Présidentielle française: Macron haut la main

À 39 ans, Emmanuel Macron est le plus jeune président de l'histoire récente de la France. 
Photo: Patrick Kovarik Agence France-Presse À 39 ans, Emmanuel Macron est le plus jeune président de l'histoire récente de la France. 

Emmanuel Macron aura finalement remporté son pari fou. Après une campagne totalement atypique, il a facilement gagné ce second tour de l’élection présidentielle française avec 66 % des voix contre 34 % pour la candidate du Front national, Marine Le Pen. À 39 ans, il devient le plus jeune président de la Ve République et même de l’histoire récente de la France.

Emmanuel Macron l’emporte cependant avec un taux d’abstention historique de 26 % et plus de quatre millions de votes blancs. Un record ! Au terme d’une campagne rocambolesque, cette élection que d’aucuns annonçaient comme un nouveau Brexit ou une réédition de celle de Donald Trump, annonce de toute évidence une refondation de la vie politique française.

   

« Rien n’était écrit », a dit d’entrée de jeu celui qui était pratiquement inconnu il y a cinq ans et dont le mouvement, En marche !, a été créé il y a un an à peine. Loin du triomphaliste qui lui avait été reproché après le premier tour, Emmanuel Macron a voulu mettre cette victoire sous le signe de l’humilité. « Durant les cinq années qui s’ouvrent, ma responsabilité sera d’apaiser les peurs, a-t-il déclaré. Ma responsabilité sera de rassembler toutes les femmes et tous les hommes prêts à affronter les défis gigantesques qui nous attendent. »

Alors que cette élection a révélé une fracture profonde à la fois géographique et sociale en France, Emmanuel Macron dit vouloir se battre de toutes ses forces « contre la division qui nous mine et nous abat. C’est ainsi que nous pourrons rendre au peuple français […] les chances que la France lui doit ».

Son et lumière au Louvre

Dans une scénographie digne de François Mitterrand marchant en 1981 vers le Panthéon, Emmanuel Macron est arrivé à pied au Carrousel du Louvre sur les notes de l’hymne européen. Devant la célèbre pyramide dessinée par Ieoh Ming Pei, il a livré un message plus personnel et fait monter sa famille sur scène comme on le fait aux États-Unis, mais traditionnellement pas en France.

« Oui, ce soir, la France l’a emporté, a-t-il déclaré. Ce que nous avons fait depuis tant de mois n’a ni précédent ni équivalent. » Le nouveau président a dit avoir conscience de ne pas jouir d’un « blanc-seing » de la part de ceux qui ont d’abord voté contre Marine Le Pen. Il a ensuite dit respecter ceux qui avaient voté pour la présidente du FN. « Je ferai tout durant les années qui viennent pour qu’ils n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes », a-t-il conclu.

 
Photo: Patrick Kovarik Agence France-Presse Les partisans d’Emmanuel Macron ont fêté sa victoire au coeur de Paris, dimanche. Dans la capitale, près de 90 % des électeurs ont appuyé le candidat centriste.

Dès 20 heures, le président François Hollande a applaudi et tweeté sa joie de voir son ancien ministre l’emporter. Un peu plus tôt, alors que les partisans d’Emmanuel Macron s’amoncelaient au Carrousel du Louvre au son du groupe Magic System, ceux de Marine Le Pen s’étaient regroupés dans un restaurant du parc de Vincennes.

