Macron-Le Pen: deux France en duel pour le deuxième tour

Marine Le Pen a pris le temps de faire quelques égoportraits dans les rues de Paris lundi.
Photo: Michel Euler Associated Press Marine Le Pen a pris le temps de faire quelques égoportraits dans les rues de Paris lundi.

Au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle, les Français se sont réveillés lundi matin dans un pays coupé en deux. Politiquement, entre Emmanuel Macron (24,01 %) et Marine Le Pen (21,3 %), arrivés en tête du premier tour. Géographiquement, entre l’est et le nord, qui ont voté Le Pen, contrairement à l’ouest, qui a voté Macron. Mais aussi économiquement, puisque l’électorat urbain du leader d’En marche ! est beaucoup mieux nanti que celui de la candidate du FN, qui recrute dans les zones périphériques et rurales souvent paupérisées. Pendant deux semaines, ce sont donc ces deux France qui vont s’affronter dans une campagne de second tour qui s’annonce féroce et qui a d’ores et déjà commencé.

Le front républicain « tout pourri »

Dès lundi matin, alors qu’Emmanuel Macron réunissait son état-major de campagne à Paris, Marine Le Pen ne perdait pas une seconde pour arpenter le marché de Rouvroy, entre Lille et Arras, où elle a recueilli 42,7 % des votes. La candidate en a profité pour fustiger « le vieux front républicain tout pourri » destiné à lui faire barrage.

« C’est sûr que ça change de La Rotonde », a ironisé celle qui veut poser en candidate du peuple contre celui de la mondialisation. La veille, Emmanuel Macron avait fêté sa victoire dans ce chic restaurant de Montparnasse. Une erreur, selon le quotidien économique Les Échos, qui faisait inévitablement penser au célèbre épisode du Fouquet’s, où Nicolas Sarkozy avait célébré sa victoire en 2007. Mais, c’était alors après le second tour.

Toute la journée de lundi, les ralliements de personnalités se sont multipliés autour d’Emmanuel Macron, aussi bien à gauche qu’à droite. À commencer par celui, attendu, de François Hollande. Le président a estimé qu’il « n’est pas possible de se taire, ou de se réfugier dans l’indifférence […]. Pour ma part, je voterai Emmanuel Macron », a-t-il déclaré depuis l’Élysée car, dit-il, le FN « fait courir un risque à notre pays ». Même la Grande Mosquée de Paris a appelé les musulmans de France à voter pour Emmanuel Macron.

Le message est le même au Parti socialiste, sorti en miettes de ce premier tour, où son candidat, Benoît Hamon, n’a obtenu que 6,35 % des voix. Le premier secrétaire du parti, Jean-Christophe Cambadélis, dit vouloir lancer une campagne contre le FN afin de défendre « le principe du barrage républicain ». Ce qui fait dire au numéro 2 du FN, Florian Philippot, que ces ralliements représentent « toutes les oligarchies coalisées ».

Fillon tire sa révérence

À la suite de la défaite cuisante de François Fillon (20,1 %), c’était le branle-bas de combat chez Les Républicains, qui ont réuni d’urgence leur bureau politique. Le candidat a pris acte de sa défaite et indiqué qu’il n’avait plus la légitimité pour mener le combat des législatives. « Je vais redevenir un militant de coeur parmi les autres », a-t-il déclaré. Alors que le parti est d’abord préoccupé par les élections législatives de juin — par lesquelles il voudrait forcer Emmanuel Macron à une éventuelle cohabitation —, Les Républicains se sont contentés d’une déclaration vague appelant à voter contre Marine Le Pen et ne mentionnant pas Emmanuel Macron.

Car, à droite, l’unanimité est loin d’être faite. Des personnalités comme Laurent Wauquiez, Henri Guaino, Nadine Morano, Christine Boutin, Pierre Lellouche et Jean-Frédéric Poisson, sans oublier le mouvement Sens commun, ne se résignent pas à voter Emmanuel Macron, comme l’a demandé François Fillon dimanche. Signe de tensions encore plus fortes à la base, la coordinatrice de la campagne de François Fillon dans le Nord–Pas-de-Calais, Françoise Hostalier, a révélé qu’elle votera pour Marine Le Pen. Pour le député du Rhône Georges Fenech, l’appel à voter Macron équivaut ni plus ni moins qu’à un « suicide collectif de la droite ».

