François Fillon inculpé dans l’affaire des emplois fictifs

François Fillon, 63 ans, s’était dit ces derniers jours déterminé à aller «jusqu’au bout» de sa campagne, même en cas d’inculpation.
Photo: François Mori Associated Press François Fillon, 63 ans, s’était dit ces derniers jours déterminé à aller «jusqu’au bout» de sa campagne, même en cas d’inculpation.

Le conservateur François Fillon, soupçonné d’avoir accordé des emplois fictifs à sa famille, a été inculpé mardi pour « détournement de fonds publics », une première pour un candidat majeur dans la course à la présidentielle française.

L’audition du candidat de la droite par les juges devait initialement avoir lieu mercredi, mais « l’audition a été avancée pour qu’elle se déroule dans des conditions de sérénité », a déclaré à l’AFP son avocat, Me Antonin Lévy. Cette inculpation « n’est pas une déclaration de culpabilité », a-t-il ensuite martelé sur la chaîne BFMTV.

À 40 jours du premier tour, M. Fillon a été notamment inculpé pour « détournement de fonds publics », « recel et complicité d’abus de biens sociaux » et « manquement aux obligations déclaratives à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique », a confirmé à l’AFP une source judiciaire.

Après avoir ces derniers jours dénoncé un acharnement médiatique et un « assassinat politique », François Fillon a refusé de répondre aux questions des juges. Il leur a lu une déclaration réaffirmant que le travail de son épouse en tant qu’assistante parlementaire n’était « pas fictif ».

680 000
Détournement de fonds
Somme (en euros) qu’aurait détournée François Fillon des fonds publics par le biais d’un emploi fictif qu’aurait occupé son épouse.

Le candidat, désormais donné battu le 23 avril après avoir été donné favori de la course, a plusieurs fois dit sa volonté d’aller « jusqu’au bout », quelle que soit l’issue judiciaire. Il avait précédemment affirmé qu’il renoncerait à la course en cas d’inculpation.

C’est la première fois qu’un candidat majeur sous le coup d’une inculpation se présente à une élection présidentielle en France.

Le Pen et Macron

Donnant à cette campagne une tournure inédite, deux autres candidats-clés connaissent également des déboires judiciaires.

La candidate d’extrême droite Marine Le Pen, donnée en tête des sondages pour le premier tour, est personnellement visée par une enquête judiciaire sur des soupçons d’emplois fictifs d’assistants de son parti au Parlement européen.

Et mardi, le nom du candidat centriste Emmanuel Macron, l’ancien ministre de François Hollande donné qualifié pour le second tour le 7 mai, a été cité dans une affaire relative à un déplacement à Las Vegas.

La justice vient d’ouvrir une enquête sur l’organisation de ce déplacement en janvier 2016 en raison de soupçons de favoritisme lors de l’organisation de cette opération, confiée au géant français de la communication Havas, sans appel d’offres préalable.

M. Fillon a poursuivi mardi sa campagne en rencontrant des chasseurs. Tout juste a-t-il déploré dans son discours que les « balles volent bas » dans la campagne et affirmé que cela ne lui déplaisait pas d’être « au côté de vrais chasseurs ».

Peu après l’annonce de son inculpation, il a reçu les encouragements de plusieurs de ses soutiens. « Plus que jamais confiance et soutien à François Fillon », a tweeté le député Éric Ciotti, tandis que le patron des sénateurs de droite, Bruno Retailleau, réaffirmait sa « détermination à faire gagner nos idées pour le redressement de la France ».

Si la pratique d’employer des membres de sa famille n’est pas interdite en France, le soupçon d’emploi fictif et les sommes totales en jeu (680 000 euros nets, soit 3600 euros mensuels) issus notamment de deniers publics ont durement écorné l’image du candidat, qui s’était présenté en champion de la probité au début de la campagne.

4 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 14 mars 2017 12 h 40

    Peu de chances pour Fillon

    Il me semble donc assez évident que Fillon ne pourra pas sortir gagnant de la course présidentielle, à moins que Macron fasse plusieurs gaffes majeures.


    M.L.

  • Colette Pagé - Inscrite 15 mars 2017 11 h 01

    Aux frais de l'État !

    Cet homme politique qui portait beau faisait payer ses habits par un tiers donateur qui en retour devait profiter du renvoi d'ascenseur. Somme évaluée à près de 70 000 $.

    Ajoutons que sa fille, si les faits sont avérés, profitait d'un emploi fictif et que son revenu à hauteur de 70 % était remis à son père en remboursement des frais de réception de son mariage qui aurait côuté 60 000 $ comprenant 300 invités.

    Quant à son fils, il appert qu'il remboursait son père pour l'argent de poches reçus.

  • Raymond Labelle - Abonné 15 mars 2017 13 h 11

    Il ne serait pas le seul...

    "L’Obs montre notamment que l’emploi par des députés ou des sénateurs de membres de leur famille est largement répandu en France. C’est le cas d’un élu sur cinq au Sénat et à l’Assemblée nationale.

    L’hebdomadaire cite l’exemple du député républicain Jean-François Mancel qui, en 2014, a employé sa femme, son fils et sa fille. Cette dernière était en même temps à l’affiche d’une pièce de théâtre. Il n’est pas rare d’ailleurs que certains de ces assistants parlementaires membres de la famille d’un élu cumulent plusieurs emplois. Depuis le déclenchement de l’affaire Fillon, plusieurs élus, comme Bruno Le Maire et Jean-Christophe Lagarde, ont aussitôt arrêté de rémunérer leur épouse."

    Tiré de: http://www.ledevoir.com/international/europe/49319

    L'Obs, c'est le Nouvel Observateur.

    Mais, comme on dit en polonais (après tout on est en France):
    "Two wrongs don't make a right."

  • Raymond Labelle - Abonné 15 mars 2017 13 h 28

    Fictifs ou pas... drôle de pratique.

    Quant à savoir si Fillon a fait accorder des emplois "fictifs" à sa famille - on peut encore lui accorder la présomption d'innocence.

    Cependant, les politiques devraient avoir le souci éthique ou, à défaut, la prudence de ne pas faire engager des membres de leur famille par l'État rémunérateur, au moins à leur service particulier, au moins de leur famille immédiate, que l'emploi soit fictif ou non.