« Par ce résultat historique et massif, les Français ont fait de l’alliance des patriotes la première force d’opposition, a-t-elle déclaré. […] Les formations politiques qui ont pris la responsabilité d’élire M. Macron se sont discréditées elles-mêmes. Ce second tour organise une recomposition politique entre patriotes et mondialistes. C’est ce grand choix qui sera soumis aux Français lors des législatives. Je serai à la tête du combat. »

Un nouveau FN

La présidente du FN, qui a plus que doublé le score de son père en 2002, annonce la formation d’un nouveau parti politique. Un projet qu’elle caressait depuis longtemps et qui lui permettrait de rompre définitivement avec le passé d’extrême droite du FN. « Je proposerai donc d’engager une transformation profonde de notre mouvement afin de constituer une nouvelle force politique que de nombreux Français appellent de leurs voeux », a-t-elle déclaré. Cet entre-deux tours aura d’ailleurs été l’occasion pour le FN d’une alliance nouvelle avec le petit parti souverainiste de Nicolas Dupont-Aignan, Debout la France !
 

Extrait de l'allocution de Marine Le Pen

 

Sur les ondes de France 2, ce dernier a affirmé que si « le nouveau président est très jeune, […] la politique qu’il va mener est très vieille ». Selon lui, si Marine Le Pen est battue, « elle n’est pas abattue » et devrait s’imposer comme le nouveau chef de l’opposition.

Fait inusité, le président de la France insoumise, le candidat d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon, qui n’avait pas appelé à voter pour Emmanuel Macron, a souhaité s’exprimer. « Ce soir s’achève la présidence la plus lamentable de la Ve République », a-t-il déclaré, avant de fustiger le programme du « nouveau monarque présidentiel » qui annonce, dit-il, une « guerre contre les acquis sociaux du pays ». Il a appelé les 7 millions d’électeurs qui ont voté pour La France insoumise au premier tour à ne rien lâcher.

Signe d’une insatisfaction profonde et d’un vote par défaut pour une grande partie de l’électorat, l’abstention (26 %) et le vote blanc (9 %) ont atteint des sommets historiques. La participation, normalement plus élevée au second tour qu’au premier, a au contraire baissé de 5 %. Elle n’avait jamais été aussi basse depuis 1969.

Des législatives serrées

« Ce second tour a été essentiellement un référendum pour ou contre Marine Le Pen, a dit le député de droite Henri Guaino. […] La situation pour lui va être extrêmement compliquée. » Fort de cette victoire, Emmanuel Macron devra en effet obtenir une majorité parlementaire aux élections législatives qui se dérouleront les 11 et 18 juin. Sans véritable organisation de base, il devra affronter les partis traditionnels implantés depuis longtemps. À commencer par Les Républicains, dirigés par François Barouin, qui ne cachent pas leur intention de vendre chèrement leur peau. Un sondage publié ce lundi par Le Figaro laisse penser à un match serré. Il accorde 24 % aux partis soutenant le nouveau président, 22 % aux Républicains et 21 % au FN.

Les conjectures vont bon train à Paris sur le nom du premier ministre que nommera bientôt Emmanuel Macron. Celui de l’ancien président du Modem, le centriste François Bayrou, revient le plus souvent. « Tout le monde voyait la France cafardeuse, a-t-il déclaré sur France 2. En choisissant le plus jeune président de la République, la France envoie un message d’espoir. » Le nom du maire de Lyon, Gérard Collomb, un de ses tout premiers soutiens, est aussi souvent cité.

La passation des pouvoirs entre François Hollande et Emmanuel Macron se fera dans une semaine, le 14 mai. Dès ce lundi matin, les deux hommes se retrouveront pour les cérémonies du 8 mai marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce sera leur première rencontre depuis que le jeune ministre a claqué la porte du gouvernement.

Le monde salue Macron

Paris — Les responsables européens et américains ont salué dimanche « une victoire » pour l’Europe.

