L’ETA devrait déposer les armes samedi prochain

Le mouvement Euskadi Ta Askatasuna (Pays Basque et Liberté), né en 1959 dans la lutte contre le franquisme, a renoncé en 2011 à la lutte armée.
Photo: Ander Gillenea Agence France-Presse Le mouvement Euskadi Ta Askatasuna (Pays Basque et Liberté), né en 1959 dans la lutte contre le franquisme, a renoncé en 2011 à la lutte armée.

L’organisation séparatiste basque espagnole ETA, « terroriste » pour l’Union européenne, a annoncé pour samedi un « désarmement total » au scénario encore flou, mais qui tournerait une page historique en Espagne et en France.

Le mouvement Euskadi Ta Askatasuna (Pays Basque et Liberté), né en 1959 dans la lutte contre le franquisme, a renoncé en 2011 à la lutte armée, après plus de 40 ans de violences au nom de l’indépendance du Pays Basque et de la Navarre.

Mais il refusait son désarmement et sa dissolution exigés par Madrid et Paris, réclamant une négociation sur ses membres détenus (environ 360, dont 75 en France et une centaine purgeant des peines de plus de 10 ans de prison).

Son ultime attentat, au cours duquel un policier français avait été tué, remonte à 2010, ce qui avait porté le bilan des morts attribués à l’organisation clandestine à 829.

ETA est « à l’agonie » et son appareil clandestin « compterait tout au plus une trentaine de membres », selon des experts de la lutte antiterroriste, déplorant que l’organisation basque n’ait pas suivi son ancien « modèle », l’IRA irlandaise, qui a su négocier la fin d’une guerre civile et sa réintégration dans la démocratie.

ETA a annoncé le 17 mars qu’elle communiquerait la liste de ses caches d’armes le 8 avril, sans préciser comment. Cet arsenal serait en France et, selon des experts de la lutte antiterroriste, comprendrait environ 130 armes de poing et deux tonnes d’explosifs.

Samedi, en marge d’un « grand rassemblement populaire » à Bayonne, dans la pointe sud-ouest de la France, ETA, via des « artisans de la paix » issus de la société civile française, doit remettre à la justice la liste des caches.

Mais le scénario de cette remise reste flou, des proches des nationalistes basques se contentant d’indiquer : « Des négociations sont engagées avec les autorités françaises. »

Les « opérations sécurisées de désarmement se dérouleront en dehors de Bayonne, effectuées de sorte à garantir qu’il soit total, vérifiable et vérifié », selon la même source.

« Tourner la page de la violence »

Sans que l’intéressée, interrogée par l’AFP, ne confirme ni ne démente, une sénatrice socialiste de la région, Frédérique Espagnac, proche du président français François Hollande, est souvent présentée comme servant d’intermédiaire dans ces négociations.

« Ce désarmement est indispensable pour tourner définitivement la page de la violence au Pays Basque. Il doit néanmoins se faire dans le respect total des règles de droit », a-t-elle indiqué à l’AFP.

Le 20 mars, le premier ministre français, Bernard Cazeneuve, avait tracé le cadre d’un désarmement : c’est l’autorité judiciaire qui est habilitée à se saisir de ces armes.

« On est dans un État de droit, donc si on veut restituer des armes, il n’y a rien de plus facile : il faut les restituer dans le respect rigoureux des règles de l’État de droit », a-t-il insisté.

De leur côté, les services de police et les spécialistes du déminage sont mobilisés et « prêts à se déployer » à tout moment.

Côté espagnol, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy se veut discret, seul le ministre de l’Intérieur, Juan Ignacio Zoido, intervenant mercredi. « Le seul chemin possible pour ETA, c’est la dissolution, la remise des armes, la repentance et la réparation du tort causé », a-t-il dit, « il n’y aura ni transactions, ni concessions. »

Le Parti populaire (PP) de Rajoy organise vendredi à Vitoria, dans le Pays Basque espagnol, un rassemblement à la mémoire des victimes d’ETA.

De leur côté, les autres partis du Pays Basque espagnol — nationalistes et de gauche — ainsi que les syndicats ont lancé mercredi un appel à Paris et Madrid pour faciliter le désarmement d’ETA afin de permettre « à la société et à la classe politique basques de refermer une étape du passé ».