Mélenchon critiqué

À gauche, plusieurs ont aussi fustigé le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, arrivé quatrième (19,6 %), pour ne pas avoir donné de consigne de vote dimanche soir. Nombreux sont ses partisans qui entendent s’abstenir. Le leader a préféré rester muet, évoquant une consultation des militants.

Mardi matin, Emmanuel Macron et Marine Le Pen assisteront à l’hommage national au policier tué par un djihadiste la semaine dernière sur les Champs-Élysées. Le candidat d’En marche ! prévoit plusieurs déplacements destinés à briser son image de candidat des élites. Le 3 mai, les deux finalistes s’affronteront dans le traditionnel débat télévisé. Une première pour le FN puisqu’en 2002, Jacques Chirac avait refusé de débattre avec Jean-Marie Le Pen. Le 1er mai, les traditionnelles manifestations syndicales risquent d’avoir pour thème l’opposition au FN. Ce même jour, Marine Le Pen prévoit une assemblée géante à Villepinte, près de Paris. Là où Nicolas Sarkozy avait réuni ses troupes en 2012. Sur France 2, Marine Le Pen n’a pas caché son intention de faire de ce scrutin un véritable « référendum » sur l’Europe et la mondialisation. Ce second tour, qui devait être une simple formalité, s’annonce plus animé que prévu.

7 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 25 avril 2017 00 h 51

    L'«Hexa... gone»(!)

    Misère! La «guerrière» contre le «courtier»(!) EM porte bien son patronyme. Je traduis : «makelaar van antiek voor verzamelaars». Le «second tour» sera un «plébiscite» comme en... Bref. EM est un «banquier» (lire «bankster»(!)) Qui peut faire confiance à un «banquier»? Je vous me le demande!

    JHS Baril

  • Michel Fortier - Abonné 25 avril 2017 01 h 10

    Pour info et reflexion

    https://www.youtube.com/watch?v=ychwDoh5GIo&feature=share

  • Michel Lebel - Abonné 25 avril 2017 01 h 49

    Le choix responsable


    Le seul choix responsable est de voter pour Macron; celui-ci devrait normalement l'emporter au second tour.

    M.L.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 25 avril 2017 10 h 15

      Pour moi, le choix responsable est de «brasser la cage» d'une Europe qui tend à nier l'existence des nations.

      Pour le mieux-être de la planète et des êtres humains qui y vivent, la diversité est hautement souhaitable, non seulement la biodiversité, mais aussi la diversité des cultures, des sociétés et des systèmes politiques.

      La coopération et l'harmonisation ne doit pas passer par le nivellement indistinct d'un melting pot.

  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 25 avril 2017 07 h 30

    Une chronique, SVP

    Bonjour M. Rioux, vous êtes absent à la rubrique Chroniques, à un moment où j'aurais bien aimé lire votre point de vue, toujours éclairant et racraîchissant.

  • Bernard McCann - Abonné 25 avril 2017 08 h 35

    Non, la France n'est pas scindée en deux

    Le Front National, lequel peut compter sur une base partisane loyale, peine à s'attirer quelques sympathisants des autres formations politiques. On peut penser que les électeurs de la droite traditionnelle, celle qui s'est rangée derriêre Fillon dimanche dernier, se partagera en deux au second tour, une moitié se rangeant derrière Le Pen.
    Mais, l'ensemble des électeurs de la gauche s'alliera en grande partie derrière Macron, et en fera le nouveau Président de la France. Un grand merci au plus grand des français, Charles de Gaulle, pour ce système électoral particulier

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 25 avril 2017 17 h 10

      Vous croyez vraiment que Macron fera un meilleur président que Marine Le Pen? Pourquoi croyez-vous que Mélanchon s'est abstenu de donner son appui à Macron?