Les Français ont fait le choix d’un « avenir européen », s’est félicité le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Le président du Conseil européen Donald Tusk a salué la décision des Français en faveur de « la Liberté, l’Égalité, la Fraternité ». « Félicitations à Emmanuel Macron pour sa large victoire aujourd’hui comme prochain président de la France », a pour sa part écrit le président américain Donald Trump sur Twitter. « Je suis impatient de travailler avec lui ! ». La victoire de M. Macron est « une victoire pour une Europe forte et unie et pour l’amitié franco-allemande », a déclaré Steffen Seibert, le porte-parole de la chancelière Angela Merkel. M. Macron a aussi reçu des félicitations de la première ministre britannique, de même que du premier ministre canadien, Justin Trudeau. « Je suis impatient de travailler de près avec le président désigné Macron au cours des prochaines années, alors que nous nous efforçons de mettre en oeuvre un agenda progressiste », a notamment indiqué M. Trudeau.
26 commentaires
  • Jean-François - Abonné 8 mai 2017 00 h 24

    La France, modèle de vote à respecter

    Un vote clair, pas de minorité de voix devenus soudainement majoritaire.

    Peu importe le résultat , au moins on sait que celui ci est réellement représentatif de la volonté populaire .

    Imaginez si ce système avait été en vigueur aux USA!

    ADIOS DONALD...

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 8 mai 2017 11 h 11

      Un vote clair pour Macron ?
      Avec 24% des voix au premier tour ( y compris des votes déjà utiles) et 66% ( dont au mois 40% de voix anti-FN) au second tour êtes-vous sérieux quand vous dites ( et vous êtes bien le seul!)que ce vote est représentatf de la volonté populaire, à moins que ce soit une "volonté plurielle " ? Avez-vous suivi le premier tour ?

      Pierre Leyraud

  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 8 mai 2017 02 h 38

    À tout bon entendeur

    Tiré de l'article: « Je ferai tout durant les années qui viennent pour qu’ils n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes », a-t-il conclu.

    Les sites de réinformation ont très bien compris le sens d'une telle phrase. Déjà au cours des élections, plusieurs blogueurs, polémistes et journalistes, intellectuels, chroniqueurs dénonçant la candidature de celui qui est, malgré un fort mécontentement des Français, devenu président de la France, ont également dénoncer le manoeuvres pour empêcher les site de réinformation de disséminer de l'information sur Macron ou de commenter les élections. Déjà certains font l'objet de poursuites judiciaires.

    Pour élire Macron et "faire bloquage au FN", la France mondialiste a accepté de compromettre sa démocratie.

    La France a signé son arrêt de mort en tant que nation, mais surtout en tant que nation libre. En 2022, plus aucun candidat ne représentera les Français qui enracinés, amoureux de leur terre, de leur histoire, de leur langue, de leur culture, de leur civilisation, voire de leurs racines chrétiennes, de la souveraineté de la France. Ce ne sera plus seulement un parti nationaliste qui sera diabolisé, mais tout Français qui oserait montrer une certaine fierté d'être français.

    Il n'y a rien de plus douloureux que d'assister en direct à la mort lente d'une grande nation comme la France.

    • Robert Beauchamp - Abonné 8 mai 2017 09 h 43

      Copié collé pour le Québec par les temps qui courent. Les opposants sont diabolisés que l'on traite spontanément de radicaux et la délation est promue au rang du sens civique.. Mais lorsque les dirigents deviennent la cible des sonneurs d'alerte, la réaction est inverse: les enquêtes pleuvent quand ce n'est pas le gouvernement lui-même qui est l'objet de commissions d'enquêtes. Le clientélisme est au menu et les locaux sont hachés fins sous le vocable du racisme systémique. Adieu la nation, chacun pour soi.

    • Pierre Robineault - Abonné 8 mai 2017 11 h 03

      Vous me consolez, madame! Car ainsi pourrait-il en être au Québec si ses citoyens continuaient de baisser l'échine. Lorsque l'on y fait le tour de toutes les personnes qui se placent en ligne dans le but d'être élues, tout parti confondu, il faut admettre que notre situation ressemble malheureusement à celle que vient et continuera peut-être de vivre les Français: un grand désarroi.

  • Yves Côté - Abonné 8 mai 2017 03 h 54

    ...

