Valls donne son appui à Macron

L’ex-premier ministre socialiste Manuel Valls (à droite) a annoncé mercredi qu’il voterait pour le centriste Emmanuel Macron.
Photo: Philippe Wojazer / Pool / Agence France-Presse L’ex-premier ministre socialiste Manuel Valls (à droite) a annoncé mercredi qu’il voterait pour le centriste Emmanuel Macron.

Chez les socialistes, on crie à la « trahison ».

Tournant le dos au candidat de son propre camp, l’ex-premier ministre socialiste Manuel Valls, figure de la gauche, a annoncé mercredi qu’il voterait pour le centriste Emmanuel Macron pour barrer la route à l’extrême droite.

« Je prends mes responsabilités […] parce que je pense qu’il ne faut prendre aucun risque pour la République », a affirmé le finaliste malheureux de la primaire socialiste, alors que les sondages prédisent un face-à-face entre Emmanuel Macron et la candidate de l’extrême droite Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, le 7 mai.

M. Valls, premier ministre social-libéral du président François Hollande de 2014 à 2016, a pris sa décision « face à la crise de la gauche et la marginalisation de notre candidat Benoît Hamon », vainqueur de la primaire socialiste désormais en cinquième position dans les sondages, et « face à l’effondrement moral de la candidature de François Fillon », le conservateur empêtré dans une affaire d’emplois présumés fictifs.

Ce soutien de poids s’ajoute au récent ralliement d’un autre ténor socialiste, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian. À 39 ans, Emmanuel Macron, l’ex-ministre de l’Économie de François Hollande, positionné au centre, attire les foules et accumule des soutiens à gauche comme à droite de l’échiquier politique.

Je prends mes responsabilités [...] parce que je pense qu’il ne faut prendre aucun risque pour la République

Soucieux de ne pas apparaître comme l’héritier d’un quinquennat socialiste impopulaire, M. Macron a prudemment « remercié » M. Valls de son soutien, tout en assurant qu’il serait « le garant du renouvellement des visages, du renouvellement des pratiques ».

Proximité dénoncée

Les principaux adversaires du candidat autoproclamé « ni de gauche ni de droite » ont sauté sur l’occasion pour dénoncer la proximité de M. Macron avec les socialistes — un thème récurrent depuis plusieurs semaines.

« Toute l’équipe de François Hollande est autour d’Emmanuel Macron. […] Emmanuel Macron, c’est François Hollande », a réagi le candidat de la droite François Fillon.

« La réalité de la candidature Macron apparaît au grand jour : c’est une vaste entreprise de recyclage des sortants du système », a renchéri la chef de file du parti anti-immigration et anti-euro Front national, Marine Le Pen, actuellement donnée battue au second tour du scrutin face à M. Macron.

Le camp Hamon crie à la « trahison »

Pour Benoît Hamon, le soutien de M. Valls à Emmanuel Macron est un coup dur, un « jeu morbide », alors qu’il plafonne dans les derniers sondages aux alentours de 10 à 11 %, derrière le chef de file de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon.

Le tenant de l’aile gauche du PS a appelé mercredi au rassemblement et souhaité que M. Mélenchon joigne ses forces aux siennes.

Mais le candidat de « la France insoumise », mieux placé que M. Hamon dans les sondages depuis plusieurs jours, reste pour le moment silencieux et risque fort de lui opposer une fin de non-recevoir.

« Tentative de sabordage »

Plusieurs figures du PS ont fustigé la prise de position de Manuel Valls, qualifiée tour à tour mercredi de « tentative de sabotage », de « trahison » et de « comportement minable ».

« Le Parti socialiste est dans un état de déréliction incroyable. Il n’a plus de cap, plus de structure », divisé entre deux courants «  irréconciliables ” comme le disait Manuel Valls il y a quelques mois. La gauche n’existe plus », analyse l’éminent politologue Pascal Perrineau.

La crise de la gauche brouille encore plus une campagne empoisonnée par les affaires.

L’épouse du candidat conservateur Penelope Fillon a été inculpée à son tour mardi soir, notamment pour « complicité et recel de détournement de fonds publics ». Elle est soupçonnée d’avoir bénéficié avec deux de ses enfants d’emplois fictifs à l’Assemblée nationale de 1986 à 2013, financés par des centaines de milliers d’euros d’argent public. M. Fillon a lui-même été inculpé mi-mars, notamment pour détournement de fonds publics.

Parti favori dans la campagne, M. Fillon a chuté à la troisième place des intentions de vote depuis que le scandale a éclaté.

Marine Le Pen est elle aussi visée par des enquêtes pour des soupçons d’emplois fictifs — mais au Parlement européen — et d’éventuelles fraudes sur le financement de campagnes électorales de son parti. « Du vent », a-t-elle commenté mardi en accusant les « méthodes de voyou » de la presse et en soulignant que « les Français sont lassés des affaires ».


