une France qui a été la cible d’attentats ces dernières années. « Ils sont encore en situation d’urgence, c’est un défi considérable », ajoute celle qui a été nommée grande officière de la Légion d’honneur en février dernier.

Enfin, Emmanuel Macron a beaucoup misé sur l’Union européenne. « C’est le premier candidat à la présidentielle qui a autant mis l’accent sur son engagement pro-européen, affirme M. Mérand. C’est la carte qu’il a jouée contre Marine Le Pen. Il faut donc s’attendre à ce qu’il fasse des propositions assez audacieuses et qu’il joue un rôle important dans ce domaine. »

Liens avec le Canada

Le plus jeune président de la France, âgé de 39 ans, devrait bien s’entendre avec le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, notent les experts interrogés par Le Devoir. « Ils sont jeunes, photogéniques et croient tous les deux au libre-échange et à la mondialisation », indique Mme Beaudoin.

M. Rayroux note cependant un bémol : alors qu’Emmanuel Macron était le seul candidat à s’être clairement positionné en faveur de l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne, il a nuancé son discours après le premier tour de l’élection. « Il dit maintenant vouloir rassembler un comité d’experts pour évaluer les conséquences de l’accord, et ce, avant que la France ratifie l’entente. »

Le défi est plus grand en ce qui concerne le Québec, territoire francophone méconnu du nouveau président. « Est-ce qu’il va comprendre qu’il y a une relation directe et privilégiée qu’il faut entretenir ? » se questionne Mme Beaudoin.

À son avis, Roland Lescure, ancien vice-président de la Caisse de dépôt et placement du Québec qui a quitté son poste pour se consacrer au mouvement En marche !, pourrait jouer un rôle déterminant dans le développement de ces liens.

Fait à noter, selon M. Mérand, il ne faut pas s’attendre à ce que Macron soit proche des partis indépendantistes. « Le mouvement souverainiste va à l’encontre de ce qu’il promeut dans l’Union européenne », avance-t-il.

Montée du Front national

Avec son score historique, les experts s’attendent à ce que le Front national fasse élire davantage de députés aux élections législatives. « Le Front national va devenir une force politique extrêmement importante », note Frédéric Mérand, directeur du CERIUM.

Malgré ce score, l’expert croit qu’il y aura des débats à l’intérieur du parti entre les partisans de sa « dédiabolisation », qui visait à montrer un FN plus modéré pendant la campagne, et les purs et durs du parti.

Fait étonnant : ce score sans précédent semblait tenu pour acquis par les électeurs français. « On a vu très peu de gens manifester contre la présence du Front national au second tour, alors qu’en 2002, quand Jean-Marie Le Pen s’y était rendu, des centaines de milliers de personnes étaient descendues dans la rue », souligne Antoine Rayroux, professeur à l’Université Concordia.
4 commentaires
  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 8 mai 2017 04 h 19

    FIOU ! À 30% PRÈS ON A EU CHAUD !

    Le 7 mai, avec l'élection attendu de Macron, a pris fin le psychodrame de l'entre deux tours des présidentielles françaises. À l'aide de l'épouvantail du fascisme ménaçant et de la république en danger les vrais, les faux et les pseudo électeurs et électrices de Macron ont conjuré le FN, qu'il fallait battre, mais qui n'a jamais été en position de pouvoir penser emporter cette élection. On va donc pouvoir à nouveau critiquer Macron ! Pas si sûr! Dès hier soir, F. Bayrou, le petit nouveau visage de la politique, a enjoint les francais et françaises à être cohérents avec leur "choix clair". Après le "il faut sauver le soldat Macron de la menace FN" on commence à entendre, avec insistance, "il faut une majorité pour le président Macron"!. Après l'injonction de T Piketty " Plus le score de Macron sera élevé, plus cela voudra dire qu'on rejette son programme" on se demande si on n'entre pas dans une sorte de post-démocratie contre-représentative ? En France, les appels à plus de démocratie participative ou représentative semblent réservés aux périodes entre les élections. Pendant les élections c'est plutôt, et Melenchon en sait quelque chose, on attend les consignes des chefs et on suit les consignes des chefs! Mais cela ne doit pas empêcher de parler toujours aussi sérieusement de l'autolégislation des électreurs et électrices .
    Pierre Leyraud

  • Robert Bérubé - Abonné 8 mai 2017 10 h 13

    L'importance des mots...

    Madame Rousseau, votre papier qui relate les commentaires de diverses personnes qui s'intéressent à la politique française est intéressant mais m'a fait tiquer losque vous dites que Louise Beaudoin "a consacré une partie de sa carrière à la relation entre la France et la province"...Pourquoi ne pas dire "le Québec". De toute évidence, il n'y a pas que Macron qui soit éloigné du mouvement souverainiste lorsque l'on s'abstient de nommer un chat un chat!

  • Raymond Labelle - Abonné 8 mai 2017 11 h 05

    Comité d'experts sur l'accord Canada-UE

    « Il dit maintenant vouloir rassembler un comité d’experts pour évaluer les conséquences de l’accord, et ce, avant que la France ratifie l’entente. »

    Tiens, on n'avait pas évalué les conséquences de l'accord avant de le signer?

    À moins qu'il ne s'agisse d'un exercice pour montrer à la population que l'accord est favorable aux deux parties, question de mettre tout le monde à l'aise avant la ratification. Je le dis sans cynisme - c'est peut-être vrai.

    Il est certain que chaque partie a dû lâcher un morceau - un accord qui n'est que favorable à une partie et qui n'est que défavorable à l'autre a peu de chances d'être signé...

    Les détracteurs de chaque côté de la flaque pourraient mettre l'accent sur les morceaux lâchés, mais il faut voir l'ensemble du portrait.

  • Serge Lamarche - Abonné 8 mai 2017 13 h 45

    Canada français

    Les québécois ignorent trop le fait français hors-Québec et ils ne s'aident pas ce faisant. Quand on vit à l'extérieur, cela fait un effet semblable que les anglais faisant du "french bashing". Ça divise un groupe qui a de plus en plus besoin d'unité.