    Par l'empressement et l'envie de nouveauté des électeurs, l'apparence et le clinquant ont eus le dessus sur la colère (justifiée) et le désir (toujours injuste) de s'en prendre aux plus petits et démunis de France.
    En effet, puisque les Français ont voté contre Marine LePen à deux sur trois vote exprimés. Heureusement mais sans gloire, certainement...
    D'ailleurs, l'attaque prévisible de transformisme politique d'Emmanuel Macron a commencé dès ce matin sur les ondes de France-Inter (et de d'autres fréquences radio sans doute...) par le biais d'un de ses généraux qui déjà annonce et argumente aussi ouvertement que de manière tonnitruante que "les Français ont de manière nette adopté le programme politique d'En marche".
    Trop vite selon moi pour que la campagne des législatives qui donc commence, ne puisse se montrer autre que trompeuse en illusions de toutes sortes.
    Résultat : comme ce le fut pour l'entourloupe des Français qui par référendum refusèrent l'Europe qui leur était proposé et qui leur fut imposée quand même, de cette nouvelle duperie électorale, le Front National en sortira encore (et sans plus attendre) renforcé.
    Soit, là comme ailleurs, à l'effet opposé de la volonté exprimée par deux Français sur trois...
    Chiffre, proportion, qui ne tient pas plus compte que ceux de Monsieur Rioux ici, des records absolus de votes nuls et blancs des électeurs et de l'abstention d'électeurs, eux qui sont respectivement de 12% et de 25%.
    Nous allons en France, passer un prochain mois tempêtueux et au-delà de ce mois, nous allons certainement connaître une année de manifestations et de troubles sociaux comme sans doute il n'y eu pas depuis les années 30.
    J'en ai la troublante et très triste conviction.
    Québécois, pour vous ménager des mêmes tumultes, refusez de financer et voter pour des partis qui vous présentent des candidats pour lesquelles la sincérité des propros ne vous apparaît pas. Ou même, ceux qui ne vous semblent tout simplement pas sincères.
    Autrement.

  • Gilles Bonin - Abonné 8 mai 2017 06 h 44

    2022

    Oh! que la mediacratie glose ce matin, avec un pincement au coeur, comme une regret que le néophite l'ait emporté. Imaginez en comptant les votes blancs et nuls, il n'aurait fait que 58% (et bien sûr avec un horrible taux d'abstention -quand même à 75%, c'est mieux que Couillard, Trudeau ou Trump, non? Bon passons), mais à 58%, avec le même calcul, les D'Estaing, Mitterrand, Chirac (premier mandat), Sarkozy et Hollande font piètre figure avec leurs +/- 50% étriqué! Mais passons.

    Ne reste que deux choses: M. Macron réussira-t-il à se donner une majorité de gouvernement dès juin 2017 et... sera-t-il ré-élu en 2022. Après, on pourra analyser sérieusement.

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 8 mai 2017 11 h 17

      Au contraire ,la médiacratie est aux anges ce matin car c'est justement son candidat jeune ,beau, nouveau, fabriqué clé en main pour le système et pour elle-même, qui l'a emporté ..comme prévu !
      Pierre Leyraud

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 8 mai 2017 07 h 48

    Encore les financiers

    Où pensez-vous que les Français vont aller avec Emmanuel Macron ?
    Ça va aller dans le sens de la finance encore et toujours.

    • Louis Gérard Guillotte - Abonné 8 mai 2017 11 h 56

      Théâtralisation de l'ado-caniche en caniche du Modem et du 440 (code boursier de la France),au même titre que Tony Blair fut consacré le caniche de W.Bush lors du grand mensonge international sur l'Irak!!

      Pourtant,un quinquennat "populiste" aurait eu le bénifice de mettre de
      l'eau dans l'ennivrant millésime des conquistadors de la mondialisation à
      marche forçée!

      Espérons que les prochaines élections aux législatives de juin permettront
      au petit peuple "populiste" de se donner voix aux chapîtres quant aux
      aboiements par décrets du matador de la finance européenne.