 
10 commentaires
  • Olivier Lalonde - Abonné 29 mars 2017 14 h 34

    Voilà la démocratie : un grand spectacle. Doit-on s'en surprendre? C'est le moins pire des systèmes...

  • Raymond Labelle - Abonné 29 mars 2017 15 h 18

    Valls aurait pu appuyer Hamon au 1er tour et Macron au 2ème contre Le Pen.

    Pour bloquer MLP, appuyer Macron plutôt que Hamon est inutile, puisque MLP ira au 2ème tour de toute façon.

    D'invoquer la nécessité de bloquer MLP pour appuyer Macron plutôt que Hamon est un faux prétexte. Il a peut-être d'autres bonnes raisons, mais celle-ci n'en est pas une.

    • Serge Bouchard - Abonné 30 mars 2017 18 h 20

      Je ne crois pas que ce soit pour bloquer Le Pen, qui sera effiectivement au deuxième tour, mais plutôt pour éviter un deuxième tour MLP - Fillon.

  • Jean Duchesneau - Abonné 29 mars 2017 15 h 56

    Les deux éthiques selon Max Weber

    L'éthique de conviction et l'éthique de responsabilité! Même problématique ici à propos de la division du vote indépendantiste, PQ, QS et ON. Si les politicens n'optent pas pour le sens des responsabilité comme Valls le fait, le peuple décidera s'il veut du vrai changement. Le FN en France et, à bien y penser, pourquoi pas la CAQ au Québec. Car sans coalition, un vote pour le PQ ou QS voudra encore dire un vote pour le PLQ.

    • Patrick Boulanger - Abonné 29 mars 2017 17 h 32

      « Si les politicens n'optent pas pour le sens des responsabilité comme Valls le fait »?

      Pourquoi M. Valls n'a-t-il pas plutôt donné son appui au deuxième tour? Je ne suis pas sûr que l'on puisse parler de sens de la responsabilité dans son cas. Peut-être est-il davantage habité par son avenir politique que par la menace du FN?

    • Gaetane Derome - Abonnée 29 mars 2017 18 h 48

      M.Duchesneau,

      A mon sens,au Québec,c'est plutôt QS et la CAQ qui divisent le vote..Mais vous avez raison sur un point il faudrait une coalition des partis qui sont dans l'opposition actuellement pour enfin mettre le PLQ hors jeu.

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 30 mars 2017 12 h 18

      @J Duscheneau
      La coupure que vous faites entre éthique de conviction et éthique de responsabilité laisse supposer que le choix des responsabilités ne résultent pas de convictions ?
      Votre comparaison avec la situation ici ne tient pas car il ne s'agit pas de législatives avec découpage électoral et le sort de E Macron est complètement indépendant de ce que fait le PS. E. macron le sait si bien que tous les ralliement d'anciens du PS, et surtout celui de Valls, ne sont pas forcément un cadeau pour lui !

      Pierre Leyraud

    • Jean Duchesneau - Abonné 30 mars 2017 16 h 56

      J'avoue que mon dernier commentaire était un peu court. Le problème éthique se pose davantage entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon qui refusent d’unir leurs forces malgré les pressions laissant les électeurs de gauche littéralement orphelins. Même genre de problème de division de l'opposition au Québec qui permettra, si rien ne bouge, de maintenir le PLQ au pouvoir. Il n,est pas question de renier totalement ses convicctions mais, tout au plus de mettre un peu d'eau dans son vin. Selon moi, l'opposition devrait s'unir pour l'élection de 2018, sur l'engagement du changement du mode de scrutin (proportionnel ou proportionnel mixte) afin que chaque vote compte. Après, le jeu des coalition fait le travail! C'est Jean-Pierre Charbonneau qui a toujours affirmé que notre régime politique (monarchie constitutionnelle) était conçu sur la base du bi-partisme. Il est temps que ça change. On dirait, autant en France qu'au Québec, que la gauche maintient une rigidité idéologique afin de se garder à distance du pouvoir afin de ne pas entacher sa pureté? Ou quoi?

  • Cécile Comeau - Abonnée 29 mars 2017 17 h 34

    C'était prévu d'avance

    Bientôt, c'est Hollande qui va demander aux électeurs de voter pour Macron, son véritable poulain, pour la continuation de ses politiques qui n'ont rien de politique de la gauche, mais qui sont les politiques de la mondialisation afin d’inféoder les États à des structures supranationales.

  • Marie Nobert - Abonnée 31 mars 2017 00 h 12

    Au «centre» de l'Hexagone!?

    Sans commentaire.

    JHS Baril