L’ETA s’engage à se désarmer d’ici au 8 avril

Inigo Urkullu, le chef du gouvernement régional basque
Photo: Gari Garaialde Agence France-Presse Inigo Urkullu, le chef du gouvernement régional basque

L’organisation séparatiste basque ETA a l’intention de se désarmer d’ici au 8 avril et devrait pour cela transmettre rapidement des coordonnées de caches d’armes, a annoncé vendredi le gouvernement régional basque, demandant l’aide de Madrid et de Paris.

« Le gouvernement basque accorde une crédibilité à la possibilité d’un désarmement final à court terme », a déclaré Inigo Urkullu, le chef du gouvernement régional basque. « Il demande […] aux gouvernements espagnol et français de faire preuve de hauteur de vue et de fournir des voies de communication directes », afin « d’atteindre cet objectif à l’importance historique pour notre société », a-t-il ajouté.

Le chef du gouvernement espagnol n’a pas répondu, du moins officiellement, à cette demande, semblant même y opposer une fin de non-recevoir. « L’ETA a décidé, dit-elle, de se désarmer unilatéralement. Qu’elle le fasse, et au passage qu’elle se dissolve », a déclaré Mariano Rajoy lors d’un congrès régional de son parti à Madrid.

Le ministre de l’Intérieur espagnol, Juan Ignacio Zoido, a assuré, lui, que Madrid ne participerait pas à une « mise en scène d’une organisation terroriste qui a été vaincue et dont nous n’allons pas oublier le passé ».

« Nous espérons que, cette fois, le processus de désarmement sera absolu et qu’il sera intégral, qu’il ira jusqu’au bout et jusqu’aux conséquences ultimes », a dit pour sa part Arnaldo Otegi, porte-parole du parti indépendantiste Sortu, dont certains élus sont réputés proches de l’organisation.

L’annonce survient après des déclarations au quotidien basque Gara de Txetx Etcheverry, militant de l’organisation basque Bizi, selon lesquelles le désarmement de l’ETA, considérée comme une organisation terroriste par l’Union européenne, doit si possible se produire « avant les élections » présidentielles prévues fin avril en France.

L’ETA avait annoncé en octobre 2011 qu’elle renonçait définitivement à la lutte armée.

Refus

Après plus de 40 ans de violence au nom de sa lutte pour l’indépendance du Pays basque et de la Navarre, elle avait commis son dernier attentat en 2010, faisant un mort, un policier, sur le sol français, et portant le bilan des victimes attribuées à cette violence à 829 morts.

Elle refusait depuis de se dissoudre et de désarmer, exigeant une négociation avec Paris et Madrid sur le sort de ses quelque 350 membres encore détenus actuellement en Espagne et en France.

Madrid et Paris ont toujours refusé toute négociation, exigeant un désarmement et une dissolution sans contrepartie.

Les forces de l’ordre en France et en Espagne avaient démantelé plusieurs caches d’armes ces derniers mois.

Le 8 mars, sept bidons contenant du matériel explosif avaient été découverts au Pays basque espagnol, près de la frontière française.

Mi-décembre, des policiers français et espagnols ont aussi arrêté cinq personnes et saisi « des armes, des explosifs et des munitions » à Louhossoa, près de Bayonne (sud-ouest de la France), représentant 15 % de son arsenal, selon les interpellés.

La Ligue française des droits de l’homme avait alors dénoncé ces arrestations, assurant que ces armes devaient être en partie détruites ou remises aux autorités par des militants de la société civile pour relancer le « processus de paix ».

Le 12 octobre 2016, une importante cache avec 145 armes de poing de l’ETA avait été découverte près de Paris. À l’époque, le ministère de l’Intérieur espagnol avait estimé qu’avant la saisie de ces armes, l’organisation possédait « de deux à trois tonnes d’explosifs, des munitions et de 200 à 300 armes ».