L’homme qui a inspiré Emmanuel Macron

Le maire de Montpellier, Philippe Saurel (à gauche) accompagné du candidat à l’élection présidentielle Emmanuel Macron (à droite)
Photo: Pascal Guyot Agence France-Presse Le maire de Montpellier, Philippe Saurel (à gauche) accompagné du candidat à l’élection présidentielle Emmanuel Macron (à droite)

La rutilante mairie de Montpellier s’élève sur les rives du Lez comme une fête à la postmodernité. C’est dans cet ouvrage bleu sombre, construit aux limites de la ville par Jean Nouvel et François Fontès, que règne l’homme qui se targue d’avoir inspiré Emmanuel Macron.

Depuis trois ans, Philippe Saurel s’enorgueillit de gouverner la ville contre les socialistes, les verts et tous les partis de droite, y compris le Front national.

Issu du sérail socialiste, cet ancien adjoint de « l’Imperator » Georges Frêche (qui a dirigé la ville pendant 27 ans) n’a pas hésité en 2014 à défier le PS et à se présenter en indépendant contre sa famille politique.

On comprend pourquoi Emmanuel Macron l’invita à Bercy dès janvier 2016, alors qu’il était encore ministre de l’Économie de François Hollande. Les deux hommes se retrouvèrent peu après à Montpellier. « Nous avons discuté jusqu’à 2 heures du matin, dit le maire. Il a tout de suite tilté sur nos questionnements. »

Philippe Saurel se définit comme un « socialiste tendance Jean Jaurès », qui n’hésite pas à se servir dans les programmes de la droite lorsque cela lui convient. Il va même jusqu’à affirmer son respect pour son homologue de Bézier, Robert Ménard, proche du FN.

« Le FN a posé les bonnes questions et il lui arrive même d’avoir de bonnes réponses », dit-il. Certains jours, Philippe Saurel avoue même avoir de la sympathie pour Jean-Luc Mélenchon.

Le maire de Montpellier dit avoir inspiré au futur candidat à la présidence plusieurs éléments de son programme, sur les rythmes scolaires, le renforcement de la sécurité ou les pays de la Méditerranée. Résolument opposé aux partis politiques, Saurel a fait tirer au sort tous les membres de ses conseils de quartier. « Pour faire plaisir aux lobbies, les partis ont sacrifié la souveraineté de l’État », déplore-t-il. Il reproche d’ailleurs à Emmanuel Macron de vouloir transformer son mouvement en parti.

Philippe Saurel est aujourd’hui en guerre ouverte contre les représentants d’En marche ! à Montpellier, où l’on retrouve de nombreux caciques socialistes. « Aux élections législatives, ce sera la foire d’empoigne », constate Tristan Cuche, qui dirige l’hebdomadaire satirique L’Agglorieuse.

Pour l’instant, advenant l’élection de Macron, le maire dit n’être candidat à aucun poste de ministre. Bien que, ajoute-t-il, le ministère de l’Intérieur le fasse quand même hésiter.

Dans la foulée, il n’hésite pas à comparer Emmanuel Macron à Justin Trudeau. « Votre premier ministre est cool, il a un langage direct et bouscule les codes », dit-il, le sourire aux lèvres.

Lorsqu’on lui rappelle que le premier ministre canadien est aussi le chantre du multiculturalisme, il change aussitôt de tête. « Ah bon ? Je ne le savais pas. Moi, je ne connais que des citoyens. Pas de communautés ! »