Erdogan s’en prend de nouveau à l’Europe

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, est en pleine campagne pour obtenir le renforcement de ses pouvoirs lors d’un référendum prévu le 16 avril.
Photo: Bulent Kilic Agence France-Presse Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, est en pleine campagne pour obtenir le renforcement de ses pouvoirs lors d’un référendum prévu le 16 avril.

Le président de Turquie, Recep Tayyip Erdogan, faisant peu de cas des condamnations, a attisé mercredi la crise avec l’Europe en dénonçant son « fascisme débridé » et en imputant aux Pays-Bas le massacre de Srebrenica, en ex-Yougoslavie.

La nouvelle salve de M. Erdogan, en pleine campagne pour obtenir le renforcement de ses pouvoirs lors d’un référendum prévu le 16 avril, a été précédé par le piratage massif de comptes Twitter à l’étranger par de présumés pirates turcs qui ont publié un message faisant écho à ses sorties sur le « nazisme » de l’Allemagne et des Pays-Bas.

L’esprit de fascisme est débridé dans les rues de l’Europe

 

Les Pays-Bas « n’ont rien à voir avec la civilisation ni avec le monde moderne. Ce sont eux qui ont massacré plus de 8000 Bosniens musulmans en Bosnie-Herzégovine lors du massacre de Srebrenica », a déclaré M. Erdogan lors d’un discours à Afyon, dans l’ouest de la Turquie.

Quelque 8000 hommes et garçons musulmans avaient été tués par les forces serbes de Bosnie en juillet 1995 à Srebrenica, enclave qui était à l’époque sous la protection de Casques bleus néerlandais.

Le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, avait qualifié mardi de « falsification nauséabonde de l’Histoire » une première sortie de M. Erdogan sur le massacre de Srebrenica.

Très remonté après l’annulation de plusieurs réunions électorales de ses partisans en Allemagne et le refus des Pays-Bas d’autoriser deux de ses ministres à participer à de telles réunions, il a encore affirmé : « L’esprit de fascisme est débridé dans les rues de l’Europe. »

Dénonçant le traitement selon lui discriminatoire réservé aux minorités ethniques et aux musulmans en Europe, il a ajouté dans une allusion aux nazis que « les Juifs avaient été traités de la même manière par le passé ».

« En accusant les pays européens de vouloir en revenir aux années noires du nazisme, Erdogan, conscient des problèmes que rencontrent les pays européens du fait de montée des phénomènes populistes et extrémistes, entend leur donner une leçon de démocratie, au moment même où il s’apprête à faire voter par référendum un projet qui réduit la démocratie et l’État de droit », relève Jean Marcou, chercheur associé à l’Institut français d’études anatoliennes.

« Petite claque ottomane » sur Twitter

Au-delà des attaques verbales, la crise diplomatique a débordé mercredi sur Twitter avec le piratage de nombreux comptes, dont ceux d’Amnistie internationale, du ministère français de l’Économie ou de la BBC Amérique du Nord.

En moins de 140 caractères, quelques émojis et une croix gammée, les pirates ont condensé dans leur message la rhétorique incendiaire dont usent les responsables turcs, M. Erdogan en tête, depuis le début de la crise à l’encontre de l’Allemagne et des Pays-Bas.

« #Allemagne nazie #Pays-Bas nazis. Voici une petite claque ottomane pour vous. #Rendez-vous le 16 avril. Vous voulez savoir ce que j’ai écrit? Apprenez le turc », indiquait le message en turc figurant sur des comptes piratés.

Des captures d’écran ont été diffusées montrant les comptes également piratés de l’ancien premier ministre français Alain Juppé, de l’ancien champion de tennis allemand Boris Becker ou encore du club de football allemand du Borussia Dortmund.

La cyberattaque et la nouvelle charge de M. Erdogan marquent un nouveau palier dans une crise qui ne connaît pas de répit à l’approche du référendum en Turquie et d’échéances électorales dans des pays européens où les mouvements populistes ou d’extrême droite ont le vent en poupe. Aux Pays-Bas, où un scrutin législatif était en cours mercredi, le parti du député islamophobe Geert Wilders est donné en deuxième place par les sondages.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s’est dit « scandalisé » mercredi par les propos de M. Erdogan sur le « nazisme » de l’Allemagne et des Pays-Bas, les jugeant incompatibles avec l’ambition d’Ankara de se joindre à l’UE.

Pour le président du Conseil européen, Donald Tusk, ces propos sont « détachés de la réalité ».

« C’est bien de condamner » ce qui se passe en Turquie, mais « soyons honnêtes, MM. Tusk et Juncker, il faut geler les négociations d’adhésion maintenant », a tonné mercredi dans l’hémicycle du Parlement européen le chef de file des eurodéputés libéraux, le Belge Guy Verhofstadt.

Bild, plus gros quotidien allemand, revendiquait en une mercredi de dire « la vérité en face » à M. Erdogan, le proclamant persona non grata en Allemagne et dénonçant sa « folie du pouvoir ».